Hier, voyage dans les proximités. La lumière irradie, la montagne enneigée se détache sur le ciel. Partis du Sépey, nous gravissons la route qui mène à La Forclaz. Plaisir de découvrir un village de vieux bois, blotti autour de son ruisseau, ouvert sur les vallées. Je me promène à la lisière des forêts, Gala saigne du nez. Quand elle va mieux, elle s’extasie: quelle beauté! En effet, voilà qui rachète les paysages spoliés de Bulle, de Gland ou Sion, sans parler de cette horreur continue qui serre la gorge de quiconque circule entre Berne et Zurich. Ensuite Les Mosses et La Lécherette. A la veille du départ pour Mandalay, début février, Gala me maudissait: “ne me parle jamais d’acheter un chalet!”. Aujourd’hui, elle affirme: “bien fait! il ne fallait pas partir! tu as raté une belle occasion!”. Avant de retourner dans l’appartement Sirius, détour par Les Diablerets, station à base de chalets neufs sur fond plat, parois verticales de roc, de glace, installation très peu spirituel. Gala fait les achats: quinze minutes d’attente, déjà je m’ennuie.
Usage du virus 2
Les autorités numériques ont-elles été prévenues? Je peine à croire que les mesures de contraintes sociales les plus dures connues dans l’histoire hors coup d’état militaire, avec le transfert immédiat qu’elle ont impliqué des activités humaines dans la sphère électronique n’aient pas entraîné l’effondrement du réseau. Le sens de la question est alors le suivant: soit les mesures sanitaires ont été retardées pour mettre en conformité l’analogon électronique soit leurs gérants savaient que l’urgence sanitaire serait exploitée à des fins de restriction de la liberté de travail, de parole, de mouvement.
Monde du livre
Des articles dans la presse quotidienne sur H+. Je m’en réjouis. Or, les librairies sont fermées. J’écris à mon éditeur par amitié, mais plus encore pour me soucier de son sort, lui qui vit dans un quartier que je crois (sans recul je l’avoue, n’étant pas Parisien), difficile. Il me rassure, et dans le même temps fait état de son inquiétude pour l’entreprise de publication, aux moyens financiers subtils, ces jours garottée par les circonstances.
Alain
Mouvement 5
Dans la montagne proche, sous une fine neige. Rythme feutré. Ma traduction achevée, j’écris à Francisco José Guillen Ortiz Ochoa, mon voisin d’Agrabuey, avocat international et chroniqueur des bordels bourbons (son livre bien connu qui a captivé l’Espagne fait 700 pages), pour le prier de relire la page de présentation en espagnol de H+ destinée aux éditeurs de Madrid. Puis je m’incline devant la science suisse des poubelles, apportant à bord de la Dodge des ordures triées, verre, papier, fond de tartelettes et amiante. Prolongeant ma sortie, je me rends au bureau de poste, Monfrère ayant prévenu ce matin, à 11h00, alors que je sortais du lit, qu’il avait tenté de retirer son dernier salaire (“dernier” signifiant qu’il n’y en aura pas d’autre) à la poste — retrait refusé. Au guichet, sur la palce, meilleure guichetière que le jour de notre arrivée dans la station, qui allonge volontiers la somme, cela en petits billets, avec un agréable sourire. Dans mon dos, une coupe de Caucasiennes étonnées et molles qui lorgnent sur la somme, mais ont l’air aussi pacifiques que des anguilles de supermarché. Vêtu à mon habitude (ces jours) d’un sweat-shirt “Israël commando” offert par le professeur de Malaga Victor, un masque DPD vieilli sur le menton, je regagne mon demi-tank et me précipitant contre la pente atteins vite l’appartement Alpha B42 où je retrouve Gala occupée à laver (le travail a débuté il y a plus de deux heures) ses cheveux. Après quoi je vaque aux occupations inutiles de fin de journée, lire la presse via internet, Bangkok post, Die Welt, El ABC, la Repubblica… Puis les sites, blogs et forums, sur réseau secondaire, mal visibles, intimes, cryptés, qui prennent leur part de définition à ce qu’est la “réalité”. 17h30, vient l’heure de la bière. Lire un peu, en buvant, se fatiguer un peu, dans l’espoir de dormir, s’inquiéter un peu, pour s’assurer que tout cela ne saurait que rebondir…
I.S.
Lorsque le système reprendra son mouvement de balance, il fera place nette, et en publicité. La loi du progrès l’exige. Freiné, il l’est parfois, mais toujours de l’extérieur, selon des causes imprévisibles, ce qui confirme sa nature — elle est vraie, et seule vraie. Aussi, comme le confirme l’histoire de tous les régimes a tendance liberticide, la plupart beaucoup moins subtils que celui qu’administre l’Union Européenne, tout ce que vous écrirez en période de crise (solidarité oblige) pourra être retenu contre vous.
Qui sont-ils?
Aujourd’hui, le gouvernement ne protège pas le peuple, pas plus que le peuple ne protège le gouvernement. Chacun devrait (hommes de pouvoir ou quidam) composer avec son prochain et participer en esprit comme en actes à la protection et à l’intérêt communs. Pratique difficile, pour ne pas dire impossible, depuis que les représentants, cooptés par un nombre trop grand d’individus aux intérêts mêlés, trouvent les motifs de leurs actions ici et là, et de préférence auprès des meilleurs propagandistes.
“Small is beautiful”
Après? Comme avant. C’est à dire, à la veille du présent mortifère qu’a mis en place la mondialisation à partir des années 1990 (voire la saine réaction des opposants à Seattle, ils clament, frappent et brûlent) : moins de transports subventionnés d’esclaves industriels prélevés sur les stocks du tiers-monde en pourvoi de l’usine européenne, moins de monopoles anti-libéraux, moins de technocrates rémunérés sur le travail productif et, pour la dimension psychologique, moins de sexualité de renfort pour les minus habens, et d’animaux de compagnie, et de drogue sous assistance. Et aussi, halte au loisir véreux généré par l’économie de la connaissance!
(Clin d’oeil à Schumacher).