Avanie

Nous autres Suiss­es vivons désor­mais dans notre pays comme sur une terre étrangère.

Bonheur

Quand bien même on en chang­erait tout le temps, il est impor­tant de faire des pro­jets. Cer­tains, plus essen­tiels que d’autres, ressur­gis­sent lorsque l’on a enfin les moyens de les réalis­er et l’on est alors tout heureux d’être rat­trapé par son bonheur. 

Amusement

Les adultes s’a­musent avec les enfants comme des enfants. Je ne dis pas “ils amusent les enfants” mais bel et bien “ils s’a­musent”. Ce qui me laisse inter­dit. Que l’on ait soudain l’en­vie de faire le pitre, je com­prends: échap­per à la pesan­teur soulage. Mais que cela dure et se répète? Que l’on y prenne un long plaisir?

De Kaf­ka cette phrase étrange et incom­préhen­si­ble, que l’on peut com­pren­dre comme l’on peut tou­jours tout com­pren­dre: “le pre­mier signe d’un début de con­nais­sance est le désir de mourir”.

Agrabuey

Au vil­lage, quand un voisin se sert d’une perceuse, on entend la perceuse. Puis le voisin pose l’outil et le vil­lage rede­vient ce groupe de maisons silen­cieuses blot­ti dans le creux de la montagne.

Culture 2

L’art dis­sous dans une cul­ture de fonc­tion­naires et de saltim­ban­ques qui dis­ent savoir ce qu’elle est; et ne le sachant aucune­ment pro­duisent à des­ti­na­tion des publics de tristes avatars.

Initiation

Ce qui par-delà le temps et le lieu relie les ini­tiés. Reli­gion sans Dieu. Reli­gion des intéri­or­ités. Culte ouvert aux voix qui se sont épuisées et demeurent. Quand l’homme atteint par la recherche, la fidél­ité à soi, la foi qui per­met — non sans mal — de devenir ce qu’on est, alors il est jus­ti­fié et mar­que le plein (au présent) comme le vide (après disparition).

Netfilms

Films-machines fab­riqués par des cerveaux indus­triels qu’ag­glomère l’ar­gent. Répéti­tion, ennui, escro­querie. Cepen­dant, qui ne s’y laisse pren­dre? Puis se dégoûte. Les meilleurs écrivains souter­rains ont mau­dit (après soumis­sion) ce régime de la cul­ture finan­cière : Bukows­ki à l’époque où Madon­na et Sean Penn lui passent com­man­dent d’un scé­nario (le livre Hol­ly­wood), plus tôt dans le siè­cle John Fante et Hen­ry Miller aux pris­es avec Le cauchemar cli­ma­tisé. Que des écrivailleurs acceptent de se trans­former en bots pour gar­nir les comptes en banque, faute d’al­ter­na­tive cela se com­prend, mais que des auteurs et des réal­isa­teurs suc­combent au mirage! Prenons Iñar­ritu, ce mag­nifique réal­isa­teur. L’an­née où il est con­trac­té par la firme Hol­ly­wood, il signe Le revenant, un long-métrage sans intérêt, une aven­ture kitsch pour goss­es obès­es nour­ris au pop-corn. Avant, des chefs d’œu­vres: Biu­ti­ful (sur la pègre gitane de Barcelone) ou encore l’ad­mirable Bird­man (digne d’un Cas­sevetes, d’un Bog­danovitch). Soudain ce pro­duit de super­marché, Le Revenant. 

Guggenheim 3

Avec nos enfants, on fait sou­vent ce que l’on a fait avec nos par­ents. Et si ce que l’on a fait avec nos par­ents n’a pas de sens, on fait avec nos enfants ce qui n’a pas de sens.

Guggenheim 2

L’hiv­er 2017, après avoir remon­té la por­tion sud de Cen­tral Park, je me fai­sais une joie de mon­tr­er le Guggen­heim de New-York à Luv. Dans le grand hall cir­cu­laire, je m’aperçois que je n’ai jamais aimé ce musée. Que si l’on peut van­ter la prouesse archi­tec­turale, jamais le bâti­ment n’au­rait dû servir à expos­er des œuvres. Je n’en dis rien, paie une for­tune nos bil­lets et nous com­mençons de gravir les couloirs sinu­soï­daux. Je m’en­tends dire: “con­tin­uons, ça doit être l’ex­po­si­tion tem­po­raire”. Mais non, toutes les galeries de l’escar­got exposent ce jour-là une seule artiste, une Améri­caine ama­teur de cer­cles, de car­rés et de bâtons dans la plus tra­di­tion expéri­men­tale de l’art abstrait nais­sant (début XXème). Ce n’est que par­venus en haut de l’éd­i­fice — pour moi dépité — que nous décou­vrons, accrochée au fond d’une salle obscure, une toile de l’artiste alors ado­les­cente, une nature morte qui prou­ve qu’elle sait dessiner.