Test

Autoroute genevoise coupée, postes-fron­tières mil­i­tarisés, test de con­traintes autour des clowner­ies du G7, ce qui oblige de pass­er par Bâle et Mul­house, Cluny et Lyon, avant de rejoin­dre Mon­téli­mar, quinze heures de route pour trou­ver la lumière d’Es­pagne au bout du tunnel.

Cube

Cours annulé. Trois inscrip­tions. Fiasco.

Fischerfritz

C’est le nom du camp­ing au bord du lac de Zurich. Quand vous dites “bon­jour!”, per­son­ne ne répond, vous ten­dez la porte, per­son­ne ne remer­cie, vous passez, on vous évite, vous bous­cule, avant tout il s’ag­it de ne pas crois­er les regards, d’aller seul avec soi-même, à bon rythme, l’air sérieux de celui qui prend la vie au sérieux. 

Monde entier

Per­du dans le S‑Bahn. Le monde entier est là, Sikhs, Ukrainiens, Chi­nois, Mon­goles, Pyg­mées, quelques alle­mands, beau­coup d’Ana­toliens. En poche deux abon­nements heb­do­madaires que la machine à imprimés pour de mau­vais­es dates, nous prenons le métro pour aller au bureau des abon­nements qui nous remet­tra un abon­nement qui nous per­me­t­tra de pren­dre le métro. Pavoisé aux couleurs de l’ho­mo­sex­u­al­ité le bureau mais fer­mé. A Marien­platz, je prends un bol d’air en sur­face, devant la cathé­drale, redescends hor­ri­fié: “n’y va pas, dis-je à Gala, c’est un cirque”. Qu’une envie, ren­tr­er dans l’ap­parte­ment-boîte Google, m’asseoir con­tre le frig­ori­fique, boire les quinze bières que j’ai mis­es à refroidir. Mais il faut. Il faut quoi? Quelque chose. Par exem­ple vis­iter la Pina­cothèque. Je me trompe de sta­tion de métro. La chaleur est éprou­vante. Gala marche lente­ment. Ce qu’il faut devient plus clair: renon­cer. Juste­ment une table se libère en ter­rasse. C’est un bistrot d’al­cooliques. Un bistrot de quarti­er. Un bistrot pour vieux. Le serveur apporte des Frank­furter, du pain et un litre d’Au­gustin­er. Ce qu’il faudrait, c’est rester là quelque années, comme ces alcooliques du vingtième siè­cle, voisins vieux du quarti­er qui ne ren­trent chez eux que pour piss­er, revi­en­nent sur la ter­rasse, le dos au mur, le regard flou, et con­tem­plent le cirque qu’est la société quand le monde entier est là.

Zurich

Prison men­tale. A l’épi­cen­tre, la Bahn­hof­s­trasse, deux murs de mag­a­sins de luxe entre lesquels des rich­es baladent leurs putains hommes ou femmes, le reste de la pop­u­la­tion des esclaves économiques. 

Parkstadt

A Munich avec Gala dans un apparte­ment-boîte de l’éd­i­fice Google. Vue sur une cour agré­men­tée de bancs-blocs façon Lego. Les pro­gram­ma­teurs vien­nent manger leur salades vit­a­m­inées à heure fixe. Edi­fice voisin, Microsoft. Tour voi­sine, Fuji. En direc­tion du build­ing Ama­zon, un super­marché agencé comme une galerie d’art con­tem­po­rain: expo­si­tion tem­po­raire de nour­ri­t­ure. Dans le sas, la boulan­gerie est tenue par une Turque voilée, paiement oblig­a­toire avec carte. Sur les avenues de bitume lisse les mères de famille bavarois­es trans­portent leurs goss­es sur des vélos-cargos.

Banque

Rendez-vous à Romont avec le banquier à qui j'ai commandé mon or avant le départ pour l'étranger, je lui apporte de l'huile extra-vierge et pose mes questions auxquels il répond oui, et encore oui, "bien sûr," "c'est possible, "pas de problème". Habitué à la gabegie d'Espagne et aux complications magyares, les bras m'en tombent: une telle simplicité augmentée d'efficacité et avec le sourire, on voudrait y revenir!

Hockey

Mal­abars litu­aniens vêtus de rouge et de blanc, tatoués jusqu’aux oreilles, beuglant et ivres, un étrange objet devant la tente com­mune, sorte de colonne piquée de badges, cas­quettes, fan­ions, à dis­tance l’on dirait un stand de “mer­chan­dis­ing”, quand vient l’heure de par­tir pour Saint-Léonard soutenir leur équipe au cham­pi­onnat du monde de hock­ey je vois que ce sont de gros tam­bours et les voilà qui s’a­chem­i­nent, mon­tent à six dans une petite voiture, crânes rasés, ven­tres devant, poings lev­és. Le lende­main matin, comme je me réveille, ils sont attablés devant la buvette, des ver­res de bière à la main, et vocif­èrent et chantent pour le camp­ing, il n’en faudrait pas beau­coup pour les per­suad­er de par­tir en guerre. 

Schiffenen

Van garé sur une place XL, à l’en­trée du camp­ing, chaise, table et chope, les rési­dents des maisons de poupée promè­nent leurs chiens, roulent des vélo élec­triques, visent mes plaques espag­noles, salu­ent d’un geste, se salu­ent en suisse-alle­mand; il fait trente degrés, je répète le cours d’au­to-défense, mange des sand­wichs, me demande ce que je fais là, tout va bien n’é­tait-ce ce cab­i­net de toi­lettes, un seul cab­i­net pour l’ensem­ble des campeurs de pas­sage, une petite cinquan­taine d’individus.

Colle

A Fri­bourg, Marly, Vil­lars pour coller les affich­es du cours du Cube. Traces anci­ennes dans la ville changée. J’ou­vre une porte, vais dans une impasse, cherche un tableau dans les cafés, les écoles, les uni­ver­sités comme si la dernière tournée datait d’il y a quelques jours. Or, c’est en 2014 que j’ai fait mon dernier affichage pro­fes­sion­nel pour un client. Qua­tre heures plus tard, je descend de vélo dans la cour du col­lège Saint-Michel et vois la salle de classe où j’ai étudié en 1979 avec des locaux mal lavés, fer­més, intolérants, mois qui arrivais de Madrid, lieu de soleil et de lib­erté dans les années qui suivirent la mort du dictateur.