Clef

La vérité de l’empire améri­cain c’est Hollywood.

Sud-Nord

De retour de Mála­ga, je me gare pour la nuit sur une piste de camions dans la Manche. Au loin, l’hô­tel Castil­lo dont la façade rap­portée imite une forter­esse. La camion­nette donne sur des aplats de cul­ture et des cônes de sable. Le cré­pus­cule brûle le paysage. J’ai de la bière en litres et un gad­get hon­grois qui donne la wi-fi à bord. La tem­péra­ture chute. Le cerveau cherche un rêve: ce sera une équipée de sous-marins frayant leur pas­sage dans un couloir d’eau. Tiré du som­meil par le froid, je lance le chauffage dans la par­tie camp­ing et me ren­dors dans la four­naise. J’ai dîné d’ œufs de tru­ite achetés près de Grenade dans cette ferme con­stru­ite sur Riofrío. La vendeuse réu­nit la tranche de pain, les bar­quettes de beurre et le demi-cit­ron dans une boîte de car­ton frap­pée d’une couronne. Tant de soins me réjouis­sent. C’est à l’an­nonce de la fac­ture que je com­prends : c’é­tait bien quinze grammes de caviar, mais pas 15 Euros. Je renonce — d’où la marme­lade de tru­ite. Le matin, alors que je me brosse les dents sur le ter­rain vague (les camion­neurs sont par­tis à l’aube), une patrouille de la garde civile vient s’as­sur­er que la camion­nette n’est pas volée. Il est huit heures au bar de l’hô­tel, le patron grille sur un feu de bois les chori­zos du petit-déje­uner. Si je me lève, c’est pour arriv­er avant le soir dans le Nord : il a neigé, il va neiger, j’ai le col de Mon­repós à franchir et mes pneus pati­nent comme un savon mouil­lé. Sur la route en pente qui mène au vil­lage je roule au pas, fixe le ravin, me cram­ponne. Je laisse la camion­nette entre l’abreuvoir et l’an­ci­enne école. Impos­si­ble d’aller plus loin, les rues d’A­grabuey sont encroûtées de glace. Il fait zéro dans la maison.

Nouvelle donne

Il y a encore des lois. Pour le peu­ple. Aux­quelles s’a­joute l’ar­bi­traire des juges. Con­tre le peuple.

Bonheur

Dans une mai­son au milieu du monde sans que le monde sache quelle est cette maison.

Politique 2023

Créer un prob­lème. Lui adjoin­dre des caus­es et des effets fic­tifs. Apporter une solu­tion sans rap­port avec le problème.

Pendule

Du tout Dieu au tout génétique.

Futur

Dans un monde glob­ale­ment acquis à la fic­tion comme mode d’ac­cès à a réal­ité, le nom­bre de créa­teurs demeure con­stant puis diminue. 

Grave (suite)

Or, c’est exacte­ment ce que je fais, cela depuis des années, et selon Prilepine (in Patholo­gies) qui par­le ici de son père, celui-ci est mort le lende­main de la pre­mière attaque: “Quand papa lisait, il ne res­pi­rait pas d’une façon régulière, comme le font d’habi­tude les humains et les mam­mifères. Il emma­gasi­nait de l’air, et il restait allongé un bon moment, sans rien dire, les yeux fixés sur son livre. Puis il expi­rait, res­pi­rait nor­male­ment quelques instants, ter­mi­nait sa page, la tour­nait, fai­sait à nou­veau pro­vi­sion d’air.”

Cybernétique

Impres­sion­né par cette con­clu­sion spécu­la­tive néan­moins logique de Cerise: “La société sans con­tact, objec­tif du Great Reset, con­siste à enfer­mer les gens chez eux en les con­va­in­cant par un immense lavage de cerveau médi­a­tique qu’il est devenu dan­gereux de sor­tir, puis à utilis­er leur énergie physique et men­tale comme bat­terie pour faire fonc­tion­ner le cyber-espace (télé­tra­vail, inter­face corps-machine de Microsoft, etc.).”

Grave (suite)

Tro­qué les cac­a­houètes con­tre un bol de médica­ments. Pro­duits aux noms bar­bares, acide acetil­sali­cilique, rosu­vas­ta­tine, brilique tica­grelor à fonc­tion d’an­ti-pla­que­ttes, anti-coag­u­lant, ralen­tis­seur et flu­id­i­fi­ant. Assor­ti de ce con­seil, ne pas boire. Com­ment? Car je ne suis pas de cette école des dégus­tants qui aiment à faire vac­iller un fond de vin dans un fond de verre, mais de ceux qui éclusent les quan­tités en bocks. Donc je m’in­quiète. Les pre­miers jours, pas d’ef­fet sec­ondaire, plus tard des péri­odes de suf­fo­ca­tion: je me couche, c’est la nuit, je me réveille, je ne respire plus. Il faut absorber l’air à grandes lam­pées pour liss­er les effets d’emballement, le cœur tape, saute, se tait, tape. Pour pren­dre la mesure du dan­ger, je lis la posolo­gie du médica­ment: décon­seil­lé aux ary­th­miques, aux Viet­namiens, aux Chi­nois, aux alcooliques. Je cesse la prise. “Jamais sans l’avis d’un médecin”, proteste Gala. Résul­tat? Inchangé. Je suffoque.