Sous-jacent

Les guer­res, dit-on, écla­tent. Est-ce si sûr? Ne seraient elles pas pro­duites? Un regard juste, enquê­teur des orig­ines des con­flits, amèn­erait peut-être à revis­iter les caus­es trop évi­dentes. Par la même occa­sion, pour ain­si dire en temps réel, les esprits dis­tin­gués pour­raient trac­er l’ac­tivisme respon­s­able du déclenche­ment des ges­ta­tions actuelles. 

600 km

Gala a réservé des bil­lets de train en pre­mière classe pour aller à Munich boire de la bière et rouler à vélo, com­bi­nai­son lux­ueuse, gag­nante mais surtout qui évite le long temps, l’en­nui, le coût de la voiture, évite le con­trôle, l’ar­ti­fi­ciel, le stock­age de l’avion! Donc le train.

Futur

Me réjouis déjà d’en finir avec ce que je n’ai pas commencé.

Killing Joke

Sec­ond ren­dez-vous chez la clin­i­ci­enne otorhi­no­laryn­go­logue. La semaine dernière j’en­tre dans le cab­i­net et lui expose mon prob­lème de bras, ray­on­nements et pliages douloureux, ce doivent être les moulinets au bâton, les séries de pom­pes, les trac­tions lestées… Elle me coupe: “je pen­sais que vous alliez en venir à la gorge, je… C’est que, vous êtes en orl ici! 

Je m’ex­cuse, j’ai con­fon­du avec une autre con­sul­ta­tion. Rebe­lote, j’ex­plique ce qui jus­ti­fie ma vis­ite, des sif­fle­ments con­ti­nus dans l’oreille. 

-Laque­lle?

-Gauche. Et droite. Mais gauche.

-Est-ce que vous…?

-Non. C’est plus sim­ple. Mon oreille a explosé le 26 octo­bre 2008 autour des vingt-et-une heures alors que j’é­tais adossé à une façade pour un sound-check.

-Qu’est-ce que c’est?

-Des hauts parleurs.

Voilà — pour dire que dès le semaine dernière elle avait l’ex­pli­ca­tion de ma vis­ite. Ce qu’elle fit? Planter un out­il dans mon oreille, con­stater une inflam­ma­tion, me gliss­er une écou­vil­lon médié­val dans le nez puis out­iller le cerveau. Symp­tôme? Je hurlais. 

Encore faut-il décrire la dame, plan­tureuse, sex­uelle, la peau noire, les ongles tail­lés en couteaux et un espag­nol accen­tué, tortueux, ren­tré , pour moi inin­tel­li­gi­ble, en idiot je n’ar­rête pas de faire : “quoi? comment?”.

Ce qui l’amène à con­clure qu’en effet j’ai un prob­lème d’or­eilles plutôt que de bras. 

Mais j’en reviens à la sec­onde vis­ite, c’est aujour­d’hui. Son motif, procéder à une audiométrie. J’ar­rive à grands pas, dehors il fait chaud il fait froid, on ne sait plus, c’est le mois de mai, moi j’ai chaud, j’ai très chaud, et j’ai com­mis l’er­reur de met­tre un mail­lot tech­nique pour tankistes, je sue. Or, la thérapeute me place immé­di­ate­ment en cab­ine. Pour le test. Ecou­teurs sur les oreilles, et tenez vous doit, regardez-moi! Vous lev­ez la main quand vous enten­dez un son, ajoute-elle. C’est par­ti. Bass­es fréquences, hautes fréquences, ultra-sons, je n’y con­nais rien, cela ressem­ble à du Bios­phere, album Autour de la lune, j’en­tends, j’en­tends et je m’exé­cute: je sig­nale d’un doigt levé que j’en­tends, là j’en­tends, oui j’en­tends… Ain­si de suite. La clin­i­ci­enne est hors cab­ine, elle note, elle envoie le prochain son et note. Fin de la séance, retour dans le cabinet:

-Écouter, me dit-elle, il va fal­loir vous relax­er. Tous les jours. 

J’es­saie de comprendre.

-Vous fer­ez une séance par jour. 

-Bien. Et je procède comment?

-Quand vous vous relax­ez, vous faites comment?

J’es­saie de ne pas rire: “moi, me relaxer?”

-Oui, eh bien, je ne sais pas trop. Qu’est-ce que vous préconisez?

-Ah non, ce n’est pas à moi de dire.

-Je ne sais pas.

-Vous pour­riez écouter de la musique.

-J’é­coute de la musique violente.

-Alors, ne rien faire, est-ce que vous pou­vez ne rien faire?

Je réfléchis, j’hésite:

-Com­bi­en de temps?

-Drus heures par jour.

-Deux… Par jour…! Mais c’est impens­able, dis-je en écla­tant de rire, jamais je ne pourrai!

-Alors une heure?

Je quitte la chaise, je suis au-dessus de ses seins, des pastèques, la clin­i­ci­enne me fixe de son vis­age noir, je fais:

-Écoutez, je suis un homme crispé, je ne peux pas me décrisper et je ne sais pas me relax­er, pas même quelques min­utes, alors une heure…! C’est impossible!

Inter­loquée, elle fait:

-Et quand vous êtes dans des envi­ron­nement bruyant, cela vous fait quoi, vous souf­frez de l’oreille?

-Eh bien, par exem­ple, je viens de pass­er deux mois au Guatemala et dans la région, donc quand je vais au bar, quand j’en­tre dans un bus, même dans la rue, c’est insup­port­able, j’en­fonce un tam­pon de cire dans mon oreille gauche, je le garde le tam­pon enfon­cé toute la journée.

-Ah!

Vis­i­ble­ment embêtée.

-Et vous Madame, d’où venez-vous?

-De la République dominicaine. 

-Alors, vous devez savoir.

-D’ac­cord oui, même moi, là-bas, main­tenant que je vis ici, dans les mon­tagnes, j’ai de la peine.

-Mais vous n’é­coutez pas de la musique violente?

-Elle est vio­lente com­ment votre musique?

-Pas comme la salsa.

Sans commentaire

Par­ler actu­al­ités poli­tique aujour­d’hui, c’est pren­dre au sérieux des gens qui se mêlent de faire de la politique.

Malus

Mal à la gorge. Cela monte et descend. Je chas­se le mal, il s’esquive, trou­ve refuge der­rière un organe incon­nu. Sans descen­dre jusqu’au cul, il fréquente des géo­gra­phies inédites, je peine à le débus­quer. J’es­saie les pilules habituelles: aspirine, sauge, réglisse, cit­rus. Le mal fuit. Et revient. Surtout la nuit, quand je suis sans défens­es. Alors il s’in­stalle. Tou­jours à se deman­der: “si c’é­tait autre chose?”. Une espèce plus solide, plus néfaste, une prise de domi­cile. Ces maux pour­raient-ils nous foutre la paix? Ils n’ex­is­tent qu’à la con­di­tion d’insister.

Rapatriement

Evola dit: “ils veu­lent nous ramen­er dans les villes!”. Un plan de con­trôle. Peut-être. Eh bien, jamais je n’y retourn­erai. Le tra­vail c’est une hor­reur, une destruc­tion de l’e­sprit, une destruc­tion du corps où il s’in­car­ne, mais la ville, la vaste ville, l’ag­gloméra­tion des indi­vidus et leur régence par les sig­naux, c’est pire que le tra­vail, même le plus dégueu­lasse: cela n’est pas sup­port­able. Qu’on me dise que d’au­cuns aiment le clin­quant, les gyrophares et les vit­rines? Pos­si­ble — je n’en fais pas par­tie. Je n’aime rien tant que l’ab­sence de tout sig­nal motivé, admin­istré, vec­torisé, rien tant que les déserts implaca­bles devant lesquels se situer humaine­ment en toute mod­estie et avec un peu d’e­spoir à construire.

Obscénité

Voir un aéropage de chré­tiens prier autour du prési­dent des États-Unis signe mieux que toute autre image le déclasse­ment intel­lectuel de l’Occident.

Mono

Dans le monde une reli­gion uni­taire: manger.

Confort

Hors mal­adie, la dépres­sion ne tient qu’à une chose: l’im­pos­si­bil­ité de se représen­ter la rela­tion entre le tra­vail con­sen­ti et son résul­tat matériel.