La fiction est passionnante losqu’elle exprime les vues d’un homme. Aujourd’hui, cela est rare. La fiction domine le réel, mais elle est conçue, jouée et enfin canalisée par des collectivités à destination d’autres collectivités. Ce qui distingue ces deux collectivités, c’est le nombre de leurs participants. Quelques milliers dans la première, qui agit, quelques milliards dans la seconde, qui subit.
Mouvement 8
En ce début d’après-midi, sympathique entraînement, par un beau soleil, avec deux Saoudiens venus du Sanatorium. Le troisième compère donne les exercices musique rap au sol tandis que je répète mes coups de pied contre le pylône. Gala, pour une fois sortie, se balade sur le parapet qui domine la vallée. De retour dans l’appartement Alpha, je me replonge dans mes recherches sur la politique birmane dont Evola me dit, “vu les circonstances, cela n’intéressera personne”.
An-architecture
Dans l’imaginaire des peuples du tiers-monde, l’Occidental jouit encore d’un prestige inouï. Face à traîtrise, ici-bas, dans l’Europe, des milieux d’Argent et leurs factotums politiciens, tous autant qu’ils sont efficacement secondés en cette fin de course de la civilisation blanche par des cohortes de naïfs à qui est d’ores et déjà vanté le maintien des avantages corporatistes, mieux vaut pour les amateurs de liberté se propulser dans les sociétés iniques du tiers-monde où ils bénéficieront tacitement d’un sauf-conduit symbolique plutôt que de baisser la tête et sentir le poids du licou. Pour ne pas répéter ce que je dis depuis plus de trente ans (le jour de la naissance de mon fils, 1999, je suspendais un calicot au balcon du squat des Eaux-Vives, Genève, réclamant que l’on abatte cet homme) : l’ennemi public numéro un de la Suisse, origine de tous les épigones, se nomme Klaus Schwab.
Praxis
Préparez-vous à piétiner votre téléphone portable. “Je n’en ai jamais eu!”, telle doit être la réponse lorsque les membres des corps intermédiaires, comme toujours aliénés, verrouillant en situation d’urgence leur statut, exigeront l’application de règles arbitraires, traçage, localisation, livrement des données intimes.
Mouvement 7
Sur les montagnes et la station, lumière immense que nous découvrons tard, tirant les rideaux de la chambre à onze heures. Le train passe, lent, vert, sans passagers. Au déjeuner, gruyère de l’Etivaz et “jamon” de Barbastro tranché au couteau de poing, puis suite de la lecture des trois volumes de l’Histoire de l’architecture et de l’urbanisme: lundi, je commence l’écriture de Naypyidaw, initialement prévu à la livraison pour septembre, fatalement retardé. Plus tard, entraînement devant la bâtiment du sanatorium aux Japonais tandis que Gala, réjouie à l’idée de sortir, s’assoit devant un platane, couvre sa tête d’une couverture et consulte dans le noir son téléphone. De retour dans l’appartement Sirius, nous équeutons des épinards que nous mangeons bouillis et roulés dans une omelette. En soirée, je fais mes statistiques et constate que le nombre de décès dûs au virus représente à ce jour 0,007 pour cent de la population; je poursuis en compilant les chiffres de la grippe saisonnière 2017.Et m’inquiète (aidée par l’ignorance) du décalge entre les pertes mortelles et les mesures de contrôle. L’immigré extrémiste de Genève Mauro Poggia, conseiller d’Etat, qui annonçait hier sur un ton péremptoire l’envoi de drones policiers afin de traquer les gens qui “espèrent pouvoir se cacher” me révulse.
Pyramide
Dès le début des difficultés sanitaires, le pouvoir à annoncé dépeupler les commissariats. Requis pour d’autres tâches, les agents ne répondraient plus aux appels, sauf cas d’urgence “devant être justifiés auprès du standard téléphonique”. Aussitôt prenaient le relais les civils, administrant pour soi et autrui les règles d’exception, et surtout le petit personnel préposé aux services, caissières, banquiers, voireux, pharmaciens, boulangers. A l’instant, comme je me faisais reprendre dans un supermarché pour un “dépassement de ligne” me revenait en mémoire l’ordre en apparence naturel qui régnait dans Hanoï, début 1990, alors que je séjournais chez Monpère. C’était la célèbre organisation pyramidale. Concept d’architecture sociale traduisant le fait que chaque individu en contrôlait trois autres, qui à leur tour en contrôlaient trois autres, ceci du sommet à la base du pouvoir. Quand je me penchais par la fenêtre de la résidence d’Ambassade, je voyais sur l’esplanade Hô-Chi-Minh des soldats en arme. Par trois, ils veillaient sur le mausolée dans lequel dormait le père de la liberté.