La douane maritime est installée sur un ilôt de la baie de Kawthaung. Le “long-tail boat” s’immobilise le long d’une jetée de bois. Munis de jumelles, les militaires thaïs inspectent marchandises et passagers. Aux deux birmanes avec qui nous partageons le passage, je demande combien de temps elles peuvent rester hors du pays. “Oui. Non. Oui-oui. Comment?” Et des rires. Puis l’on repart en direction de Ranong. Je reconnais le débarcadère lépreux où je suis resté bloqué il y a huit ans avec Gala, la frontière terrestre étant alors interdite. Mais peut-être était-ce il y a dix ans, après la tempête Narguis (deux cent mille morts), époque à laquelle la junte, redoutant que l’ennemi étranger ne se serve du prétexte de l’aide humanitaire pour envahir le pays, redoublait de vigilance surt les postes avancés. Ce matin, le policier qui signe nos visas d’entrée en Thaïlande ne s’intéresse qu’à ma tablette Kindle: où peut-il l’acheter? fonctionne-t-elle avec la wi-fi? à quel prix? Le soir, nous atteignons l’île de Chang. Occidentaux tatoués, amateurs de hamacs et de salades de fruits, la plupart allemands.
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En fin de compte, nous aurons roulé quelque treize heures dans ces wagons des années 1930 tirés par une locomotive qui tangue. Fenêtres et portes ouvertes, dans des fauteuils massifs mal arrimés au plancher (upper class), nous sautons comme des poupées sur ressort. Roues, moteur, sifflements et rythme des traverses, le vacarme est assourdissant. Sur le côté des voies, des maisons familiales où jouent des enfants, leur parents occupés à sécher leur récolte, dans la coursive des dizaines de paysannes et d’adolescents montés en s’accrochant au convoi: ils vendent à la criée des nouilles au gingembre, du pain de crevette et des noix, de la mangue verte, des œufs de perdreau, du curry… l’énumération serait longue. Dans l’après-midi, Aplo achète deux riz et des épis de maïs. Tandis que nous mangeons, une bande de souris nettoie les déchets sous nos pieds. Parti de Naypyidaw comme nous, un moine rieur. Après quatre cent kilomètres, au soleil déclinant, il achète deux douzaines de poissons secs. A une heure du matin, au milieu des feux de poubelle que des vagabonds allument pour se réchauffer, nous entrons dans Rangoun.
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