Mois : décembre 2020

Agrabuey

Depuis hier, nous ne sommes plus que trois dans le quarti­er. Le paysan, sa femme, moi. Pour aver­tir de son pas­sage, le paysan frappe le bâton sur le pavé. Je sur­gis. Ou alors je sors sur mon seuil et guette la porte de sa mai­son. Ce matin, c’est à dire selon mon régime à midi, je racle ma gorge pour sig­naler que je suis tou­jours vivant. Le paysan porte un bon­net de laine, un pull-over, une veste. Il descend de l’église (con­damnée et fer­mée, mais qu’il entre­tient): “J’ai chaud”. ‑Mais oui, regarde-moi, je suis en T‑shirt! Après quoi il me par­le d’hu­mid­ité. Un moment pour com­pren­dre, D’ailleurs, je n’ai tou­jours pas com­pris… “Les pier­res, me dit-il, elle sont noires d’hu­mid­ité! Quoi? Le brouil­lard? Non, non, c’est dans l’air…”. Et ce soir, car nous nous efforçons de véri­fi­er deux fois le jour que tout va bien: “Et ça ne sèche pas! Le bout de la rue, vers l’église, il est mouil­lé. le soleil n’a rien fait. Bon, allez, à demain!”.

Nous

Moyens de la guerre actuelle de muta­tion du cap­i­tal vers le mod­èle com­mu­niste, détru­ire le débat, enclore les indi­vidus, réprimer les déviances (au-delà de celles adoubées par les lab­o­ra­toires du poli­tique­ment cor­rect pour par­a­siter les valeurs de civil­i­sa­tion). A cette fin, isol­er les por­teurs de l’e­sprit cri­tique. Ayant dit, l’af­faire est enten­due: je suis, nous sommes le virus.

Demain

 Noël (toute la journée).

Agrabuey

Achetez des maisons moyenâgeuses! En ce moment, ma chaudière se vide à rai­son d’un litre tous les qua­tre d’heure. Or, il fau­dra que je dorme. Demain au réveil j’au­rai les fesse mouillées.

Picaresque (2)

Tou­jours occupé à écrire La Table. Sans pré­cip­i­ta­tion ni sen­ti­ment de devoir. L’e­sprit est bon­homme, ce qui ne me ressem­ble pas. A vrai dire, je n’y pense qu’au moment d’ou­vrir sur la table l’un de ces grands cahiers de dessin chi­nois. Couché à l’hor­i­zon­tale, il per­met d’écrire de longues phras­es. Je fais cela au sty­lo, avec sur le côté un ordi­na­teur qui affiche des cartes car je n’ai aucune­ment en tête la géo­gra­phie du plateau Tolé­dan, lieu de l’ac­tion Cet après-midi, j’at­teignais à peu près la moitié du texte et tirais mon per­son­nage, l’ébéniste Paco dont la couille gauche a la taille d’un mel­on, d’une affaire dif­fi­cile: caché der­rière une pierre au milieu de la forêt, là où les bûcherons ont dressé leur camp, il lui fal­lait échap­per à leur vin­dicte. Or, Paco est lent, très lent. D’ailleurs il ne marche plus (le hand­i­cap de la couille), il rampe. 

Dernières nouvelles de la dictature

“Assez!”, écrivais-je. Ne suf­fit pas. “Folie” vaut mieux. Qui mon­tre ce que ces gens du con­trôle poli­tique ont en tête. Et qui à la faveur de la tem­pête appa­raît pour ce qu’il est: mon­strueux. Donc nou­veau pro­jet de loi en France, pro­posé il y a quelques heures par le pre­mier min­istre, de trac­er les mou­ve­ments des citoyens jusque dans la sphère privée, cela au motif d’un “état d’ur­gence” à l’avenir insti­tu­tion­nal­isé, cela sans besoin d’en pass­er par le par­lement. Autrement dit, ce qui restait du peu­ple, un sem­blant de représen­ta­tion, est ici nié. Extinc­tion des feux! Cha­cun chez soi!  Députés, représen­tés, ouste! Loin on vous dit! Voici con­fisqué le droit des corps et des esprits à être des sin­guliers, des non-choses. C’est enten­du, légale­ment. Bonne vieille méth­ode: la loi. Impres­sion­né, je relis trois fois la propo­si­tion de texte (Pro­jet de loi no 3714 insti­tu­ant un régime pérenne de ges­tion des urgences san­i­taires). Con­crète­ment, ces fac­to­tums du mon­di­al­isme veu­lent vous empêch­er de voy­ager, de faire l’amour, de con­clure des con­trats, de débat­tre avec vos amis, de voir vos enfants, ces fac­to­tums veu­lent vous empêch­er de vivre et de penser, de vous exprimer comme d’ex­primer vos jus. Piss­er? Vous avez besoin de piss­er? Sim­ple: il suf­fit de mon­tr­er son passe­port. “Mon­sieur, manque une case! Voyez, là! Elle n’est pas cochée. Vous com­prenez ce que cela sig­ni­fie? Vous n’êtes pas en ordre! D’ailleurs, pourquoi avez-vous quit­té votre domi­cile. Ce ne sont pas les heures légales de tra­vail que je sache? Oui, on est en France Mon­sieur, mais la France, ce n’est pas chez vous. Elle a un pro­prié­taire main­tenant. Ah, moi, ce que j’en pense… En atten­dant, mon­tez dans le four­gon! Com­ment? Ah, je ne sais pas Mon­sieur, faites dans votre culotte.” Peu après, j’ap­prends par Le Figaro (site inter­net, 21h30) que la propo­si­tion de loi serait retirée. Que s’est-il passé? Ingénierie? Coup  de semonce? Ou les imbé­ciles de la caste gou­verne­men­tale, tout excités de pou­voir se défaire un instant des prob­lèmes liés au chaos nation­al, ont pris d’al­lure les autres dirigeants inter­na­tionaux? Soudain, en coulisse, un télé­phone aura son­né. Un plus gradé les aura rap­pelé à l’or­dre: “atten­tion hein? on fait comme on a dit, per­son­ne ne grille les étapes. Allez, on va arranger ça… A demain!”?

Conscience

La théorie freu­di­enne sur le “déjà-vu” est un pis-aller. Con­for­mé­ment aux visées total­i­taires de sa méth­ode, le grand Vien­nois se devait de résoudre “aus­si” cela. Qui demeure à mon sens mys­térieux; je m’en per­suadais une fois de plus ce soir, suite à une nou­velle expéri­ence intime. 

Picaresque

Tou­jours à rédi­ger La table. Une heure par jour, à peine plus. Avant comme après, je pense au texte. Il m’ar­rive de séch­er ou, comme ce matin, d’en­trevoir les développe­ments et de les pro­duire. Dix jours que je n’ai pas quit­té le vil­lage d’A­grabuey. Pen­dant ce temps, je n’ai par­lé qu’avec mes voisins, soit deux per­son­nes et le maire, qui bâtit pour moi une nou­velle chem­inée. Accroché au toit, il me nom­mait les rési­dents de Saragosse, Huesca, Andorre, Pam­pelune: “Untel arrivera le 23 décem­bre, Tel autre le 26…”. Puis la radio donne la nou­velle: inter­dic­tion de quit­ter sa province, sa ville, son quarti­er. Le silence va se pro­longer. D’au­tant plus que l’on se garde désor­mais de dire que le fas­cisme est instal­lé (preuve qu’il l’est). Pour la pre­mière fois, le bruit de la riv­ière arrive à ma porte. 

Avent (2)

Le sapin couché dans l’en­trée, je me suis mis en quête du pied. J’avais en mémoire un tripode vert de métal, me sou­ve­nais de sa taille et de son poids. Vis­i­tant les dessous de lit, les bas d’ar­moires, les car­tons, je ne trou­vai pas. M’aperce­vant enfin, lorsque je débal­lais au milieu des boules et guir­lan­des une plate­forme achetée à Fri­bourg récem­ment, que le pied dont m’é­tait revenu l’im­age était celui de mon enfance à Helsin­ki, j’avais alors six ans.

Assez! (11)

Les immi­grés que l’E­tat importe des ter­res prim­i­tives de l’homme se tien­nent désor­mais ici, sur notre sol d’Oc­ci­dent, comme ils se tenaient aupar­a­vant, dans leurs loin­tains déserts, au pied des images télévisées de la pro­pa­gande hol­ly­woo­d­i­enne. Chaque jouir ils espèrent. Chaque jour ils espèrent un peu moins. Le rêve brisé, ils camp­ent sous les ponts, ava­lent de la mau­vaise drogue et récoltent quelques francs européens dis­tribués par la Sécu­rité con­tre bons ser­vices (ils sont venus). Pen­dant ce temps, nous autres imbé­ciles pleur­nichards, can­ton­nés dans les étages des immeubles de rap­port, fixons la rue avec une angoisse nou­velle. Car les éner­gumènes à peau som­bre couchés sur le trot­toir don­nent un aperçu du des­tin uni­versel que pré­par­ent les faux dirigeants. Et quoi? Eh bien, nous aurons tout per­du! Nous comme les immi­grés. Eux n’au­ront rien obtenu du rêve mer­can­tile qui leur était van­té. Nous autres aurons tout bradé de notre savoir-vivre. Ain­si en ira-t-il de ce monde pro­gram­mé où, de la fos­se, nous peinerons à savoir voir ce qui se trame sur la hau­teur. Là inter­vient le trag­ique de l’his­toire. Jusqu’i­ci, nous avions compt­abil­isé deux per­dants. Troisième et dernier, donc. L’in­sti­ga­teur de cette merde. Sur la hau­teur, les néfastes ne prof­iteront que briève­ment de la destruc­tion de la lib­erté. Passé la péri­ode de débauche et d’il­lu­soire lib­erté, ils s’entretueront.