Toit

A l’in­stant j’é­tendais le linge sur mon toit. Au quo­ti­di­en, je ne con­nais pas de plus grand plaisir que se tenir sous un ciel limpi­de et d’é­couter les oiseaux.

Ségovie-Andalousie

Nous rangeons les vélos dans les cof­fres, prenons un bus pour Madrid-Atocha. Mon­frère ren­tre à Genève, je regagne le sud à bord d’un train rapi­de. En fin de journée, quand j’at­teins mon vil­lage en Andalousie, la cais­sière du super­marché me demande si je vais bien.
- Parce qu’i­ci, nous sommes tous déprimés, voilà une semaine qu’il pleut.
Dans l’ap­parte­ment, panne d’élec­tric­ité. La pastèque a fon­due. Elle n’est pas plus épaisse qu’une feuille de papier. 

Barco de Ávila

La Zuri­choise renonce  à courir la deux­ième par­tie de l’é­tape de l’après-midi. Nous de même. Javi roule seul. Autant de pluie sur la chaussée que dans l’air. Une tem­péra­ture de trois degrés. Mon­frère a un retour de grippe, j’ai un début de fièvre. Nous aval­ons de la bière au vil­lage en atten­dant l’heure du dîn­er. Autour de la table, comme d’habi­tude, con­sul­ta­tion de la météo. Et comme d’habi­tude, pluie. Mon­frère décide d’a­ban­don­ner et com­mande une bouteille de vin. La Zuri­choise veut con­tin­uer. J’hésite. Je bois un verre de vin. Endor­mi à minu­it, je me réveille à trois heures et ne ferme plus l’œil. Le matin, il pleut.

Océan

En direc­tion du sanc­tu­aire de la vierge noire, à tra­vers le Peña de Fran­cia. Route splen­dide, paysage étale, blocs de gran­it et tau­reaux. L’Es­pagne mil­lé­naire, pas un arbre qui n’évoque son his­toire. Et quels vil­lages! Des forter­ess­es paysannes pro­tégeant leur église. Des mer­veilles! Mais il pleut tant que tout cela est trans­for­mé en un vaste océan de pâturages. Et nous nav­iguons à bord d ‘un uni­forme cycliste qui n’a pas séché depuis trois jours. Je croy­ais avoir emporté assez de vête­ments, j’é­tais opti­misme. Seule la Zuri­choise pos­sède une garde-robe infinie. De plus, elle a prévu des habits d’hiv­er. Nous roulons à qua­tre, pen­dant plusieurs heures, à courte dis­tance les uns des autres et pas­sons un col. Dans la descente, les choses se gâtent: le vent hurle. Par moments, il se pré­cip­ite dans les roues et bous­cule le vélo. Je ralen­tis. En pleine descente, je roule à 5km/h. Les autres vont devant. Lorsque je les rejoins, ils sont arrêtés au milieu d’un vil­lage et dis­cu­tent. Nous tombons d’ac­cord: impos­si­ble de con­tin­uer. Nous allons nous cass­er le nez. Javi démonte les vélos et les charge sur le toit de la camion­nette. Une vieil­lard assiste au tra­vail en curieux. Il porte le béret, il a de grandes oreilles. Jovial, il nous dit qu’il n’a jamais quit­té ce vil­lage. Je prend la mesure de cette révéla­tion: dix maisons de pierre. L’homme a dans les qua­tre-vingt ans.
- Ah, si, cor­rige-t-il, pour mon ser­vice mil­i­taire, je suis allé à Valladolid!

La Torre 2

Au lieu de redescen­dre par l’autre ver­sant, nous regagnons Seia en camion­nette. Le con­stat est unanime: sans véhicule au som­met du col, avec trente kilo­mètres sup­plé­men­taires à par­courir pour sor­tir de la tour­mente, nous risquions de mourir. Nous man­geons à la Guardia dans une salle sans chauffage. Le patron nous fait la pub­lic­ité pour ses spé­cial­ités: morue, soupe d’algues tiède, riz cassé et patates. Nous réar­mons les vélos sous une pluie bat­tante. Javi nous guide à tra­vers la ville et se perd. Je me trou­ve en sens inter­dit, dans la descente, sur une route pavée qui grav­it la colline, dérape, pose pied et con­tin­ue sur ma tra­jec­toire évi­tant de justesse une auto­mo­bile. Quand nous atteignons le fond du trou, Javi annonce qu’il faut remon­ter. A sa décharge, cette ville de Guar­da est entourée d’un tel nom­bre de gira­toires qu’elle sem­ble vérolée. Et aucun pan­neau indi­quant l’Es­pagne. Quand nous quit­tons enfin le périmètre urbain, la route s’élar­git et nous roulons 70 kilo­mètres à bon rythme jusqu’à la fron­tière. Le soir, à Ciu­dad Rodri­go, nous sor­tons boire. Mon­frère qui est resté à bord de la camion­nette pour la sec­onde moitié de l’étape con­sid­ère la pluie avec découragement.

La Torre

Un heure d’aimables lacets de goudrons noirs, bien dénoués, for­mant ici et là des para­pets d’où l’on devine les maisons hautes de Seia. Plateau moyen, en danseuse. L’eau gicle en cas­cade sur les pentes, mais épargne route. Un mag­a­sin vit­ré pro­pose des peaux de vach­es. Quant on est dans l’ef­fort, il y a une loi: ne jamais s’ar­rêter. Un peau tachetée serait du meilleur effet sous ma table de tra­vail. Je redresse le men­ton, je relance et prends la tête du groupe. La Zuri­choise vient der­rière avec Javier, Mon­frère suit. Il pleut abon­dam­ment. Des bour­rasques de vent froid bal­aient la mon­tagne. J’es­saie de lire le kilo­mé­trage sur les bornes. La route est découpée en sec­tions. Impos­si­ble de con­naître le décompte des 28 kilo­mètres. Après un replat, la route pointe sur un vil­lage. Je suais, main­tenant je gèle. Au bout d’un kilo­mètre, la pente reprend. Une heure plus tard, j’at­teins un bar­rage. Le col que nous visons est le Puer­to de la Torre, ain­si nom­mé parce que l’E­tat a con­stru­it sur ce som­met de 1920 mètres une tour de 80 mètres. La mon­tagne fait désor­mais offi­cielle­ment 2000 mètres. Le tabli­er du bar­rage est mas­sif. Je cherche la tour, puis  la route. Je vois! Je suis encore loin du but. La route  s’en­roule autour du lac de retenue et con­tin­ue. Un gars court sur le plan de couron­nement pour rejoin­dre une voiture. Il a l’air effrayé. Il porte une bon­net et une veste de ski. Il est vrai que l’or­age forçit. A moins qu’il ne craigne les descentes d’eau, car des cen­taines de mil­liers de litres déva­lent  la mon­tagne et inon­dent la route. Une voiture me dépasse. Une main sort de la vit­re, me prend en pho­to, ren­tre. La voiture accélère. Trois kilo­mètres d’une pente dressée con­tre le ciel, puis la grêle se met à tomber. Trois boucles plus loin, elle ne tombe plus, elle fou­ette poussée par un vent rugis­sant. Les yeux clos, je me cram­ponne. Le guidon sec­oue, les roues chas­sent. Je décroche la pédale automa­tique, rééquili­bre en ten­dant la jambe gauche au-dessus du vide, rac­croche, tourne à 7km/h, puis à 5km/h. La camion­nette du rav­i­taille­ment me dou­ble.
- Com­bi­en reste-t-il?
- 6 ou 7, crie Javi.
Le bruit de moteur s’estompe. Un pan­neau indique neuf kilo­mètres pour le som­met. Il se met à neiger. Je veux chang­er de vitesse, je ne peux pas: mes doigts son gelés. Je place ma main devant mes yeux: sa forme est celle d’un crabe. Le gant détrem­pé cou­vre et gon­fle le plat de la main, les doigts nus sont bleus. Tout en péda­lent, je tape une main et l’autre con­tre mes cuiss­es. Recro­quevil­lés, les doigts ne réagis­sent pas. Je crois voir une tour, mais il vient une nou­velle pente. Je n’ai pas atteint le som­met. Je pédale à tra­vers des con­gères de neige mouil­lée en gémis­sant. Quand je repère enfin la camion­nette, je me pré­cip­ite à l’in­térieur. Sec­oué de spasmes, je regarde la tour. Mon corps sec­oue comme un sac à viande que l’on frappe. La Zuri­choise que des Français en car­a­vane ont sec­ou­ru, me tend un verre de thé: je n’ar­rive pas à le saisir.
- Et Mon­frère?
La camion­nette fait demi-tour. Nous scru­tons à tra­vers les vit­res. Nous le trou­vons 4 kilo­mètres plus bas, en perdi­tion et en état d’hy­pother­mie. Même régime, mais avec une vio­lence accrue. Car­rée dans le siège, emmi­tou­flé de deux cou­ver­tures, il sec­oue. Dix min­utes plus tard, prostré, hors de lui, il trem­ble toujours.

Seia

Belle fin d’é­tape sur des routes cham­pêtres bor­dées de pier­res sèch­es. Il a même arrêté de pleu­voir (pen­dant une heure). Seia se dresse à flanc de mon­tagne. La seule sta­tion de ski du Por­tu­gal, dit Javier. On devine du rocher sur les hau­teurs, mais les bancs de brouil­lard empêchent d’en dire plus. Soudain un petit train touris­tique sur­git d’un nuage de pluie. Il est plein. N’est-ce pas extra­or­di­naire? On annonce à des touristes qu’ils peu­vent se réjouir: là où on les emmène, il n’y a rien à voir. Et ils se réjouis­sent. Il y a tou­jours quelque chose à racon­ter, n’est-ce pas? Heureuse­ment, les cloches son­nent. Javier a bien fait les choses. Quant on est détrem­pé, refroi­di, quant on roule depuis des heures, on se racon­te des blagues pour se don­ner du courage, pour avancer, pour finir l’é­tape. Nous abor­dons le dernier kilo­mètre du jour sur le petit plateau. Javi manque l’hô­tel, il faut redescen­dre. Un groupe de Français occupe la récep­tion de l’hô­tel. Les touristes du petit train. Quelle agence de ban­lieue a bien pu leur ven­dre Seia? Des immeubles de 1970 empilés en ter­rasse, des mag­a­sins de sport qui vendent des luges chi­nois­es, du riz cassé et des patates, de la morue et de l’eau sous toute les formes: soupe, pluie, ruis­seau, flaques. Je cor­rige: nous dînons dans un bon restau­rant. Les morceaux de viande sont ras­sis, les patates braisées, la salade verte. Qua­tre serveurs dis­cu­tent les résul­tats du foot­ball, le maître d’hô­tel fait l’ar­ti­cle en trois langues et il y a deux femmes en cui­sine. Or, nous sommes les seuls clients. Com­bi­en ces gens peu­vent-ils gag­n­er? Pour demain, Javier annonce l’é­tape la plus dure de la course. Elle com­mence par 28 kilo­mètres de mon­tée.
- Pour com­mencer, il y a 500 mètres de descente, plaisante Javi.

En direction de Seia

Mon­tée dans les pinèdes de la Ser­ra de Cara­mu­lo sur des routes noires de pluie. Les vil­lages n’ont pas de forme. Leur dis­per­sion est éton­nante. Comme si Dieu avait éter­nué. D’ailleurs, l’église à été emportée. Je la cherche. Puis je reviens à mes efforts. Javier a pris la tête de l’é­tape et roule à 19km/h. Après deux heures de course, il s’in­ter­rompt pour pren­dre une pho­to dans une clair­ière. Javi qui con­duit la camion­nette pro­pose un rav­i­taille­ment de tartines au fro­mage blanc et à la pâte de coing. L’eau ruis­selle à tra­vers les fentes du casque, inonde le vis­age, goutte sur le nez, se répand sur le mail­lot, mouille le torse, s’ac­cu­mule à la cein­ture. Mes pieds sont des soupes. A midi, pause dans un bar de vil­lage. Nous sommes gelés. Il n’y a pas de chauffage, parce qu’il n’y a pas d’ar­gent. D’ailleurs, il n’y a pas grande-chose. Ni dans les assi­ettes ni ailleurs. Riz brisé et patates. Bouil­lon d’algues. Ce sont des berzas. Une spé­cial­ité, insiste Javier. Grand bien leur fasse. Le genre de flotte que l’on obtient en esso­rant ses habits à mi-étape. Et tiède. Une calamité: les Por­tu­gais man­gent tiède et mou. Je me gave de pain et descends aux toi­lettes. Elles sont dix mètres sous terre. Un bidet ances­tral vis­sé dans la terre battue. Lorsque nous repar­tons, les client du bar nous regar­dent. En Espagne, les gens par­lent, rient, chantent, cri­ent. Ici, ils regar­dent. Je me demande ce qu’ils voient.

Praia

Javier et Javi, les entraîneurs, sont arrivés de Madrid en fin de mat­inée. A part Mon­frère et moi-même, une Zuri­choise. Nous étions quinze dans les Pyrénées, nous serons trois pour la dis­tance Aveiro-Valen­cia. Des étapes de 125 km, 161 km, 174 km… des dénivelés de 1800 mètres, 2000 mètres, 2900 mètres… Cha­cun con­sulte la météo sur son portable. Prévi­sions innom­brables et con­tra­dic­toires avec un point d’ac­cord, il fait et il fera mau­vais. Nous sor­tons les vélos en fin de journée. Le pavé est glis­sant, l’eau ruis­selle sous les pneus. Dès les pre­miers tours de roue, le ciel nous rince. Javier nous guide à tra­vers les canaux et les plans de sel de la zone por­tu­aire. Après avoir enjam­bé plusieurs ponts sur la mer intérieure, nous atteignons la Pra­ia de Bar­ra et son phare blanc de bande-dess­inée, le troisième plus haut du monde. Je veux pren­dre une pho­to, mon portable se trans­forme en éponge. Chemin de retour, nous coupons à tra­vers des sta­tions bal­néaires inondées et désertes. En cher­chant bien, on aperçoit à l’in­térieur des salles de café des buveurs recro­quevil­lés sous une ampoule faib­lis­sante. Et soudain nous plon­geons dans une flaque qui recou­vrait une vaste ornière. La flotte monte à la cheville, les plateaux sont engloutis, le genou est à fleur d’eau. Chaus­sures, cuis­sards, mail­lot, casque, le pre­mier uni­forme de la semaine est à met­tre en séchoir. J’en ai prévu deux.

Aveiro

Gare des trains de Por­to avec ses hauts pla­fonds peints, ses faïences, ses guichets à reposoir de mar­bre, ses portes engoncées dans une colon­nade de pierre: vous gagne aus­sitôt la nos­tal­gie de ce que fut l’Eu­rope. Comme à Lis­bonne, les con­vois atten­dent con­tre les butoirs; les loco­motri­ces sont arrêtées devant un tun­nel noir de suif; un morceau de ciel recou­vre ce lieu encais­sé entre deux parois de maisons sus­pendues. Il est 11 heures, nous tirons nos cof­fres à vélo sous la pluie. Sur les quais, peu de voyageurs. Une ville endormie ou plutôt, exsangue. Je m’ar­rête sur les pas­sagers; ni heureux ni tristes. Ils sont calmes, peut-être résignés. Un mous­tachu a les deux mains posées sur une servi­ette de cuir. Je le remar­que car les autres voyageurs assis dans ce région­al pour Aveiro n’ont pas de car­ac­tère et sont inde­scriptibles. Leur humil­ité con­fine à l’ef­face­ment. Entre un quadragé­naire à cheveux mi-longs, une coif­fure de musi­cien. Sa jambe droite est raide. Il claudique, tourne sur place, mau­grée, s’as­soit plus loin, nous fixe. Le con­voi s’ébran­le, plonge dans le tun­nel, emprunte un pont fer­rovi­aire sur le Douro, gagne la halte de Cam­pan­ha, repart dans l’autre direc­tion, tra­verse l’av­enue de la République où nous avons, l’an dernier, mon­té nos vélos, puis défile con­tre la mer. Je con­state que nous occupons les places réservées aux hand­i­capés. Que le musi­cien n’aie pas protesté ne me sur­prend pas: l’his­toire du Por­tu­gal est faite de silence. Miguel Tor­ga donne dans son Jour­nal un bon aperçu des rudess­es du pays, de sa mod­estie, de sa pro­fondeur. Des men­tal­ités en ape­san­teur et de la terre rouge. Le long de l’Océan, des vil­las aux porch­es manuélins. A en juger par les lim­ou­sines, un lieu de vil­lé­gia­ture pour gens aisés. Au-delà, des dunes héris­sées de treilles. Le vent fou­ette, nous roulons à petite vitesse à tra­vers l’or­age. Dans le wag­on, per­son­ne ne par­le. Un men­di­ant déam­bule entre les pas­sagers. Il est Alle­mand, Sué­dois, Hol­landais. Il est ivre, crasseux, blessé, venu par Ryanair ou easy­Jet. Il n’a  pas vingt ans, il a un chien. Il mendie de la main gauche, l’autre est cassée. En sens inverse vient le con­trôleur, le men­di­ant recule. Le tick­et que Mon­frère a tiré au dis­trib­u­teur n’est pas val­able. Au lieu de pren­dre deux aller-sim­ple, nous avons pris un aller-retour. J’ex­plique que nous ne revien­drons pas d’Aveiro. Le con­trôleur empoche le bil­let, il s’en va. Sur le bord de la voie, des mou­tons ruis­se­lants, des fer­mettes, des ruines et cette cadence qu’im­prime au con­voi le pas­sage des sec­tions, rythme que tout le monde con­naît et qui a dis­paru. Le con­trôleur revient. Il n’a pas trou­vé le men­di­ant. Il nous rend notre bil­let. Rien de ce qu’il pour­rait dire ou faire ne chang­era sa sit­u­a­tion, n’aug­mentera son salaire, n’amélior­era son quo­ti­di­en. A Aveiro, la pluie redou­ble. Notre cham­bre donne sur le canal. Les marins pour touristes écopent leurs bar­ques col­orées. Les promeneurs se dépla­cent par petits groupes, para­pluies ten­dus. A tra­vers les rues luisantes, ils dérivent par paque­ts, comme des nénuphars, glisse à gauche, à droite, reparais­sent. Le cœur de la ville est étroit, le temps dis­suade de s’aven­tur­er dans les faubourgs ou en direc­tion de la plage. Nous cher­chons où manger. Il y a des Pasta­lar­ia, des Cafés, des bars et des restau­rants, mais ce sont des restau­rants louch­es: un employé se tient à la porte, menu sous le bras et racole. Nous déni­chons une can­tine. Mon­sieur tient le zinc, Madame et sa fille, la cui­sine et le ser­vice. Sept plats au choix: qua­tre pois­sons, trois vian­des. La gar­ni­ture?  A tra­vers tout le pays, riz brisé et patates. A l’écran, le jour­nal puis une télénov­ela. La cuisinière lorgne. Au moment de la rup­ture du cou­ple vedette, elle vient en salle, s’af­fale, sort son mou­choir. Une odeur de brûlé tit­ille nos nar­ines. La dame court en cui­sine, revient, s’ex­cuse: la dau­rade est fichue. Est-ce qu’une pièce de morue ferait l’af­faire? Après la sieste, nous allons au cen­tre com­mer­cial. Pen­dant la sieste, la pluie a redou­blé. Le pro­logue de la course à tra­vers l’Es­pagne prévu pour le lende­main. Nous hési­tons devant les chaus­sons, les imper­méables, les cas­quettes, les cuis­sards longs.