Marathon 2

Pael­la sur la place de la Con­sti­tu­tion, voilà qui s’an­nonce bien après vingt et un kilo­mètres de course au soleil, seule­ment il s’ag­it d’un con­cours, les familles appor­tent leur poêle géante, leur gazinière et les ingré­di­ents, dis­cu­tent et touil­lent. Quand je retourne sur la place, changé et douché, pas une n’a encore mis le riz à bouil­lir: à l’év­i­dence aucun plat ne sera servir avant trois ou qua­tre heures de l’après-midi. Je me couche, dors deux heures et mange deux steaks.

Marathon

Départ du demi-marathon à 10h00. Très vite, il fait vingt-six degrés. Nous pas­sons la colline en direc­tion de Mala­ga puis dans le sens inverse, lon­geons la mer, bifurquons; une heure plus tard, la colline est à nou­veau en vue — je peine. Ce type en bleu qui n’a cessé de me pren­dre un mètre et que je dou­blais aus­sitôt, prend l’a­van­tage. L’idée me tra­verse l’e­sprit: “je vais aban­don­ner”. Alors je remar­que le pan­neau “6 km”. Découragé, je freine, je baisse le rythme.
-Allez, c’est presque fini! me crie le lièvre.
-Et ce pan­neau!
-Pas­sage précé­dent, ils l’au­ront oublié.

Solidarité

Dirigeants cata­lans hors-la-loi mais en lib­erté: sol­i­dar­ité de voy­ous au sein de la classe poli­tique internationale.

Imagination

“Inspiré de faits réels” souligne que l’imag­i­na­tion des créa­teurs est défaillante.

Effort

L’Eu­rope est fatiguée, cha­cun le sait et peut en out­re le con­stater: de Bucarest à Madrid, per­son­ne pour déplac­er une chaise ne la soulève plus, il la traîne.

Idéologie 3

“Dom­mage, me dit cet ami, que la cen­sure revi­enne.” Dom­mage? “Dom­mage”, est insuff­isant. Quand il y a cen­sure, il y a Vérité. Fausse vérité. Et ceux qui l’ad­min­istrent s’ar­ro­gent un pou­voir sur la dis­cus­sion, donc sur le lib­erté ce qui vaut hypothèque sur l’homme. Se con­tenter de ce “dom­mage!” est plus que de la résig­na­tion, une sorte de fatal­ité com­plice. L’his­toire l’a mon­tré. Elle aboutit tou­jours à la mort érigée en sys­tème politique.

Boxe

Le cou­turi­er du vil­lage parce qu’il est boxeur s’oc­cupe de recoudre les gants de tous les boxeurs du village.

Hallucinations

“Alexan­dre, tu ne sais rien”, con­statai-je hier, moins vexé que con­trit, embêté, alors que j’ar­pen­tais ma cham­bre dans la demi-obscu­rité. Là-dessus, je me couche et toutes sortes d’hal­lu­ci­na­tions s’emparent de mon esprit, me valant de pass­er une nuit épou­vantable, en exa­m­en, face à un comité d’ex­perts dont cer­tains tit­u­laires d’en­seigne­ment à Nor­mal sup’ devant qui j’avais à pro­duire un exposé sur la nature des rela­tions épis­to­laires à l’époque roman­tique en mon­trant l’as­cen­dance romaine et grecque des manières de dire, cela avec des exem­ples pris dans la poésie, et tout le long de cette pré­pa­ra­tion de l’o­ral je maud­is­sais mon igno­rance des textes, des con­cepts et des dates.

Idéologie 2

Gérard Depar­dieu dans un entre­tien don­né cette semaine dit, ne sub­stance : quand je ren­tre en France, je me réfugie dans mon apparte­ment avec mes livres, je ne sors pas; pourquoi voudrais-je voir ces Français qui sont tristes comme la mort. Je vais appel­er cela le “syn­drome de l’ar­rière-bou­tique”. Savoir ce qu’on a autour de soi, même si c’est peu, plutôt qu’être ver­sé dans le grand chau­dron mul­ti­cul­turel où toute qual­ité pro­duit un infâme brou­et — ce qu’il ne dit pas, car la presse, tou­jours plus théâ­trale et fausse a beau prévenir, “l’ac­teur ne mâche pas ses mots”, c’est que vivre dans des rues trans­for­mées en super­marché qu’ar­pen­tent des imbé­ciles para­chutés du tiers-monde dont le seul point com­mun est de savoir user d’une télé­phone portable démoralise, désole et à terme anéan­tit tout bonne volon­té. Le dia­logue avec le passé relève des langues mortes, mais il y a au moins une langue.

Panama

Splen­dide fin de journée, la plage est lumineuse, la falaise rose de soleil. Je requinque mon pneu de vélo, prend l’as­censeur, me mets en selle, fais deux mètres, le pneu est dégon­flé. Tant pis pour la balade en direc­tion d’Alme­ria; j’en prof­ite pour apporter le vélo à la révi­sion. Là, je me rap­pelle à la bonne mémoire du mécani­cien. “Je sais, me dit-il, c’est ce vélo avec lequel tu as voy­agé”.
-Jusqu’en Syrie. Vingt-cinq ans sans une répa­ra­tion.
-Epatant! Je vais te le bri­quer.
-Atten­tion, pas ques­tion d’en faire un trophée, je l’u­tilise.
Il l’empoigne:
-Et par où es-tu passé pour aller jusqu’en…
-…Syrie.
J’énumère.
-Oui, me dit-il, donc tu as dû tra­ver­sé ce fameux canal?
-Un canal? Le détroit de Corinthe, peut-être?
-Non, cet autre qui a déclenché tant de guer­res, un axe marc­hand… le canal de Pana­ma.
Main­tenant, songeur, je marche sur le quai et j’écris — après avoir longtemps repoussé pour ne plus savoir ce qu’il con­vient de dire — le pre­mier chapitre du livre con­sacré au voy­age dans l’Est entre­pris en septembre.