La transcendance est le principe supérieur d’organisation car il ajoute de l’espace à l’espace et du temps au temps.
Postpolitique
A des fins d’usage quotidien, je regarde les marionnettes supérieures, Zückenberg, Merkel, Macron, Draghi et je vois bien que la pantomime est postpolitique, qu’aucun mot proféré, aucune idée assenée n’est conçue dans un but de société, que les gestes, les attitudes, les poses sont autant d’éléments d’une chorégraphie qui rappelle les jeux d’eau des jardins à la française du dix-septième. Pour autant, cela ne me dit pas comment me prémunir, avancer, planter les jalons. C’est ainsi, l’histoire. La critique met en lumière, mais le bénéfice est long: on demeure dans l’ombre des idées anciennes, le changement ne vient que lentement, d’où cet espoir mêlé de désespoir où succombent les impatients, ceux qui affolés de vérité aimeraient précipiter la roue du temps en s’adjoignant les consciences.
Petit véhicule
A son véhicule, il y avait toujours une roue de trop une roue de pas assez. Nul ne les voyait que lui. Il vous retenait de prendre le volant. Attisait votre envie de prendre le large et, dans le même temps, vous retenait, instillant le doute. Les plus audacieux le bousculèrent, les timorés finirent par se chercher de nouveaux maîtres, arrêtant d’autres véhicules, ils s’en allèrent. Lui resta. Remplaça le dialogue par le monologue. Le véhicule pourrit sur place, son corps alla en terre — sa philosophie est passée à l’histoire.
Yoga
La semaine dernière, je vais faire du yoga. Dans le principe, rien qui ne m’insupporte plus. C’est tout à fait contraire à mon esprit, mes formes, mes blocages — et ces derniers sont innombrables — pire, je ne tiens pas du tout à être débloqué (au même motif, ma défiance envers la psychanalyse). Bref, je prends la posture, je me glisse dans le rôle et dans l’onde, je m’initie au courant. Comme je suis, en ce moment un être perdu, une pauvre homme de cinquante ans sans femme qui essaie de tenir la tête hors de l’eau, au moment où la sauce prend (je parle du yoga), je me redresse cerveau en main et apparaît… un chou. Un joli chou blanc et vert, d’un poids certain, disons deux kilos comme un gros bébé. Il est au Mexique, à Xalapa, au milieu d’une société de légumes et dans ma vision, je vois que ce sont, ces légumes, les protégés de Toldo, mon ami qui a crée dans la couronne de la capitale des fermes biologiques et, toujours dans cette ouate minuscule que produit l’hypnose légère du yoga, je me dis: “Alexandre, c’est là que tu dois aller! Toldo va te faire une faveur, il va te remettre entre les mains du chef des péons qui t’enseignera à cultiver ces légumes formidables, sains comme le paradis!”
Luyckx
Enoncé par Marc Luyckx Ghisi, ce propos fascinant qui m’assomme et je précise, de pareil effet de lumière suite à une assertion idéologique je n’ai que deux, au plus trois expériences dans ma vie, laquelle n’est déjà plus si courte: “ce n’est pas l’algorithme mais le choix de valeurs qui est derrière qui compte”.
Grand livre
Le grand livre, pensé-je, impossible à faire ou presque pour la raison que je dirai, est celui qui montrera le rétrécissement de la vie biologique et morale de l’homme occidental, et c’est que (voici la raison) il faudrait pour illustrer l’histoire de ce déficit avoir appartenu à deux voire trois générations dévidant ainsi une pelote d’expériences qui rendraient le fait incontestable.
María Zambrano
En attendant le train pour Madrid, je rôde autour de la gare de María Zambrano, surpris de retrouver autour de cette destination l’ambiance qui tant de fois m’a accueillie lorsque j’arrivais à Malaga; j’avais oublié, maintenant que j’y accoure en voisin, les odeurs de café, le marbre clair de la promenade, les perroquets dans les palmiers ou encore les effluves d’eau de Cologne au bas des immeubles de bureaux, toutes ces impressions liées à un quartier qui fut longtemps mon point d’entrée dans la ville.