Partout dans le monde des gens simples, honnêtes, parlent d’argent, le visualisent, en tas, se demandent “comment, mais comment font-ils ?” et ce “ils” en dit long sur leur incompréhension, sur la distance absolue entre le lieu actuel de la conversation et le tas d’argent, à leurs yeux une image de la fortune, et alors qu’ils retournent au travail dont ils venaient avant de commencer la conversation, ils pensent encore à ce tas constatant jour après jour avec dépit que leur travail ne les en rapproche pas d’un centimètre.
Reconnaissance
Monfrère de retour d’un repas en soirée chez des amis : “c’était ennuyeux, j’ai préféré jouer avec les enfants!” Ce qui me vaut la nuit venue de nommer en rêve, un à un, tous les camarades d’école et de jeux que j’ai fréquenté depuis l’âge de douze ans. Leurs portraits apparaissent, je nomme. Puis ceux de l’adolescence, de l’université et de Mexico, quelques autres enfin, connus à Fribourg il y a trois ans. Par exemple, des photographies prises lors d’une fête tenue en 1986 apparaissent et j’identifie les visages dont celui de ce Français que je n’ai croisé qu’une fois dans ma vie, ce soir-là.
Aires
Comment tout cela va-t-il finir? Par l’ordre. Mais cette fois, puisqu’il n’y a pas de valeurs faîtières, nous aurons deux aires coexistant, l’une, réservée, domaine des instigateurs, l’autre massive, ordurière, bestiale. Et un emballement communicationnel, outil du pouvoir des bourreaux de l’aire première sur les victimes de l’aire seconde.
Jours
Toujours cette lumière éblouissante venue de la mer, elle efface le quai, les roches, le sable, se propage, envahit le ciel, il n’y a plus personne, que des timides qui arpentent le quai à petit pas comme s’ils allaient déranger. De l’autre côté — l’appartement traverse — sur la place, le couple de vieillards des montagnes rouges grille des marrons entouré de deux chiens graciles qui ont le physique des girafes de Dali. Je fais des aller-retours. De mes pâtes à la salle de sport, des carnets d’écriture au lit, au salon, aux documentaires — ils défilent sur l’écran, mais demeurent invisibles avant le soir tant il y a de lumière.