Si les éditeurs refusent les manuscrits parce que je pense ce que je pense, c’est qu’ils les acceptaient parce que je pensais ce que je pensais (ce sont eux qui évoluent dans la censure plutôt que moi dans l’opinion) et dans ce cas mieux vaut aller se promener et boire, dormir, manger et faire l’amour sans jamais confier un seul mot à ces gens qui font métier de les rendre public.
Sapin
A mon arrivée dans la région, j’ai acheté un sapin. Il n’était pas plus grand que ma main et je compte les racines; celles-ci plongeaient dans un gel bleu. Enfermé dans un carton, ses quelques aiguilles lorgnaient par une fenêtre afin que le spécimen dise son nom. A l’évidence, il n’avait jamais vu la nature. D’ailleurs, il n’était pas seul. Il côtoyait quarante collègues tous identiques disposés sur une palette au milieu des tondeuses, de la vaisselle, du beurre et des fruits — nous étions dans un supermarché. N’ayant ni terrain ni terre, je n’avais aucun besoin d’un sapin, ma priorité d’ameublement allait aux lits, aux chaises et à une table puisque le nouvel appartement était loué vide, cependant je n’hésitais pas, j’achetais le sapin. Pour l’acclimater, je me rendis chez un Chinois à qui je demandais du terreau universel que je versais dans un pot ramassé sur une poubelle, puis je transplantais le spécimen, retirant le sachet de gel bleu qu’il avait autour du pied. Plus tard, lorsque je partais à l’étranger, je pris soin de remettre les clefs au propriétaire afin qu’il lui donne de l’eau pour tenir devant le soleil andalou. Le sapin est toujours sur la terrasse, au-dessus de la mer et il a pris de la taille, disons qu’il a triplé de hauteur, mais ceci d’étrange s’est produit récemment: il s’est séparé. D’un côté il est resté sapin, de l’autre est venue une branche inédite, d’une variété exotique.
Prédateurs
Des pécores en mal de visibilité dénoncent pour abus sexuels ces hommes qui nonchalamment leur ont mis la main aux fesses. Nul doute que ces protestations contre la nature n’aient été conçues par des esprit masculins intéressés en raison de visées autrement prédatrices à asseoir leur domination politique sur nos sociétés occidentales en détruisant les dernières forces de la population blanche.
Dodge
A pied au garage pour aller y récupérer ma Dodge. Au lieu du véhicule neuf que j’attendais, je trouve une guimbarde terreuse. A deux kilomètres du village, sur une route défoncée, elle fume, casse et coule. Le vendeur m’accueille dans sa famille, retarde le moment des excuses, préparer à manger, louvoie. Quand survient le mécanicien, le patron explique la situation; j’entends dire à ce dernier que ma Dodge a été vendue à un Américain de passage qui en donnait le double du prix. La famille m’emmène dans les profondeurs de l’appartement et me dorlote. Elle m’offre sa fille, une adolescente. A l’aube, je quitte la chambre et cherche la voiture. N’ayant rien trouvé au village, je tente de rebrousser chemin, mais la route qui mène à l’immeuble où vit le garagiste est obstruée par des blocs de pierre. “Après, c’est le territoire des Serbes”, me prévient un passant. Comme j’essaie de passer, je me retrouve à ramper dans un tunnel de fortune. A la première bifurcation, il y a deux voies. L’une fermée par une porte basse donne sur un puits, l’autre mène à la barricade serbe. “Il n’y a rien plus rien à faire, me dis-je, réveille-toi !” Je répète, “je veux me réveiller”, puis j’imagine que je remue et en même temps je me propulse pour gagner la surface. Me voici assis dans le lit.