Afro-progressisme 4

Au large de l’I­tal­ie avancée, une petite cen­taine d’en­vahisseurs tenus en respect à des fins politi­ci­ennes par un Cata­lan au nom des Droits de l’homme. Cer­tains, que l’on dit “dés­espérés” par dix-huit jours d’at­tente (mesure qui rel­a­tivise la sit­u­a­tion dés­espérante qu’ils pré­ten­dent fuir), se jet­tent à l’eau. L’île de Lampe­dusa est à 800 mètres. Ils ne savent pas nag­er. Est-ce grave? Non. Ils ne savent pas lire. Ni écrire. Est-ce grave? Ne par­lent aucune langue con­ti­nen­tale. Savent à peine se laver. Prient. Châ­tient volon­tiers les incroy­ants. Cepen­dant, on nous con­te ceci: ils sauront s’in­té­gr­er à notre société hyper­so­phis­tiquée. A titre de com­para­i­son immé­di­ate, mon fils, gradé à l’ar­mée, bache­li­er et qui par­le deux langues, ne trou­ve pas de tra­vail. Qu’est-ce que le pro­gres­sisme? Une idéolo­gie qui, bien récupérée et trav­es­tie par des vam­pires de la poli­tique, pré­tend impos­er au peu­ple (le nôtre) un sché­ma de renon­ce­ment com­plet à ses prérog­a­tives, sa lib­erté et son avenir et cela moyen­nant une agit-prop (celle par exem­ple de ce Cata­lan cynique) payée par notre tra­vail via l’im­pôt. Un mil­liard deux cent mil­lions d’Africains atten­dent de par­ticiper active­ment, avec les moyens per­son­nels que nous avons vu, à notre société “pro­gres­siste”.

Nouvelle donne

Autre­fois, il s’agis­sait de sauver son âme. Aujour­d’hui, il s’ag­it de sauver son esprit. Placé devant les exi­gences de l’in­tem­porel, le sujet moral procé­dait à d’inces­sants ajuste­ments. Con­damné à une tem­po­ral­ité sans hori­zon il doit procéder, pour demeur­er moral, à d’inces­sants désajustements.

Inde

Si j’en avais les moyens, je m’in­téresserais volon­tiers au rap­port, en ter­mes de con­for­ma­tion psy­chologique, entre l’hin­douisme et l’in­for­ma­tique. Il me sem­ble que la facil­ité des indi­ens à se mou­voir dans le monde du com­pu­ta­tion­nel à beau­coup à voir avec leur sys­tème de jux­ta­po­si­tion des dieux (en quelque sorte, un défaut relatif de la capac­ité de synthèse).

Espace publique

Con­ven­able­ment posé sur le paysage, le par­al­lélépipède pra­ti­quait entre l’en-deçà et l’au-delà une divi­sion visuelle que les gar­di­ens du sens jugèrent correcte.

Ciel

Sat­ur­er le ciel d’avions. Impos­si­ble de savoir ce qu’il était autre­fois. Bleu? Vide? Source de roman­tisme? Vecteur de pro­grès tech­niques? Sat­uré de Dieux?

Avenir

Dis­ci­pline d’avenir, l’Archéolo­gie de la con­ver­sa­tion. Ce que c’é­tait; com­ment cela prit forme; pourquoi cela disparut.

Autre monde

Partout des appels à la créa­tion d’un nou­veau monde. Les out­ils man­quent. A moins que ce soit l’homme. Car­i­ca­ture de ce qu’il était, dépos­sédé de son imag­i­na­tion par trois siè­cles de matéri­al­isme, il ne sait plus créer. Ce qui est par­ti­c­ulière­ment vrai du secteur le plus malade de notre société, les cap­i­tal­istes endur­cis. Gérants ou ren­tiers qu’un mode de vie fondé sur la cul­ture du corps a vidé des tout esprit : ceux-là s’en­fer­rent à vivre engoncé dans la matière ou, quand ils sont pris d’an­goisse, délirent sur le posthu­main. Mais les autres? Nous tous? Nous voyons le monde actuel cir­con­scrit, sat­uré, sur­in­ter­prété. Dans l’é­tat, nul ne juge l’ex­péri­ence pérenne (je ne par­le pas d’é­colo­gie, mais bien de psy­cholo­gie). Ce monde suc­combe, et nous avec lui. Mais alors pourquoi ne pas réa­gir? D’abord, parce que les out­ils de créa­tion, détru­its par un siè­cle et demi de cri­tique matéri­al­iste, sont rouil­lés et que nous avons trans­fér­er notre savoir-faire aux grands réseaux d’au­to­mates que con­trô­lent les cap­i­tal­istes endur­cis; ensuite, parce que sor­tir du monde plat dans lequel ces mêmes com­man­deurs nous enfer­ment est dif­fi­cile. C’est que nous man­quons de temps libre: comme dans tout total­i­tarisme en effet, le temps est aliéné. Enfin, parce que nous espérons “tenir encore un peu”, sen­ti­ment lié à l’é­pargne, c’est à dire au tra­vail con­sen­ti, dont nous atten­dons logique­ment une récom­pense. Et pour­tant, ce mou­ve­ment de sor­tie du monde actuel aura lieu. Je dirais même qu’il ne saurait tarder. Aus­si est-il urgent de four­bir ses outils.

Appel du vide

Une épidémie qu’il serait bon d’in­ter­préter: la défen­es­tra­tion. Je sais, le mot fait penser à de hauts événe­ments — car il sont ain­si qual­i­fiés — his­toriques, révo­lu­tion­naires et sou­vent, de l’aveu général, roman­tiques (non: tou­jours) — Con­stan­tino­ple, Ver­sailles, Saint-Péters­bourg… Aujour­d’hui, la réal­ité est plus quo­ti­di­enne, vul­gaire. Moins géopoli­tique. Les gens tombent des bal­cons et meurent (Mag­a­luf, Benidorm). Bas­cu­lent hors de fenêtres, soirées poudre et alcool, dans les meilleurs apparte­ments des cap­i­tales européennes (ou villes sec­ondaires, un de mes employés genevois est mort ain­si). Dévis­sent des ponts, des grues, des façades pour ten­ter le tour­nage d’une séquence d’héroïsme 2.0. à des­ti­na­tion du pub­lic virtuel. Un tal­ent de fin du monde.

Rietine 2

Ain­si, je pré­parais depuis une semaine — en imag­i­na­tion — la décou­verte d’un vig­no­ble du Chi­anti avec vis­ite de cave et dégus­ta­tion. Hier, Gala con­firme. Le pro­prié­taire nous attend pour midi. Ce matin, lev­és, brossés, nous embar­quons. Trois min­utes plus tard, nous sommes dans l’embouteillage. En direc­tion de Flo­rence. En direc­tion de la cuvette. Dans la chaleur. Un tick­et de péage à la main. Au pas. A regarder les autres occu­pants de véhicules. Qui nous regar­dent. Quand je peux (après huit kilo­mètres), je quitte l’au­toroute, je paie, je nous ramène à la mai­son. Morale: au mois d’août, con­tente-toi de ton imagination .

Rietine

Force est de l’ad­met­tre, je n’ai plus le courage d’en­tre­pren­dre aucune action matérielle com­plexe par cette chaleur et dans ce décor. Le régime de collines toscan est un spec­ta­cle pour les yeux qu’il vaut mieux goûter assis, un verre à la main, sous un para­sol. Car si la tem­péra­ture a bais­sé (il ne fait plus que 34 degrés), le flux des esti­vants demeure con­sid­érable: en cette semaine du “fer­ra­gus­to” cha­cun se pré­cip­ite hors de sa case. Or, pour franchir les collines par tun­nels, ponts et coteaux, il faut un véhicule. Bref, aus­sitôt par­ti, on est à l’ar­rêt par­mi mille véhicules, avec bam­bins, ani­maux, per­ro­quets, mate­las et grands par­ents. Les bouées sont gon­flées, la mer est encore loin.