Au large de l’Italie avancée, une petite centaine d’envahisseurs tenus en respect à des fins politiciennes par un Catalan au nom des Droits de l’homme. Certains, que l’on dit “désespérés” par dix-huit jours d’attente (mesure qui relativise la situation désespérante qu’ils prétendent fuir), se jettent à l’eau. L’île de Lampedusa est à 800 mètres. Ils ne savent pas nager. Est-ce grave? Non. Ils ne savent pas lire. Ni écrire. Est-ce grave? Ne parlent aucune langue continentale. Savent à peine se laver. Prient. Châtient volontiers les incroyants. Cependant, on nous conte ceci: ils sauront s’intégrer à notre société hypersophistiquée. A titre de comparaison immédiate, mon fils, gradé à l’armée, bachelier et qui parle deux langues, ne trouve pas de travail. Qu’est-ce que le progressisme? Une idéologie qui, bien récupérée et travestie par des vampires de la politique, prétend imposer au peuple (le nôtre) un schéma de renoncement complet à ses prérogatives, sa liberté et son avenir et cela moyennant une agit-prop (celle par exemple de ce Catalan cynique) payée par notre travail via l’impôt. Un milliard deux cent millions d’Africains attendent de participer activement, avec les moyens personnels que nous avons vu, à notre société “progressiste”.
Nouvelle donne
Autrefois, il s’agissait de sauver son âme. Aujourd’hui, il s’agit de sauver son esprit. Placé devant les exigences de l’intemporel, le sujet moral procédait à d’incessants ajustements. Condamné à une temporalité sans horizon il doit procéder, pour demeurer moral, à d’incessants désajustements.
Inde
Si j’en avais les moyens, je m’intéresserais volontiers au rapport, en termes de conformation psychologique, entre l’hindouisme et l’informatique. Il me semble que la facilité des indiens à se mouvoir dans le monde du computationnel à beaucoup à voir avec leur système de juxtaposition des dieux (en quelque sorte, un défaut relatif de la capacité de synthèse).
Autre monde
Partout des appels à la création d’un nouveau monde. Les outils manquent. A moins que ce soit l’homme. Caricature de ce qu’il était, dépossédé de son imagination par trois siècles de matérialisme, il ne sait plus créer. Ce qui est particulièrement vrai du secteur le plus malade de notre société, les capitalistes endurcis. Gérants ou rentiers qu’un mode de vie fondé sur la culture du corps a vidé des tout esprit : ceux-là s’enferrent à vivre engoncé dans la matière ou, quand ils sont pris d’angoisse, délirent sur le posthumain. Mais les autres? Nous tous? Nous voyons le monde actuel circonscrit, saturé, surinterprété. Dans l’état, nul ne juge l’expérience pérenne (je ne parle pas d’écologie, mais bien de psychologie). Ce monde succombe, et nous avec lui. Mais alors pourquoi ne pas réagir? D’abord, parce que les outils de création, détruits par un siècle et demi de critique matérialiste, sont rouillés et que nous avons transférer notre savoir-faire aux grands réseaux d’automates que contrôlent les capitalistes endurcis; ensuite, parce que sortir du monde plat dans lequel ces mêmes commandeurs nous enferment est difficile. C’est que nous manquons de temps libre: comme dans tout totalitarisme en effet, le temps est aliéné. Enfin, parce que nous espérons “tenir encore un peu”, sentiment lié à l’épargne, c’est à dire au travail consenti, dont nous attendons logiquement une récompense. Et pourtant, ce mouvement de sortie du monde actuel aura lieu. Je dirais même qu’il ne saurait tarder. Aussi est-il urgent de fourbir ses outils.
Appel du vide
Une épidémie qu’il serait bon d’interpréter: la défenestration. Je sais, le mot fait penser à de hauts événements — car il sont ainsi qualifiés — historiques, révolutionnaires et souvent, de l’aveu général, romantiques (non: toujours) — Constantinople, Versailles, Saint-Pétersbourg… Aujourd’hui, la réalité est plus quotidienne, vulgaire. Moins géopolitique. Les gens tombent des balcons et meurent (Magaluf, Benidorm). Basculent hors de fenêtres, soirées poudre et alcool, dans les meilleurs appartements des capitales européennes (ou villes secondaires, un de mes employés genevois est mort ainsi). Dévissent des ponts, des grues, des façades pour tenter le tournage d’une séquence d’héroïsme 2.0. à destination du public virtuel. Un talent de fin du monde.
Rietine 2
Ainsi, je préparais depuis une semaine — en imagination — la découverte d’un vignoble du Chianti avec visite de cave et dégustation. Hier, Gala confirme. Le propriétaire nous attend pour midi. Ce matin, levés, brossés, nous embarquons. Trois minutes plus tard, nous sommes dans l’embouteillage. En direction de Florence. En direction de la cuvette. Dans la chaleur. Un ticket de péage à la main. Au pas. A regarder les autres occupants de véhicules. Qui nous regardent. Quand je peux (après huit kilomètres), je quitte l’autoroute, je paie, je nous ramène à la maison. Morale: au mois d’août, contente-toi de ton imagination .
Rietine
Force est de l’admettre, je n’ai plus le courage d’entreprendre aucune action matérielle complexe par cette chaleur et dans ce décor. Le régime de collines toscan est un spectacle pour les yeux qu’il vaut mieux goûter assis, un verre à la main, sous un parasol. Car si la température a baissé (il ne fait plus que 34 degrés), le flux des estivants demeure considérable: en cette semaine du “ferragusto” chacun se précipite hors de sa case. Or, pour franchir les collines par tunnels, ponts et coteaux, il faut un véhicule. Bref, aussitôt parti, on est à l’arrêt parmi mille véhicules, avec bambins, animaux, perroquets, matelas et grands parents. Les bouées sont gonflées, la mer est encore loin.