France-poubelle

Le gou­verne­ment de France s’arrange pour faire entr­er, et laver, et soign­er et rémunér­er plus de 3’000 éner­gumènes pak­istanais sans papi­er par mois depuis des années et quand l’un de ces envahisseurs découpe au hachoir des pié­tons dans Paris, la presse de pro­pa­gande titre (toutes, de con­cert, voir les quo­ti­di­ens) : “la police enquête sur l’i­den­tité réelle de l’as­sail­lant”. Déporter quelques trois milles fonc­tion­naires parisiens par mois au Pak­istan ne peut que prof­iter au retour de la démoc­ra­tie sur le ter­ri­toire français.

Nos sociétés de la honte

Com­ment font-ils? Ignorent-ils délibéré­ment le change­ment? S’ag­it-il d’une fuite intérieure? D’une démis­sion? D’une forme de néga­tion, non seule­ment de la lib­erté, mais du corps, de l’e­sprit. Ou d’une néga­tion plus fon­da­men­tale, la néga­tion de la vie? Oui, com­ment font les gens d’hi­er, qui se com­por­tent ces jours sans rien mod­i­fi­er à leur quo­ti­di­en? A con­stater le dur­cisse­ment des pou­voirs, je me réjouis d’être par­ti à vélo. De vagabon­der. Bien­tôt, cela ne sera plus per­mis. Et pour longtemps. Je compte en généra­tions. Le ver­rouil­lage déli­rant des espaces vitaux pro­gresse. Allez savoir si le Pro­gramme ne va plus vite que l’avaient prévu ses con­cep­teurs? Pour un temps, le flot de men­songes qu’assè­nent à l’u­nis­son les gou­verne­ments trahit encore l’in­quié­tude: les imbé­ciles que nous sommes vont peut-être com­pren­dre qu’ils ont affaire à un expéri­ence d’ingénierie sociale et pos­er un refus. A moins que l’ar­ro­gance ne l’emporte et que les man­dants de cette prise de pou­voir sur les con­sciences aient une foi totale dans leurs instru­ments de cap­ta­tion de la volon­té. Quoiqu’il en soit, il en est fini du vieux monde hérité des généra­tions vail­lantes. Nous sommes dans la merde, et pour longtemps, pris en étau entre une admin­is­tra­tion omniprésente et des essaims d’én­er­gumènes prélevés sur les stocks du tiers-monde. Dans cette équa­tion, je ne vois qu’une incon­nue sus­cep­ti­ble de prof­iter aux défenseurs de l’in­di­vidu : l’ar­gent. Il manque. Il va man­quer. Dans des sociétés — les nôtres — où plus des deux tiers des citoyens sont occupés à dépenser le gains pro­duit par le dernier tiers, le point de chavire­ment n’est jamais loin.  Alors quoi? Rien de neuf sous le ciel: une guerre pour les ressources. Voiture, mai­son, quarti­er, nour­ri­t­ure, femmes… vieille his­toire. Une chose est sûre: il faut quit­ter les villes. Où les éner­gumènes se charg­eront, pour le meilleur prof­it des gou­verne­ments retranchés (ils le sont déjà, ces enne­mis), de faire régn­er la loi maffieuse et piller les éner­gies dernières des autochtones.

Umag 2

Toute la nuit je me suis félic­ité. Sur la place, en front de mer, les vents ont emporté para­sols et devan­tures. Ce matin, des ouvri­ers venus en camion­nette répar­ent. Ma tente n’au­rait pas résisté: dernière imper­méa­bil­i­sa­tion il y dix-huit ans. Surtout, j’au­rais eu de la peine à m’en extraire pen­dant l’or­age. Même dans le lit de l’auberge j’ai souf­fert, craig­nant de me retourn­er, renonçant à me lever, à aller piss­er. Au réveil, impos­si­ble de lac­er les chaus­sures. Cette pente dans le vig­no­ble, au-dessus de Bercht­es­gaden, prob­a­ble­ment. Le vélo à l’ar­rêt, j’ai arraché sans pren­dre la peine de pass­er le petit plateau. Le soir, la douleur était mod­este, mais depuis j’ai roulé 405 kilo­mètres. Donc me voici au port. For­cé d’at­ten­dre. Pas le plus mau­vais endroit. De la cham­bre, je vois deux petites car­avelles, l’une blanche, l’autre de bois. Elles se bal­an­cent à quai. La place dal­lée de pierre plate à des airs de Sans Mar­co en minia­ture. L’am­biance aus­si est agréable, non­cha­lante. Méditer­ranéenne, si l’on était sur l’Adri­a­tique. Côté musique, la patronne du café Paris est ama­teur de new-wave, ain­si j’ai droit aux tubes des années 1980: The Cure, Kaj­a­gogo, Talk Talk, Sim­ple Minds…

Chemin croate

Entre Luci­ja et Seca, mer­veilleux chemin de cam­pagne sur les collines qui domi­nent la baie. Enser­ré entres des murets de pier­res, il tra­verse une terre provençale. Je baisse la tête pour pass­er sous les plants d’o­livi­er. Alen­tour poussent des man­darines, des pommes et des grenades. Au sol, ma roue lève des mûres.

Umag

Bien fait de me réduire dans un hôtel (le Café Paris, devant la mer, en face d’une tour des cloches qui sonne les quarts d’heure). Sur le point de piquer ma tente, j’ai jugé que les restau­rants et la bois­son étaient trop loin (cinq kilo­mètres par le quai) et je suis retourné en ville. Là, il pleut des cordes. Vu l’é­tat de ma tente, je dor­mais dans une piscine.

Parecag

Tra­ver­sés les marais salants qui tien­nent lieu de zone fron­tière entre la Slovénie et la Croat­ie, j’en­tre dans un chemin signé D80 (une voie cycliste), roule un kilo­mètre sur de la terre inondée quand monte brusque­ment la végé­ta­tion. Plus loin elle cache le chemin, freine le vélo, les pneus enfon­cent dans la boue. Je per­sévère. D’abord parce que je suis imbé­cile, ensuite parce que, con­va­in­cu d’avoir tort, je demande à le véri­fi­er. Dans ces con­di­tions, je roule une ving­taine de min­utes en m’ar­rachant les mol­lets au con­tact de la brous­saille tan­dis que s’é­vadent vers le ciel des per­drix et des cygnes. Enfin je renonce et me casse le nez sur la patrouille douanière venue me chercher suite au sig­nale­ment d’un voisin. Le garde fron­tière : “vous faites quoi là?” J’ex­plique. Il demande: “vous étiez sig­nalé, mais on cherche aus­si une famille de clan­des­tins qui tran­site par les marais, vous avez vu dans le no man’s land?”

Koper-Istria

Quit­té ce matin Tri­este. Temps lumineux, rues à l’é­querre, archi­tec­ture des villes de com­merce et familles ital­i­ennes en bal­lade. Dans le port, un build­ing couché sur la mer, bateau de croisière, qua­tre étages de bal­cons blancs, le Cos­ta Delizia: à l’ar­rêt sous le coup de l’épidémie. Grand plaisir à voir ce bâti­ment de rap­port en déshérence. Dans les parcs, hordes de Pak­istanais crasseux et zomb­i­fiés. Per­son­ne ne s’en soucie. Pro­gramme d’im­por­ta­tion des crim­inels, tel que voulu par nos gou­verne­ments.  A traiter au pis­to­let. En com­mençant par les impor­ta­teurs. Je longe la mer, me four­voie, bute comme il se doit sur des zones pro­tégées, des parcs à con­teneurs, des hangars, des bar­rières, puis j’at­teins Mug­gia, ville satel­lite de Tri­este que j’ai repérée: elle per­met d’éviter les ponts autoroutiers et les zones filmées. Là, deux Alle­mands sur des VTT élec­triques. Aus­si per­dus, moins cau­sant. Un accord tacite est vite établi: eux ont un GPS, je me débrouille en ital­ien. Huit kilo­mètres à ser­pen­ter à tra­vers des quartiers ouvri­ers et nous voici sur la route côtière. Je prends de l’a­vance, les sème (près de la douane, deux clochards assis sur le digue pêchent le pois­son; ils ont des bouteilles de rouge à la main, ils ont plan­té leurs trois cannes en tra­vers de trot­toir de façon à ce que les promeneurs aient à enjam­ber et à savoir ce qu’ils font, essay­er de manger- rien de plus ras­sur­ant qu’un clochard). Slovénie. Pas de douane. Elle a été trans­for­mée en sta­tion-ser­vice (l’essence coûte 0,38 cts de moins qu’à Tri­este). Je rejoins Kop­er (Capo d’Is­tria), le port où nous avons dor­mi la pre­mière nuit de notre périple dans l’est avec Evola il y a deux ans: meilleure impres­sion qu’alors  il faut dire qu’il pleu­vait des cordes. Là, sur­prise: une piste cyclable. Ravi, j’ac­célère. Une ten­di­nite m’empêche de pédaler en posi­tion cycliste. Soit je vais en danseuse soit le dos raide. Mais je vais. Les vil­lages côtiers se suc­cè­dent: Izo­la, Por­torose, Sec­ovl­je. Bien­tôt je ne sais plus si je suis en Slovénie ou en Croat­ie. Je craig­nais la sor­tie d’I­tal­ie. Main­tenant que c’est passé, je roule sans souci. Donc je con­fonds la douane croate avec un péage. Passe tout droit. Le douanier me sif­fle, me rabat. Il dit: “vous pou­vez entr­er, mais vous ne pour­rez pas ressortir.”
-Je ne veux pas ressortir.
“Où allez-vous?”
Je cherche ls noms que j’ai appris en lisant la carte. Com­ment se sou­venir de noms de vil­lages qui com­bi­nent des “k”, des “j” et des “z”?
-En Bosnie.
“Après?”
-En Roumanie.
“Oh! Bon très bien. Allez‑y!”.

Autriche (fin)

Réveil­lé par le concierge. Il pelle la neige dans la cour. Au soir, je me suis endor­mi la déci­sion prise : je mon­terai les 1767 mètres qui me sépar­ent de Kreb­s­brücke, puis je rejoindrais la fron­tière slovène. Les pré­cip­i­ta­tions de la nuit changent mes plans. Si j’ai encore une hési­ta­tion, les images que dif­fusent la web­cam de l’hôtel dans la salle du petit-déje­uner y met­tent fin : sur le col sévit une tem­pête. La serveuse apporte trois œufs au plat per­sil­lés dans un poêle, je me sers de viande crue, de fro­mage au raifort, de papri­ka jaune, de miel et de con­com­bres, puis con­sulte les horaires du train. Le direct pour Salzbourg passe par Rad­stadt dans vingt min­utes. Je cours, j’harnache, je règle la note (la carte de crédit foire, je lisse des bil­lets détrem­pés), j’atteins le quai ; une nonne joue avec des enfants à « qui bouge-perd ». Le con­voi de Graz approche, nous mon­tons. A Salzbourg, la nonne me recom­mande à Dieu. La neige a cessé, il pleut. Jeu­di il fai­sait 24 degrés, il en fait 4. Je veux acheter un bon­net. Les bou­tiques de la gare sont ori­en­tales, elles vendent des voiles, des pyja­mas et des masques. J’entre chez un coif­feur turc. Il m’installe à l’étage. Le vélo est sur le trot­toir, fer­mé, au milieu d’une faune de vendeurs de drogue. Le Turc, jeune attaque à la ton­deuse. Il me tra­vaille comme un mou­ton. Je crains le pire, prévois un rasage com­plet pour rat­trap­er les dégâts quand il extrait une pâte rose chew­ing-gum d’un pot, la tar­tine sur mon nez. Sors un bri­quet de sa poche, me brûle la brous­saille des oreilles. « La pâte ? ». Il l’arrache d’un coup sec : traite­ment des poils baladeurs. A la sta­tion-ser­vice, j’achète une canette de Gröss­er, puis me range sous le tun­nel et prof­ite du réseau wi-fi pour envoy­er quelques images en Suisse. Demi-heure plus tard, le région­al pour Val­lach démarre. Etrange Autriche. Des vil­lages noyés dans les val­lées, des mon­tagnes qui sont des tas de pier­res et grimpent jusqu’au ciel, et partout des sap­ins. Ils héris­sent les pentes, mêle à l’ombre froide qui règne dans les fonds une verdeur lugubre. Enfin les riv­ières. Jamais vu défer­ler tant d’eau. Mal­gré les bar­rages, rien ne peut stop­per son cours. Par des tun­nels, nous pas­sons d’une val­lée à l’autre. Quand le train s’arrête, les pas­sagers se hâtent. Ils font bien, à peine freinée, le con­voi s’ébranle. L’une des arrêts, que je mesure, ne dépasse pas la minute. A Vil­lach, je fais les frais de cette rigueur. 4 min­utes pour chang­er de quai et mon­ter dans la cor­re­spon­dance. Je porte le vélo dans les escaliers, cherche le wag­on réservé. Un employé : « c’est à l’autre bout ». Un autre : « plus loin ». Un troisième : « con­tre la loco­mo­tive ». Je suis encore sur le marchep­ied quand le R635 pour Venise com­mence à rouler. Il est vide. Deux hol­landais cyclistes me dis­ent : « nous sommes les seuls fous à tra­vers­er les fron­tières. » A Udine, je les quitte. Prochaine étape, Trieste. 

Slovénie

D’après la carte, la fron­tière pour Kran­js­ka Gora est à moins de deux cent kilo­mètres, mais la mon­tée depuis Rad­stadt indique un dénivelé de 1767 mètres et on me dit qu’il va neiger.

Autriche 3

Début de journée dif­fi­cile. Pour éviter la route à glis­sières qu’emprunte le traf­fic qui grimpe le col de Sarstein, je prends par un hameau. Trois vil­las, une ferme, une dernière fontaine puis la forêt: le chemin est si raide, que je dois descen­dre et pouss­er. Un véri­ta­ble dessin ani­mé. Le per­son­nage pousse au-dessus de lui un vélo qui men­ace de l’écras­er. Cela dure un, deux kilo­mètres, après quoi je retrou­ve la route prin­ci­pale, pédalant dans la fausse bor­dure à 6km/h tan­dis que me frô­lent motos, voitures et camions. Les Autrichiens ne con­duisent pas avec le flegme des bavarois. Ils fon­cent. S’en­gager dans les courbes, savoir que pen­dant quelques sec­on­des l’on est dans l’an­gle mort et enten­dre la rugisse­ment d’un moteur qui annonce une véhicule est une expéri­ence effrayante. Au som­met, entren un tas de bois et un Gasthaus, je jure que je jet­terai mon vélo dans un bus si je ne trou­ve pas de meilleur itinéraire. La descente me rassérène. En plaine, je cherche à nou­veau mes repères. Voy­ager sans carte n’est pas la solu­tion, mais com­ment trans­porter tant de papi­er? Reste le télé­phone. Hors ligne, il ne donne que les direc­tions impor­tantes. Ici comme en Bav­ière, les pié­tons et les cyclistes que je croise me ren­seignent. Une dame m’indique l’ ”Alm”. Ce que c’est? Je l’ig­nore. Elle répète: “allez par là, à moins que ce soit fer­mé?”. Je longe une riv­ière, puis un lac de bar­rage. L’Alm est un défilé. Le chemin longe la berge. Plus loin, il est creusé au pied de la paroi. Plus loin encore, il prend d’as­saut la mon­tagne et passe des tun­nels. A la fin, appa­raît une autre val­lée, celle de Gröming et Schald­ming. A ce moment-là, j’ai 80 kilo­mètres dans les jambes. Il se met à pleu­voir, mais je n’ai pas le choix; crainte de me retrou­ver piégé comme hier dans une ville qui n’of­fre que des hôtels pour les col­lo­ques d’en­tre­pris­es, j’ai réservé une cham­bre à Rad­stadt. Un tracé pour cycliste y con­duit. Trente kilo­mètres d’une piste sablon­neuse entre les bois et la Enns aux eaux limpi­des, un régal.