Italie

Inter­dire aux gens de tra­vailler, c’est l’idée d’un dément. Surtout quand elle émane du tech­nocrate Draghi, un dément qui n’a jamais tra­vail­lé. Ban­quier il volait les gens, pre­mier min­istre il leur inter­dit de tra­vailler! Il y a autre chose: jusqu’à l’in­stal­la­tion de ce fou au pou­voir ces gens pas­si­bles d’in­ter­dic­tion de tra­vail ont tra­vail­lé, ils ont donc cotisé. Sauf à les pay­er pour ne rien faire, il faut en con­séquence leur ren­dre jusqu’au dernier cen­time de leurs coti­sa­tions et de leurs impôts. Oui, les impôts puisqu’aus­si bien ils sont désor­mais exclus de la société. Ce qui leur per­me­t­tra de recom­mencer à tra­vailler, pour eux-mêmes, sans plus aucun devoir envers la société.

Procès 2

Pan­car­te dans la salle d’at­tente du Palais de Jus­tice: Votre droit est de savoir ce qui est à vous.

Expérience 4

Sans alcool — euphorie, fatigue et euphorie et à nou­veau fatigue. Saoul, on est sans cesse en retard ou en avance, jamais à la bonne vitesse, jamais dans le pelo­ton. Cela exige beau­coup d’én­ergie. Il faut ralen­tir pour retrou­ver les autres ou accélér­er pour les rejoin­dre. Dans son état nor­mal, l’in­di­vidu est au dia­pa­son du temps social. Ne l’en sous­traient que les émo­tions, le plus sou­vent encadrées ou déclenchées sur demande. Il suf­fit de se laiss­er aller pour être emporté. Ce qui per­met de faire l’é­conomie de la direc­tion L’ivrogne, lui, est assail­li de ques­tions, à com­mencer par celle-ci: “que font-ils tous?”

Procès

Cinquième fois que je suis déféré devant un tri­bunal. Ce n’est pas drôle. D’abord parce que les moyens qui vous ont été don­nés au cours de la vie tombent. Ils sont dans les mains des pro­fes­sion­nels. Vous êtes dans les mains des pro­fes­sion­nels. Qui n’ont vraisem­blable­ment pas le quart de vos moyens. La régres­sion est instan­ta­née: vous voici enfant. Bien enten­du, vous avez le droit de vous défendre. Et même le devoir, quitte à se taire (le silence est une défense). Des hommes en redin­gote et des femmes, ici en Espagne surtout des femmes, vous oblig­ent alors à par­ler dans leur langue qui est un lan­gage. Les faibles en parole ne passent pas l’ob­sta­cle (mécanique fatale des class­es sociales) ce qui arrange la cour: elle fait dire ce qu’elle veut aux faibles. Dont je ne fais à l’év­i­dence pas par­tie, d’où mon anx­iété. Car le fort en gueule et en lex­ique doit se méfi­er, les parades sont admis­es du seul côté des pro­fes­sion­nels. Eux ont le droit uni­versel de se mon­tr­er, de faire cour. Rai­son pour laque­lle, sur le fond, je com­para­is une fois de plus: con­fron­té à un prob­lème, je n’ap­pelle jamais la police, je règle seul. C’est pourquoi, au-delà de la petite dialec­tique tirée des modes d’emploi avec argu­men­taire, demi-preuves et atten­dus, ces pro­fes­sion­nels me font la morale: “la jus­tice existe, la police existe, l’E­tat existe, vous devez leur faire con­fi­ance Monsieur!”. 

Bras 4

Tou­jours là, avec sa douleur. Appa­rais­sant, dis­parais­sant, lanci­nante. Si je n’en vois pas la fin, les médecins eux n’en voient pas le début. Sor­ti de l’ur­gence qui con­sis­tait à panser et atten­dre, ils sont per­plex­es. Il y a quelques jours, j’ai à nou­veau con­duit 1200 kilo­mètres. Cette fois avec pré­cau­tion, le bras tan­tôt en hau­teur sur le bord de la por­tière, tan­tôt relâché sur la cuisse. Con­séquence, aucune. Ni bien ni mal. La douleur vient et repart. A Rincón en décem­bre, l’aimable phys­io­thérapeute con­seille de repren­dre les séries quo­ti­di­ennes de pom­pes. Elle ajoute : pro­gres­sive­ment. Con­seil qui me réjouit mais dont je ne fais pas cas — il est pré­maturé. Dans le Jura, il y quinze jours, j’ai repris. Est-ce que cela aug­mente la douleur? A peine. La réduit? Non. 

Caractères

Ils ne croient pas un mot de ce que dit le gou­verne­ment mais por­tent tout de même le masque au cas où ce serait vrai.

Expérience 3

Sans alcool — moins impa­tient, moins tolérant.

Nostalgie

“Allez les enfants, il est temps de ren­tr­er! Rangez le jardin!”.

Agrabuey

Ciel impec­ca­ble. Un artiste mono­chrome ne ferait pas mieux, il serait seule­ment moins aérien. Pour le soleil, il n’y arriverait pas. Il est partout, il n’est nulle part. Gala au télé­phone me dit: “à Genève, c’est la gri­saille”. Eh bien n’im­porte quel pein­tre pour­rait installer ici son chevalet et s’es­say­er avec bon­heur car il fait dix-huit degrés et si aucune feuille volante poussée par la tra­mon­tane de févri­er n’at­ter­rit dans ses huiles, il médit­era sans fin sur son travail. 

Course-vélo

Sur­pris d’en­ten­dre racon­ter par quelques amis cyclistes qu’ils font le plus sou­vent, en par­tant de chez eux, le même cir­cuit, ce qu’ils con­fes­saient avec joie car pré­cisé­ment, ce jour-là, nous par­tions ensem­ble pour une demi-journée d’ex­plo­ration dans les mon­tagnes, loin des rou­tines. Sur­pris dis-je, car si j’aime courir les mêmes dis­tances sur les même routes ou chemins, chang­er de direc­tion au même poteau, m’ar­rêter à quelques cen­timètres près au même endroit et que je ne vois aucun incon­vénient lorsque l’oc­ca­sion m’en est offerte de tourn­er des heures sur un anneau de stade oubliant ce que je fais, il me sem­ble démo­ti­vant de par­courir et repar­courir à vélo les mêmes cir­cuits. Le vélo, y com­pris dans sa ver­sion la plus ath­lé­tique, doit rester un moyen de déplace­ment donc de voyage.