La vente de l’exotisme par les agences de voyage assortie des shémas circulatoires de la mondialisation annulent la possibilité de rencontrer l’étranger. L’étranger n’a jamais été aussi étrange. Dans le pays où l’on voyage, il est en coulisse, inaccessible, dans le pays où l’on vit, au premier plan, inassimilable.
Quoiqu’on trouve à dire de sa fausse sincérité, Julien Green dans les volumes de son journal fait forte impression. On dirait qu’il vit dans un autre monde (Paris.) Léautaud est acerbe, Gide intellectuel, Saint-Exupéry hermétique. Green est bourgeois. Les bûches brûlent dans l’âtre. Cela semble ridicule parce que depuis quelques années, qui vise le statut d’écrivain, se croit forcé de pousser des cris d’orfraie pour attirer sur lui les regards. L’intimité sulfureuse dont ces énervés se dotent n’est qu’un remède à la banalité réelle de leur vie.
Gentillesse de cette femme, logée en cabine, sur la montagne, à l’arrivée du télésiège et qui a chacun de nos passages, agite la main pour les enfants. Nous montons et remontons, à chaque fois elle trouve de nouvelles ingéniosités pour demeurer dans la gentillesse. Comme j’annonce que nous ne viendrons peut-être pas skier le lendemain, Aplo insiste pour l’embrasser. J’essuie sa bouche, il saute du télésiège et se précipite vers la cabine.
Hier, D. poignardé en plein coeur de Genève. Il était vingt-deux heures. Il erre sur deux kilomètres, perd la moitié de son sang. Personne ne lui vient en aide. Il doit la vie au fait d’avoir joint sa copine au téléphone. Elle a appelé l’ambulance qui l’a trouvé sans connaissance placd Bel-Air.
En 1985 à Mexico, une soirée comme souvent le samedi, dans une villa somptueuse. Il est tard, nous roulons sur les canapés. Le portail s’ouvre, un invité traverse le jardin. Le maître d’hôtel de Belardo annonce:
- Monsieur, c’est votre ami, celui qui est mort sur la route de Zihuatanejo.
Toldo m’explique que je ne dois pas faire allusion à l’accident. Il y a deux ans l’ami en question a mangé du peyotl et a pris la route pour gagner le Guatemala. Il n’y est jamais parvenu. Depuis il essaie toutes les nuits de regagner son pays. Parfois, il rend visite Toldo.
En effet le gars entre dans la salon.
Aplo exerce sur le chien de la ferme voisine une telle fascination que la bête, dès sept heures le matin et par moins dix degrés piaffe dans la neige. Cet après-midi, alors que nous faisions l’ascension du Brichou, qu’il coure, saute, je lui fais remarquer la vue.
- Oui, mais moi j’aimerais être avec le chien.