Six jours loin des affaires de pro­fes­sion et je retrou­ve une posi­tion pour l’e­sprit. C’est dire si le brou­et pèse sur l’estomac.

Ils gag­neront la guerre, ils auront peur.

Le mag­a­sin a été ven­du avec son arrière-cour. Après véri­fi­ca­tion, il con­te­nait un immeu­ble mod­erne dans le style des années cinquante et un carnotzet vau­dois. Benoit, ravi de cette vente, reçoit les félic­i­ta­tions de la munic­i­pal­ité. Au pre­mier rang on voit le maire et le directeur des travaux. Le dis­cours ne fait pas de doute: tout sera démoli, un fast-food sera con­stru­it. Dégoûté je bous­cule les per­son­nes de l’au­di­ence et sors. Dans la rue m’at­ten­dent mon frère et sept filles. Elles sont peu dis­cern­ables, toutes jeunes. Je recon­nais une cou­sine, une employée, une amante. Mais les prénoms m’échap­pent. Ensem­ble nous assis­tons au con­cert de Slip­knot. Les portes vien­nent d’ou­vrir, c’est encore le sound­check. Atti­tude vio­lente, bou­can. J’e­spère avoir bien cade­nassé on vélo (le jaune.) Après réflex­ion, je suis ras­suré. Ain­si je peux boire. Et je bois en toute tran­quil­lité, quand soudain, quelque chose dans ma main: le cade­nas. Les musi­ciens prof­i­tent de mon désar­roi pour inon­der le sol à grands baque­ts. “Pour étein­dre la fumée des cig­a­rettes et pro­téger nos voix”, expliquent-ils. D’ailleurs ils ont besoin de moi. Me voici sur scène. Nous jouons un morceau, de la var­iété. De retour au bar l’or­gan­i­sa­tion vient à moi, elle me reproche mon jeu de gui­tare. Je m’ex­cuse: mon vélo a été volé. A l’ex­térieur de la salle, j’in­sulte les marchands-clochards qui ont mis mon vélo en piéces et le vendent à la criée. Com­ment a‑t-il pu être dépecé aus­si vite? Le cadre et le guidon sous le bras je me rends chez un marc­hand-squat­ter, peut-être le chef des voleurs. Affa­ble, il me fait tra­vers­er son apparte­ment. Dans un lit dort un amant, plus loin dans une pièce rose un bébé, il le prend dans ses bras. Puis une femme, plusieurs femmes et dans la cave — une mer­veilleuse cave qui fait aquar­i­um et per­met d’ob­serv­er les fonds du Léman — mes enfants. Mais je m’im­pa­tiente: je suis venu pour le vélo. Au moment où mon fils com­prend que je vais l’ab­n­don­ner, il crie et m’ap­pelle. Quelqu’un dit: “il faut qu’il s’habitue à ce genre de choses.” Dans la rue (vélo pas réparé) les sept filles affron­tent dans un bat­tel de skate une tribu enne­mie. Je demande une planche. Ma cou­sine me répond: “J’ai pour principe de ne rien offrir, jamais.” De retour dans l’ap­parte­ment du marc­hand-squat­ter, je cherche l’escalier qui con­duit à la cave. Aux WC je me fais dessus.

Cette marche est belle, la neige est belle, dit G. parce qu’on pour­rait mourir. Eh non! Cette marche est belle parce qu’elle est belle. Sans cesse je pense à ce qui lui suc­cédera, de sorte que je m’ef­force de revenir au présent, de n’être pas hap­pé, de regarder la neige, les sap­ins, les pics et de les tenir dans le moment pour ce qu’il sont, de la belle neige, de beaux sap­ins, de beaux pics.

Couché avec trois hommes et deux femmes, nus avec leur offre sex­uelle. Les femmes sont des amies de dix ans dégradées par la chair, les enfants, la résig­na­tion. Elles ne lèvent rien en moi sinon le sou­venir de prénoms vagues. Les hommes sont des arabes. Faibles, ils vont sub­rep­tice­ment: une main par çi, un sourire par là. Je quitte le couchage, le salon, je m’en vais. J’ai ma tente qu’il me fau­dra piquer dehors par un froid mor­dant. D’ailleurs la police rôde. La mai­son est vaste et je pour­rais me cacher dans une de ses pièces, mais mon prob­lème se pose ain­si: “Est-ce hon­nête? est-il hon­nête de tir­er prof­it de ceux qu’on a rejeté?”

Poli­tique — quand on court vite, il faut pour tenir le rythme avoir des buts proches.

Celui qui arrive ne sait pas — l’in­fuence de l’im­mi­gra­tion sur la démoc­ra­tie doit être envis­agé sous cet angle.

La défense du droit des minorités a une fonc­tion, détourn­er en la cul­pa­bil­isant la majorité de la défense de ses droits.

Juger du soleil comme s’il allait tomber à jamais der­rière l’horizon.

Auteurs qui ont bâti a force d’op­por­tunisme et de com­pro­mis un petit piédestal. Encore, mais quand c’est pour vous con­seiller: “lais­sez faire le temps, vous appren­drez par vous-mêmes”