Couple ami

Cou­ple ami qui demande ce que j’ai écrit ces derniers mois. Intérêt sym­pa­thique mais formel qui demande une réponse courte. Aus­sitôt évo­ca­tion par les mêmes de ce roman primé en France et van­té par la presse pub­lic­i­taire, dépourvu de tout art mais don­né aux lecteurs crédi­bles comme un parangon de réus­site. Tristes boîtes à écho.

Difficulté à trouver un jardinier pour mettre en ordre le jardin

Dif­fi­culté à trou­ver un jar­dinier pour met­tre en ordre le jardin de Lhôpi­tal avant la venue des Berli­nois. Le voisin m’écrit que la com­mune  a dépêché des ouvri­ers net­toy­er les alen­tours de l’église, l’un d’en­tre eux serait près à débrous­sailler mon ter­rain pour cent euros. Ces ouvri­ers je les con­nais. Assignés aux travaux d’in­térêt pub­lic ils saut­ent d’un pont de camion, bail­lent, fauchent, fument une cig­a­rette et atten­dent  la pause. L’an dernier, comme ils par­tent dîn­er, je leurs souhaite bon appétit et à tout à l’heure.
- Oh, non, c’est fini pour nous.
- Et  l’herbe?
- Per­son­ne nous a dit de ramass­er.
Con­sid­érant qu’il faut  une heure pour débrous­sailler, 100 euros est une demande de salaire prési­den­tiel, for­mulée j’imag­ine, comme font sou­vent ces gens-là lorsqu’ils ont affaire à un Suisse, à la manière d’un pari: s’il refuse, je suis quitte, s’il accepte, je saurai pourquoi je m’ef­force.
Je refuse. Seule­ment le jardin doit être fait et si j’en­tre­prends le tra­vail moi-même le bruit des machines alert­era le maire qui dénon­cera ensuite ma présence à la gen­darmerie.
J’ap­pelle L‑M. Il demande un ren­dez-vous. J’ex­plique que je suis en Espagne. Et d’ailleurs c’est inutile, lui dis-je, je t’ex­plique à l’o­ral puis je t’en­voie un mail. Il insiste. Ren­dez-vous sur le quai de la gare de Cor­navin un dimanche. Vingt min­utes d’ex­pli­ca­tion. Mieux vaut que tu me mettes cela par écrit, me dit-il. De retour à Fri­bourg je lui adresse un plan de la pro­priété, un plan d’ac­cès, une liste des travaux, je nomme les out­ils, informe mon voisin, cal­cule qu’il lui fau­dra à son rythme, qui n’est pas le mien, 13 heures et sug­gère de les répar­tir ain­si, demi-journée puis journée com­plète, il pour­ra pass­er la nuit sur place. L‑M annonce qu’il va emprunter une voiture. Annonce qu’il n’en trou­ve pas. Change la date. J’of­frais Fr. 400.- pour que le tra­vail soit fait dans les meilleurs délais, me voici con­traint de main­tenir l’of­fre pour une date ultérieure. Une semaine passe. L‑M annonce qu’il a trou­vé une voiture. Le jour dit, pas d’ap­pel. Ou plutôt si, à 21h00, pour me dire qu’il vient d’ar­riv­er dans la mai­son, qu’il fait nuit, qu’il a eu de la peine à trou­ver, qu’un acci­dent s’est pro­duit aux alen­tours de Cop­pet (il habite Genève, Lhôpi­tal est en direc­tion de Lyon). Le lende­main, il appelle.
- Je ne trou­ve pas… com­ment dit-on… le rateau et…las tijeras gandes.. mais… aalô?… je n’ai pas d’u­nités, tu peux me télé­phon­er?
Peu après, un mes­sage. STP, demande à ta femme de m’a­cheter une carte de télé­phone. Gala se rendait sur place ce sec­ond jour des travaux, afin de veiller à leur bonne marche, or ceux-ci n’ont pas com­mencés et elle ne peut déplac­er sa venue, elle prend le train pour la Côte d’Azur dans l’après-midi. Je l’embrasse, elle quitte Fri­bourg sans carte pour L‑M, descend à Genève, emprunte la voiture du bureau, fait route vers Lhôpi­tal. Nou­veau mes­sage de L‑M: je trou­ve pas de couteau.
J’écris à mon voisin qui tra­vaille dans les souter­rain des organ­i­sa­tions inter­na­tionales. C’est moi qui ai tes out­ils, répond-il. Je l’avais pour­tant aver­ti. Le soir le voisin de retour de Genève apporte les out­ils. Mes­sage de L‑M: c’est la jungla. Et m’aver­tit qu’il doit ren­dre la voiture à 17h00 à Genève. Avant de mon­ter dans le TGV pour Nice, Gala me télé­phone: c’est dans un état…! J’ex­plique que si j’en­voie un jar­dinier, le paie Fr. 400.- c’est que je sais de quel état est le jardin. Le lende­main je demande par mail à L‑M quand il compte retourn­er à Lhôpi­tal. Il dit qu’il ne sait pas encore quand il sera disponible et demande une ral­longe. Je refuse. Il m’ex­plique alors qu’il est un homme con­scien­cieux et que je con­nais sa capac­ité de tra­vail: il fini­ra. J’écris au voisin pour m’as­sur­er qu’il déposera mes out­ils et lui demande de prêter sa ton­deuse à L‑M. Le jour venu, le voisin m’en­voie par mail des recom­man­da­tions sur la façon de procéder au démar­rage. Je trans­mets à L‑M. Puis plus de nou­velles. Deux jours plus tard, je demande au voisin si le tra­vail a été fait. Il ne répond ni oui ni non. J’ap­pelle L‑M : c’é­tait dans un état… et me com­mu­nique son numéro de compte.
- Tu lis mal, un numéro de compte de poste ne s’énumère pas ain­si.
Il recom­mence.
- Il doit y a voir des tirets entre les chiffres, regarde bien!
Il recom­mence.
Lorsque j’in­tro­duis le numéro de compte dans le sys­tème de paiement en ligne de la poste l’or­di­na­teur me le refuse: le numéro est incor­rect.
Le lende­main, ma mère m’emmène à Lhôpi­tal. A l’ap­proche de la mai­son je me couche sur la ban­quette arrière. Elle gare la voiture der­rière la pile de bois. Je sors, sors la clef de sa cachette. Et décou­vre l’é­tat du jardin. Aca­cias brulé, mau­vais­es herbes sur le seuil, noiseti­er pen­dant, rosiers en tra­vers de la porte, puits mal dégagé. Et sur le plateau de cui­sine, assi­ette a demi-lavée, casse­role rem­plie d’eau trou­ble, out­ils en vrac, et le comble, la paire de gants de jar­di­nage: l’un dans la véran­da, l’autre dans l’herbe. 

A Gimbrède

A Gim­brède, bonne humeur bravache du posti­er sur sa tournée. Alors, il va faire chaud! Et ce repas de la chas­se? Com­ment ça va là-dedans? Jusqu’au jour où je souligne son car­ac­tère sym­pa­thique.
- Oh, me répond le voisin, il ne faut rien en croire! Son fils est mort en Thaï­lande et tout ce qu’il a dit c’est: bien fait, il n’avait qu’à pas aller si loin!

De mon ami d’adolescence sa mère

De mon ami d’ado­les­cence sa mère que je ren­con­trais un jour à la mai­son de la radio me dit, je crois qu’il a souf­fert lorsqu’il vivait à Brux­elles, d’ailleurs il a fini à la soupe pop­u­laire. Gala de même, à pro­pos de son fils, m’ex­pli­quait, c’est quelqu’un de frag­ile, quelqu’un… Manière dans les deux cas de par­ler de son enfant comme d’un autre qui sur­pren­nent mais ont peut-être pour but de se pré­mu­nir con­tre l’im­pact émo­tion­nel que sus­cit­erait l’évo­ca­tion directe.

Le mari de Gala vient vendre des barbes postiches

Le mari de Gala vient ven­dre des barbes pos­tich­es dans notre salon. Je me cache der­rière la canapé. Je suis mal caché. C’est la nuit. Il avance une lampe-torche à la main. Il me trou­ve. Je l’é­tran­gle puis arrache la tringle à rideau et le blesse à l’ab­domen. Il tombe et saigne. J’éponge. Ne sais pas faire. L’an­nu­aire, vite! Puis je ralen­tis: il va mourir si je ne trou­ve pas le numéro de l’am­bu­lance mais c’est lui qui va mourir, pas moi. Puis je change d’avis et à nou­veau je cherche vite, con­for­mé­ment à cette idée: une fois que j’au­rais lancé l’ap­pel, je ne pour­rai plus rien pour lui, l’am­bu­lance sera en route, l’af­faire ne sera plus de ma responsabilité.

Dormir en se fermant comme une conque.

Dormir en se fer­mant comme une conque. Je ne peux imag­in­er plus grand bon­heur. Rien n’en­tre plus ni ne sort. Ce qui est demeuré cap­tif dans l’e­sprit au moment qu’il entrait dans le som­meil tourne allé­gre­ment dans la nuit s’es­sayant à de pos­i­tives combinaisons.

Spectacle comique dont je suis la vedette.

Spec­ta­cle comique dont je suis la vedette. Assis en hau­teur dans une chaise de rotin je tourne au-dessus du pub­lic de cirque. J’ig­nore si cela fait rire. D’ailleurs je ne me sou­viens plus de la suite de mon jeu. Je me penche. Têtes immo­biles, en bas. Et si la chaise cédait? Et si je cri­ais? Et si je me jetais dans le vide?

C’est parce qu’il n’y a rien à faire que j’agis sans relâche.

C’est parce qu’il n’y a rien à faire que j’agis sans relâche. La sit­u­a­tion est à ce point que se débat­tre (en soi et con­tre soi, les lois ayant con­fisqué l’hon­neur) est le seul moyen de se sen­tir vivant, ceci au détri­ment de la pour­suite intérieure qu’au­toris­erait une posi­tion morale accueil­lant une juste recherche du bonheur.

On sait par certains témoignages

On sait par cer­tains témoignages, plus rarement par cer­tains brusques renon­ce­ments, que par­mi les hommes d’ac­tion les moins inin­tel­li­gents quelques-uns ont eu con­science du fait que leur dynamisme d’ex­pan­sion s’op­po­sait à leur épanouisse­ment intérieur. La ques­tion de la réin­té­gra­tion se pose alors dans son évi­dence psy­chologique et, au-delà, méta­physique. Nous n’obtenons pas ce que nous méri­tons, mais ce que nous sommes. Calaferte, Car­nets V.
Avec cette nuance que la dernière phrase me sem­ble rechercher la litote. Nous obtenons ce que nous méri­tons, et ce que nous avons mérité ne forme ni ne déforme ce que nous sommes mais s’y ajoute.

Au hasard d’une recherche

Au hasard d’une recherche sur inter­net je décou­vre que ma pièce L’homme qui attendait l’homme qui a inven­té l’homme vient d’être don­née en Bre­tagne. Pho­togra­phie de la troupe, résumé de l’ac­tion (il n’y en a pas, mais ce n’est pas ce que sem­ble croire le met­teur en scène). A Gala je demande son avis. N’est-ce pas extra­or­di­naire?  Un auteur incon­nu est là, disponible, et nul ne se préoc­cupe de lui dire que son oeu­vre intéresse. Gala m’incite à réclamer mes droits. Je hausse les épaules. Je ne pen­sais pas à l’ar­gent. Et voilà qu’hi­er, la société per­cep­trice m’an­nonce un verse­ment. Sit­u­a­tion pour moi incom­préhen­si­ble comme le fut, mais autrement choquante, le fait que cette fille que j’in­vi­tais à pren­dre un verre chez nous, en com­pag­nie de Gala, il y a quelques six mois, assis­tant la semaine suiv­ante au vernissage d’un de mes livres, ne me saluât pas.