La télévision publique anglaise

La télévi­sion publique anglaise a retrans­mis ce matin pour la pre­mière fois l’ap­pel à la prière du Ramadan. Le mul­ti­cul­tur­al­isme pré­pare la sor­tie de la démocratie.

Clefs

Clefs de mon ate­lier d’écri­t­ure cachées dans la par­tie basse de la cafetière ital­i­enne, bil­lets de 50 Euros dans la par­tie haute, clefs sur la poutre gauche de la mar­quise, clefs de la buan­derie dans le tiroir à ser­vices, sous les fourchettes , bil­lets cachés der­rière le miroir de la chem­inée, tableaux sous les lits, clefs dans les stères de bois, stéréos que j’en­lève et rapporte.

Curieux

Curieux de l’in­térêt que man­i­feste Calaferte pour les dernières pages du jour­nal de Drieu la Rochelle dont il évoque la con­science glacée, je com­mande le vol­ume en poche inti­t­ulé Jour­nal d’un homme trompé (titre de l’édi­teur?). Aus­sitôt pris à par­ti par Gala, je suis men­acé des foudres si je per­siste dans mon achat et inter­dit de lec­ture. Il est hon­teux de lire cet écrivain, hurle-t-elle. Je lui demande quels romans elle a lu. Aucun, dit-elle, mais est-il besoin de lire Drieu pour savoir? Je dresse un por­trait du cama­rade de pro­mo­tion de Sartre, Mau­rice Bardèche, pré­cise son engage­ment, le dis­tingue de celui de Brasil­lach dont je rap­pelle la tra­vail de jour­nal­isme lors des jeux olympiques de 1936, cite le Jour­nal d’Alle­magne de Denis de Rouge­mont, en vient à Drieu. Je ne veux pas savoir, rétorque Gala, si tu emportes ce livre, je ne pars pas en vacances à Berlin!
Et le lende­main, dans un con­texte autre, même furie. Nous réfléchissons à un voy­age en Amérique cen­trale. Gala veut se ren­dre au Cos­ta-Rica (que je sache sans rai­son). Je cherche une route qui nous ramèn­erai au Mex­ique où j’ai des amis à voir. C’est alors que je me sou­viens du Pana­ma dont par­le Paul Ther­oux dans Patag­on­ian Express, mais pour représen­ter l’in­térêt d’une vis­ite j’ai le mal­heur d’évo­quer ce que m’en dis­ait mon amie Coréenne de Los Ange­les.
- C’est très Améri­cain…
Le mot m’a échap­pé. Je pen­sais à l’his­toire du canal, à la colonie d’ex­pa­triés, aux enjeux stratégiques. Trop tard!
- Jamais je n’i­rai, crie Gala.
J’ou­vre le dic­tio­n­naire, lui prou­ve que le pays est indépen­dant.
- …c’est ça! Et alors pourquoi ton amie aurait-elle dit que c’é­tait Améri­cain? Ce sera sans moi!

Rue du Criblet

Rue du Criblet, brail­lards adossés aux immeubles dès la nuit. Toi aus­si tu cri­ais quand tu étais jeune, me reproche Gala. D’ailleurs, lui dis-je, hier encore j’é­coutais Con­verge, à la fois éton­né et ravi de ce que l’on puisse garder à quar­ante ans une telle rage, avant de décider à part soi: rien de com­mun entre les cris motivés du hard­core qui représen­tent une cri­tique du social par un retour con­scient au prim­i­tif et cette dépense d’én­ergie en pure perte qui évoque le rat pris au piège du labyrinthe.

Les Berlinois

Les Berli­nois annon­cent arriv­er à Lhôpi­tal ce ven­dre­di, or j’ai con­staté la semaine dernière que la mai­son n’a pas l’eau chaude. Trois cent soix­ante kilo­mètres aller-retour. Nous prenons la route. A l’ap­proche de la fron­tière française, change­ment de con­duc­teur. Gala prend le volant, je coiffe une cas­quette, je passe des lunettes à miroir. Sur place j’au­rai dix min­utes pour régler le prob­lème. La veille, j’ai écrit en Bel­gique pour avoir des infor­ma­tions tech­niques, appelé la cen­trale en Suisse, téléchargé le mode d’emploi sur la tablette et recopié les con­tacts des dépan­neurs de la région (dont il n’y a rien à atten­dre). Mir­a­cle, mes manip­u­la­tions sur le clavier de com­mande élec­tron­ique relan­cent aus­sitôt le brûleur. Je monte dans les étages, véri­fie les lits, Gala net­toie le con­géla­teur. Avant de quit­ter la mai­son, par acquis de con­science, je véri­fie la marche de la chaudière: arrêtée. L’écran affiche: Défaut. Le mir­a­cle n’a pas eu lieu. J’al­lume la tablette, trou­ve le chapitre Dérange­ments. Pre­mier con­seil, relancer le brûleur. Option à écarter, c’est fait. Deux­ième option: avez-vous véri­fi­er l’é­tat de votre cuve de fioul? Je me retourne: elle est vide. Alors toute la scène me vient en mémoire: Il y a quelques mois je l’ai vécue dans un rêve pré­moni­toire. Pas de cette façon évanes­cente qui fait la qual­ité par­ti­c­ulière des pré­mo­ni­tions mais sous une forme durable qui me per­met de dire à Gala: je sais exacte­ment ce qui va se pass­er, j’ai déjà vécu la sit­u­a­tion! Le citerne est vide, je com­mande du fioul, la livrai­son, échoue, je répète la com­mande, la livrai­son a lieu au début du séjour des Alle­mands. La chaudière ne redé­marre pas. Les Alle­mands remon­tent sur Berlin trois jours après leur arrivée, nos vacances berli­nois­es avor­tent. Ou, ne voy­ant pas d’in­con­vénient à se douch­er à l’eau froide pen­dant le séjour, ils restent. Cette dernière alter­na­tive lim­i­tant la dimen­sion infor­ma­tive du rêve, ce qui m’oblige dès le lende­main, de retour à Fri­bourg, à pren­dre con­tact avec un livreur, qui — selon l’habi­tude française — peut peut-être, ou plutôt ne peut pas, mais… à moins que…
- Atten­dez, ne quit­tez pas!

Serré la main tout à l’heure à l’homme fort de Fribourg.

Ser­ré la main tout à l’heure à l’homme fort de Fri­bourg. Haut deux mètres, une poitrine en aci­er, blond a mâchoire car­rée, des mains à saisir des bal­lons. En com­para­i­son Richard Kiel, l’homme qui mord James Bond dans L’Es­pi­on qui m’aimait, a un gabar­it de col­légi­en­ne. Nous avons sym­pa­thisé à la pre­mière ren­con­tre. Quand il se déhan­chait pour cul­tiv­er ses abdom­inaux, je pen­sais: com­ment est-ce pos­si­ble? A quoi peut ressem­bler sa maman?  Dans les ves­ti­aires du club il pro­jette une ombre si lourde que la tem­péra­ture baisse de quelques degrés. Tan­dis que nous échangeons quelques mots  mon instinct de survie délivre une infor­ma­tion: tant que tu l’auras de ton côté tu ne crain­dras rien. Or je remar­que ceci tout-à-l’heure, ses yeux bleus, petits dans les orbites, sont timides et comme fuyants. Dans ce monde qui n’est pas à sa mesure, ils sem­blent chercher une solu­tion de fuite. 

Défilé

Défilé homo­sex­uel dans les rues de Fri­bourg. Danseurs à demi-nus sur des camions qui rap­pel­lent le tour de mon­tre des cirques en cam­pagne. Le long des trot­toirs, mélange grotesque des physiques et des tenues, des atti­tudes et des races, assem­blés là par une sorte d’in­quié­tante iner­tie en attente d’une spec­ta­cle sans promesse. Je me réfugie chez le mil­i­taire qui tient bou­tique sous gare. Avec son accent yan­kee il m’en­tre­prend sur les recom­man­da­tions de Lucas.
- Tu vois, Lucas se jette à terre comme ça et si tu te mets dans une autre posi­tion, il te relève et te jette à terre, tu vois? Déjà quand j’é­tais Ranger…
- Qui est Lucas?
- Lucas? Je ne sais pas.

Comment ne pas s’apercevoir que le peuple béat

Com­ment ne pas s’apercevoir que le peu­ple béat qui s’é­gare dans les fes­tiv­ités qu’or­donne l’E­tat afin d’é­tour­dir et de capter le temps libre va bien­tôt être achem­iné vers l’abattoir?

Tournée

Tournée de for­ma­tion du nou­v­el employé. Un vieux mon­sieur por­tant bretelles sur son dos voûté nous apos­tro­phe au som­met de la mon­tée de Varis.
- C’est le tour de France!
- Et on vient d’ar­riv­er!
- Vous avez de beaux vélos. C’est cher! Moi, je ne peux plus me pay­er des choses aus­si chères.
Eton­nante remar­que qui lie mécanique­ment l’ar­gent disponible au tra­vail consenti.

Non seulement la violence n’offre pas de durable solution

Non seule­ment la vio­lence n’of­fre pas de durable solu­tion mais elle déchaîne des forces néfastes dont le roule­ment boule­verse sans lim­ite paysage et des­tin. Pour­tant lorsque le médiocre tri­om­phe par esprit de sys­tème et que la déval­u­a­tion liq­uide notre quo­ti­di­en la mise à l’é­cart —  juste retourne­ment de la vio­lence — des plus cyniques est une ten­ta­tion et peut-être une issue.