Calatayud

Nous dînons à Calatayud, petite ville sans charme. Mon­frère qui à l’oc­ca­sion des ces tra­ver­sées à pied de l’Es­pagne a séjourné dans la plu­part des régions se sou­vient de l’hô­tel où il a dor­mi. Il y aurait a prox­im­ité une restau­rant de qual­ité. Mais l’heure passe et il nous faut renon­cer à chercher. Nous prenons place dans une salle à manger au-dessus des ram­blas: tables ron­des, ser­vices d’ar­gent, nappes ami­don­nées, téléviseur sus­pendu et un menu de 10 Euros.

Autoroutes

Nous roulons en direc­tion de Saragosse et de la Navarre sur des autovias liss­es et désertes. En par­al­lèle court une autopista. A l’ap­proche des péages, des pan­neaux annon­cent des rabais sur les prix afin d’a­madouer le client. Aucun auto­mo­biliste ne déboîte. Le seul avan­tage est de pou­voir con­duire sans lim­i­ta­tion de vitesse: la police ne con­trôle pas les sec­tions payantes. Depuis le début de la réces­sion, le débat est récur­rent: l’E­tat espag­nol doit-il racheter ces infra­struc­tures? Les com­pag­nies privées qui avaient obtenues des con­ces­sions à l’époque où la con­som­ma­tion bat­tait son plein se plaig­nent désor­mais de déficit chronique et men­a­cent de se met­tre en fail­lite. Mais com­ment l’E­tat entre­tiendrait ces routes lux­ueuses alors qu’il manque de moyens ne serait-ce que pour entretenir le réseau public? 

Alcala

Près de Madrid, dans un hôtel d’Al­cala d’Henarès avec les enfants et Mon­frère. Bâti­ment de taille posé devant un ter­rain vague. A vue, l’église de briques rouge et une chapelle romane. Elles mar­quent le cen­tre de l’an­cien vil­lage désor­mais noyé par­mi des routes d’ac­cès, des hangars de com­merce, des sta­tions ser­vices. La taille de l’hô­tel laisse songeur: trois cent cham­bres. Or, nous sommes les seuls clients. A la récep­tion, un per­son­nel pris de tor­peur, atti­tude inhab­ituelle en Espagne. Même impres­sion que l’an dernier à Avi­la lorsque je fai­sais mes excur­sions dans les mon­tagnes pour trou­ver des Ver­ra­cos: inutile de lut­ter, nous sommes cap­tifs, l’é­conomie va à vau-l’eau, l’hô­tel fini­ra par fer­mer. Le prix que nous payons pour de mag­nifiques cham­bres au mobili­er design n’est pas ras­sur­ant: beau­coup trop bas. A Fri­bourg, cet argent per­met tout au plus d’of­frir d’une tournée de bières. En nous ren­dant en voiture vers une ter­rasse de restau­rant dont les lumières appa­rais­sent au loin, nous remar­quons un Cen­tre des con­grès, ce qui explique les dimen­sions du bâti­ment de l’hô­tel, mais peut-être demeure-t-il lui aus­si vide à l’an­née. Il est près de minu­it, les tables du restau­rant sont occupées, le ser­vice agréable, nous man­geons. Le lende­main matin, comme nous récupérons la voiture, une Opel Insigna couleur bor­deaux, Mon­frère remar­que une longue éraflure. De la pein­ture blanche reste sur mon doigt. On dirait que cela vient d’avoir lieu. Si tel est le cas, nous vien­dri­ons de per­dre quelque deux mille francs.

Dépendance

La régie appelle. Les palettes, dans le garage, c’est à vous? Et de m’ex­pli­quer que cela gêne: le voisin ne peut se gar­er.
- Et pour cause, il ne sait pas con­duire?
- Je crois que vous avez déjà eu des ennuis avec lui?
- Oui, il m’a enfon­cé qua­torze fois ma voiture.
- Mais depuis?
- Rien. La police a fait son con­stat, il est respon­s­able, il va pay­er.
- Ah, je croy­ais… Parce que sa femme n’ose plus sor­tir dans le jardin.
- Sor­tir dans le jardin?
- Oui, elle a peur.
- Extra­or­di­naire.
- Bref, pour ces palettes?
- Je vais les déplac­er.
Sur ce je laisse pass­er deux jours. D’une part je manque de temps, d’autre part je ne sais où ranger les trois cent cadres rangés sur les palettes, mais aus­si par principe. Et l’a­vant-veille du départ pour l’Es­pagne, j’at­trape mes gants et je descends dans le garage où je con­state que le voisin, inca­pable de manœu­vr­er pour gare sa voiture à sa place, l’a alignée con­tre les palettes. Je pour­rais déplac­er mon matériel en le pas­sant par dessus le capot de sa voiture, mais il est tout de même ques­tion de quelques trois cent kilos. Je sonne à sa porte. Pas de réponse. Je sonne encore. De retour au garage, je m’at­telle à la tâche. Deux heures plus tard, lorsque je remonte à mon apparte­ment érein­té et suant, le voisin et sa femme m’at­ten­dent sur la pas de portes encadrés de deux policiers. Ceux-ci me deman­dent s’ils peu­vent m’ac­com­pa­g­n­er. Je les en prie.
- Ils nous ont appelé car ils ont peur.

 

Pinacothèque

Nou­velle pina­cothèque de Munich. Voilà une année que Gala me par­le de vis­iter les col­lec­tions, que dis-je, deux ans. Aujour­d’hui dimanche, nous prenons nos entrées. Or, dès les pre­mières salles, elle hâte le pas. Elle n’aime pas les fresque his­toriques, a le roman­tisme alle­mand en hor­reur, trou­ve les toiles trop vastes, trop mil­i­taires, trop maniérées.
- On ne va pas tout vis­iter aujour­d’hui, n’est-ce pas?
Ce qui sig­ni­fie: par­tons et ne revenons pas. 

Raison

Lorsqu’on a choisi d’avoir rai­son envers et con­tre tout force est d’asseoir sa cer­ti­tude sur la cul­pa­bil­ité d’autrui.

Début

Jouhan­deau con­state que ce n’est pas le désir de ceci ou de cela qui vient à man­quer, mais le désir; voilà le début de la vieil­lesse. Le pro­grès rejoint l’usure.

Deutches museum

Le matin je me rends sur l’Is­ar et prends un bil­let pour le Deutsches muse­um, le musée des tech­niques que m’a recom­mandé Mon­a­mi. Avant de com­mencer la vis­ite, je demande les toi­lettes. La dame du garde-robe m’indique un pas­sage dérobé. Je descends deux séries d’escaliers et trou­ve les toi­lettes. Quand j’en sors, j’ai le choix entre mon­ter vers les salles ou con­tin­uer de descen­dre. Etant déjà loin de la halle d’en­trée et sachant que je ne reviendrai peut-être pas, je descends. Un niveau, encore un, puis un troisième. Main­tenant la lumière est faible, l’at­mo­sphère lourde, le silence total. Je n’en­tends que mes pas. Les parois sont de pierre, je suis sous le musée. Je con­tin­ue de plonger dans les entrailles de la terre. Sans aucun doute, je suis plus bas que le lit de la riv­ière. J’at­teins alors une plate­forme d’où part une galerie de for­age. Je me baisse et j’a­vance. Pen­dant plus de trente min­utes, je marche d’un bon pas à tra­vers des boy­aux qui débouchent régulière­ment sur des salles où se trou­vent des machines extra­or­di­naires, dans un décor recon­sti­tué à l’i­den­tique, de mines de char­bon, de puits de pétroles, de car­rière de pierre et de métaux. A l’oc­ca­sion, je croise un père de famille ten­ant con­tre lui ses enfants effrayés ou une gamine anx­ieuse qui à mon exem­ple hâte le pas dans l’e­spoir de trou­ver une issue à ce labyrinthe.

Augustinerbiergarten

Cer­tains jours, je ne sais pas lire les plans. Ain­si tout-à-l’heure pour gag­n­er la brasserie Augustin­er située près de la gare fer­rovi­aire, nous avons fait le tour de la ville par l’Olympia­park. Gala était heureuse: rien que du plat et du soleil, et d’a­gréables pistes cyclables. Bâti­ment de briques sans intérêt, mais intérieur des salles à boire joli­ment décorés de vieux bois et de cuves en cuiv­re. Nous deman­dons la ter­rasse. Un escalier étroit, amé­nagé sans grand frais, y mène. D’ailleurs les tables instal­lées sur le toit sont toutes occupées, et d’abord par des touristes ce qui nous décide à pren­dre place à l’in­térieur. Cela n’a pas le charme du Bier­garten situé à quelques cen­taines de mètres et où nous avons bu abon­dam­ment l’an dernier avant d’es­suy­er l’or­age, mais vu la tem­péra­ture élevée la salle est calme et plaisante. Quand nous reprenons les vélos, nous pas­sons devant le jardin: huit milles per­son­nes sont instal­lées là devant leur bock et des orchestres jouent.

Sous-sol de Munich

Au cen­tre de la ville, hormis les rares touristes, on trou­ve les noirs devant les toi­lettes ou à l’in­térieur de celles-ci, assis tout le jour, un panier posé sur une table pour récolter un pourboire.