La rencontre amoureuse est inédite, indépendante de la volonté, compulsive, inscrite. Nécessaire dès lors que les personnes coïncident. La coïncidence n’est pas nécessaire.
Préau
La bâtiment voisin est une école primaire. Or, nous sommes sur la colline du Guintzet, les constructions sont étagées. La cours de récréation se trouve donc au niveau de ma salle de bains. Une centaine d’enfants y joue. Je ferme la porte, ils disparaissent. Je l’ouvre, ils sont là, les cent, dans ma salle de bains.
Anglo-saxons
Recherche d’un éditeur anglais pour easyJet. Penguin, Bloomsbury, Oxford University Press, aucune de ces maisons ne communique son adresse postale. Elles renvoient les auteurs à des pages de conseils bêtifiants: “ne perdez pas de vue votre sujet”, “parlez de ce que vous connaissez”. Puis affichent les coût d’une publication à compte d’auteur. Epicerie littéraire qui transforme l’écrivain en client. Tout de même, voici une adresse d’un responsable de collection. Je compose une message. Réponse: sont seuls lus les manuscrits transmis par un agent littéraire. C’est votre tâche de le convaincre. Ainsi, non seulement l’écrivain doit devenir le client d’un individu dont le rapport à la littérature est mercantile, mais le convaincre le prendre comme client. Singuliers anglo-saxons!
Lire ses textes
Des textes que j’écris, je n’ai aucune vision générale. Ni avant ni pendant. Quand je relis, je suis étonné d’y trouver filées tant de petites choses. J’y pensais au sujet de Fordetroit. Je sais comment débute le texte et je sais comment il finit. A part ça, j’ai deux ou trois paragraphes en mémoire, mais ne saurait les situer dans l’ensemble du texte. Quant à dire si c’est positif. Cela prouve au moins que l’idée ne précède pas l’écriture, Que si idée il y a, elle est fondamentalement littéraire, c’est-à-dire produit par l’agencement des phrases.
Vins
Dégustation de vins rouges chez Monami. Délicieux. Mais je n’aime pas. Pourquoi? Parce que lorsqu’on déguste, on ne parle pas et sans la parole, que partager? L’amour du vin? Amour trop spécial. Trop chapelle. Enfin, je n’ai pas le choix. Je goûte un, deux, six, huit vins. Et un dernier, qui a de la robe, de la cuisse, qui est doux, capiteux, terreux, ombré — je me moque: ce sont là quelques uns des adjectifs que font entendre mes voisins qui contrairement à moi ont de la culture. S’agissant des alcools, je suis barbare. La scène d’enivrement en taverne dans Le Septième sceau de Bergman illustre au plus près mon idéal de la boisson: boire beaucoup, longtemps, un alcool sain et médiocre pour que l’esprit s’épanouisse sans que le corps sombre.
Deux-roues
Enchantement du vélo qu’ont bien perçu des Jarry, des Cingria, des Blondin. Tradition du rapport grandiloquent au minuscule. Le décor, ville ou campagne, se déploie. La roue tourne, le monde est volubile. Enchantement européen car les terrains d’expérience des pays neufs sont vastes et rétifs. Sans doute y a‑t-il un rapport entre le texte du monde et la circulation sur deux-roues.
Mémoire
Guintzet le soir. Odeur de feu sur la colline. Petit air frais. Sur les trottoirs, des feuilles glissent. La nuit vient. Je respire cette odeur, ces fumées, me souviens avec bonheur des longues après-midi que je passais seul dans le village de Gimbrède, à l’automne. Le roucoulement des colombes, un chien au loin et une voix humaine, celle de la voisine qui a nonante ans parle seule.