Ce matin je vais travailler. Je prends le train. 8h25. Il roule, je lis. Je gagne le bureau, embarque dans une camionnette avec un ouvrier. Décharge une palette de magazines, distribue au chariot dans les bâtiments de l’hôpital puis à l’asile de Belle-Idée. Reviens au bureau, me lave les mains, achète un sandwich à la cafétéria de l’Ecole des Ingénieurs. Manque le train, prends le suivant, change à Lausanne. Lis encore, écris un peu, manque m’endormir. Rentre chez moi, ferme la porte, baisse le store, dors. Me réveille, prépare le repas du soir. Sentiment d’une grande inutilité.
Rue du Jura
Rue du Jura, la fille qui me précède entre dans un immeuble. Comme moi elle répond à une offre d’emploi, mais lorsqu’elle appelle l’ascenseur, je vois que je ne vais pas pouvoir monter. Je bande. Une autre fille rejoint la première. Même motif: l’offre d’emploi. Je tire mon maillot sur mes cuisses pour cacher l’érection, mais le membre est trop gros et je ne porte pas de pantalons. Les deux filles se tiennent devant l’ascenseur. La cage descend. J’espère d’abord que l’érection va tomber puis dois me rendre à l’évidence: je ne puis monter, je n’aurais pas le poste. Soudain la première fille me prend dans les bras et me réconforte. Mais il y a ceci: je ne suis qu’un dessinateur sans talent, elle est mathématicienne. La différence est criante: mon tableau est flou, expérimental, personnel. Le sien est précis, langagier, universel.