Bipartisme


Tout état dom­iné par un sys­tème bipar­tite aboutit à la con­fis­ca­tion du pouvoir.

Dialectique négative



A quoi bon voy­ager ? Je ne sais pas. Peut-être faut-il jus­ti­fi­er cette réponse par une rai­son a con­trario. Ce n’est pas ce qu’on trou­ve mais ce que l’on quitte. Ce n’est pas l’ailleurs, mais le refus de l’ici et du main­tenant. Une approche néga­tive comme est néga­tive la dialec­tique d’Adorno lorsque l’histoire, au sor­tir des guer­res, passés les derniers soubre­sauts, ren­con­tre le néant. Comme toute philoso­phie serait en fin de compte néga­tiv­ité, rejet du monde factuel. Le chercheur scrute le vide. Il entrevoit les yeux clos ce qui n’est nulle­ment vis­i­ble et, prob­a­ble­ment, n’existe pas. Il le pense pour que cela advi­enne. Voy­ager, c’est alors apercevoir ce que l’on quitte. Et quoique l’on quitte, dès lors qu’on le quitte, ne serait-ce qu’en fer­mant les yeux, on voy­age. 

Homme



Fon­da­men­tal­iste. Tous comptes faits, le terme me con­vient. Je crois dans l’homme. Son avenir est inscrit dans ses pos­si­bil­ités. Il n’est que de les met­tre en lumière. Mais il y a la société. Com­ment croire dans les hommes ? Dans la société qu’ils organ­isent et con­sen­tent à subir ? En son sein, l’homme est mis à mal. Il se défait, s’étiole, n’est plus que l’ombre de lui-même. Tel est le para­doxe : agir pour la vie, pour l’homme, c’est agir à la fois con­tre la mort et con­tre les hommes. 

Noël



De Noël, j’aime la sym­bol­ique et la fête, l’esprit de famille, l’intimité voulue, entretenue. Je n’écris pas cela pour man­i­fester une sorte de nos­tal­gie entouré que je suis de stu­pas, de mag­a­sins chi­nois et du sapin de guir­lan­des d’un hôtel. Ici, comme ailleurs, la veil­lée témoigne d’une inten­tion de bon­heur qui est au cœur des préoc­cu­pa­tions des hommes. Ain­si, je m’étonne des pro­pos dés­abusés, quand ce n’est hos­tiles, que profèrent con­tre l’esprit de Noël bien des gens de mon entourage, et plus volon­tiers les jeunes que les aînés. Pour ma part, j’ai tou­jours atten­du avec impa­tience le moment des pré­parat­ifs, la déco­ra­tion du sapin, puis le repas, les cadeaux. Enfant bien sûr, mais aujourd’hui encore.

Parking



Vien­tiane — Le soir venu, les moines du tem­ple de Chan­tanaburi louent leurs cours qui se trans­for­ment alors en park­ing. Le pré­posé installe son hamac à l’entrée, banche la musique tech­no et tout en guidant les voitures, joue aux cartes avec ses amis.

Nouvel an



Albi­no, le Sicilien à barbe rousse qui arrive de Bali à vélo m’af­firme qu’après la tra­ver­sée du Mékong à Nong Khai, il tra­versera l’I-san, entr­era en Bir­manie par Mae Sot et remon­tera par la voie ter­restre jusqu’à Man­dalay. L’an dernier, pour avoir cru naïve­ment que l’on cir­cu­lait sans encom­bres dans les cam­pagnes reculées du pays, je me suis retrou­vé à Khi­ang Tung, seul touriste en ville, empêché de pour­suiv­re par la route et poussé dans un avion. Ce 31 décem­bre, pour en avoir le cœur net, je loue un vélo, emprunte les quais de Vien­tiane, longe la Lao-Thai street et frappe à la porte de l’Am­bas­sade de Myan­mar. Où une gen­tille dame me répond : “il est tout à fait pos­si­ble d’en­tr­er dans le pays par le poste-fron­tière de Mae Sot et de se ren­dre à Mawlamyine.”
- Je souhaite me ren­dre à Man­dalay.
La dame déplie une carte. Elle pointe sur la ville de Mawlamyine. Pre­mier con­stat, nous sommes encore loin de Man­dalay.
Je répète ma ques­tion.
- Pour Man­dalay, me répond la dame, cela dépend de la route.
- Je ne com­prends pas.
- Elle est peut-être fer­mée. Per­son­ne ne peut savoir. Pour le savoir, il faut se ren­dre sur place.
- Met­tons qu’elle soit ouverte.
- Dans ce cas, vous pour­rez pren­dre cette route.
Glis­sant son doigt du bas vers le haut de la carte, elle indique la route que je pour­rai emprunter à bord du bus autorisé.
Fort de cette nou­velle, je rejoins Gala, nous fêtons le nou­v­el an et nous met­tons au lit à 22 heures.

Combat

Ecri­t­ure. Bière. Com­bat. Un arti­cle est paru il y a quinze jours dans Le Temps sous la plume d’Is­abel Rüf. Unique écho à la pub­li­ca­tion de ce livre. Et je compte les com­men­taires d’amis. Aucun ne m’est venu à l’or­eille. Voilà une expéri­ence neuve. Ne pas savoir. For­cé­ment, un doute tra­vaille l’e­sprit. Je dis “tra­vaille”, pas “inquiète”. Que l’on me dise:
- Votre truc, c’est…
Les mains croisées sur la poitrine, je dirais:
- Je com­prends.
Et même:
- Je m’excuse.

Lor 2

S’agis­sant de la grotte de Lor, cette expéri­ence , il faut dire que nous aurons fait pour une heure de tra­ver­sée en pirogue, quinze heures de voiture. Et je ne compte pas les embouteil­lages qui nous blo­quent ce soir à l’en­trée de Vien­tiane. Ni le coût du voy­age (l’é­conomie touris­tique du Laos, sur déci­sion du gou­verne­ment j’imag­ine, est un marché très peu libéral). La route, pourquoi pas? Je songeais à l’Eu­rope. Cette diver­sité de paysages épous­tou­flante! Si la log­or­rhée de Ker­ouac est avant tout psy­chologique, religieuse, spécu­la­tive, c’est que les grands ter­ri­toires améri­cains sont monot­o­nes et grands. Ils découra­gent. Ce ne sont pas des paysages fait pour les pein­tres ou les eth­no­logues. Le Sud-est asi­a­tique est à l’op­posé. Exigu, dense, cul­tivé, authen­tique, et donc, comme l’Eu­rope, divers. Mais les routes ne sont pas trib­u­taires de l’his­toire. Elles n’ont pas été romaines, mer­can­tiles, exploratoires ou car­olingi­en­nes. Elles tra­cent au cordeau et agglu­ti­nent une activ­ité typ­ique faite d’ate­liers, d’épiceries, d’ad­min­is­tra­tions, de can­tines et de camps mil­i­taires. Par­courez atten­tive­ment un kilo­mètre de route et vous avez vu tout ce qu’il y a à voir le long des routes bitumées d’Asie. 

O.N.G.

Quand nous ressor­tons de la grotte, il est midi. Des Hol­landais se baig­nent dans la lagune. Passent à bord d’une pirogue les cou­ples qui partageaient la nuit dernière notre campe­ment. Des gens supérieurs. Investis d’un devoir. Con­va­in­cus et aguer­ris. Mem­bres d’une O.N.G. Nous sommes de pau­vres touristes. Eux sont recon­nus d’u­til­ité publique par l’O.N.U. Et pour com­mencer, il faudrait se souci­er de bien com­pren­dre cet acronyme, O.N.G. Dand le même esprit, lorsqu’on me deman­dera qui je suis, je répondrai:
- Je suis une non-femme.
Bref, je m’empresse de pass­er le pont de planch­es, regagne avec Gala la forêt de banyans et tend un bil­let de 50’000 kips à Li. Du vil­lage, il revient avec une caisse de bière. La veille, il a noté cette faib­lesse: nous aimons boire. De là à avaler sept bouteilles de Bir­lao en plein soleil. Mais voilà, chaudes elle seront bonnes pour le rebut. Après quoi, nous  louons la pre­mière cham­bre que l’on nous offre. Elle est au pre­mier étage, son planch­er est ajouré et sous nos pieds se déroule une con­férence inter­minable dont les inter­venants sont de tous les règnes: coq, maçon, voisin, porcelet, bam­bins, lavandières… Ne man­quent que les mem­bres de l’O.N.G.

Evidence

Un homme qui argu­mente con­tre l’év­i­dence est un homme perdu.