Crabe

Couch­er de soleil sur Ngam Kho Bay. Quoique peu friand de ce spec­ta­cle, j’ad­mire. Le disque solaire plonge der­rière un îlot vol­canique émergeant des eaux. Arrivé à l’a­vance, un jeune touriste tri­t­ure son pied téle­scopique à struc­ture molécu­laire, le dis­pose au sol, y visse sa Gopro, véri­fie, lance le tour­nage. Il fait quelques pas, revient. A plat ven­tre dans le sable, il jette un œil dans le viseur puis, comme si l’événe­ment était trop lent et ne rem­plis­sait pas son attente, il attrape un crabe et s’ef­force de le faire pass­er dans le champ de la caméra.

Age d’or

L’âge d’or de l’Esco­r­i­al? Sous Charles Quint. L’âge d’or de Borobudur? Au IXème siè­cle sous le règne su roi Sama­ratung­ga. Ver­sailles? Louis XIV. Et ain­si de suite. Mais l’âge d’or d’un bâti­ment quel­conque? Une ferme, un castelet, une vil­la. Celui où son pro­prié­taire et sa famille l’habitent. Le quarti­er d’une ville. Celui où ses habi­tants l’in­car­nent pleine­ment. Dans le cas du bien privé,  coïn­ci­dent en effet du vivant du pro­prié­taire l’in­ten­tion qui a don­né fig­ure au bâti et l’usage aver­ti du lieu. Usage et inten­tion, rap­port pra­tique et pro­jet sym­bol­ique, con­cor­dent alors pour tir­er le meilleur par­ti de la réal­i­sa­tion matérielle obtenant cette sit­u­a­tion entre toutes pré­cieuses où la matière est déjà esprit.

Quo vadis? 2

Ce livre est assez médiocre et ennuyeux, et il n’a eu de suc­cès qu’une fois son auteur exilé. Aujour­d’hui, on entend crier de tous côtés : “Scan­dale! scan­dale!” Il est pos­si­ble que Veien­to ait imag­iné cer­taines choses, mais moi qui con­nais la ville, nos patres et nos femmes, je t’as­sure qu’il n’y a là qu’une bien pâle image de la réal­ité. N’empêche que cha­cun y cherche: soi-même avec crainte, et ses amis avec malveil­lance.
Quo vadis? Hen­ryk Sienkiewicz. 

Quo vadis?

Il fut aus­sitôt vis­i­ble que, mal­gré son afflic­tion et la lec­ture assidue des épîtres de Paul de Tarse, la jeune Grecque avait gardé beau­coup de l’an­ci­enne âme hel­lène, qui, par-dessus tout, vénère la beauté du corps.
Quo vadis? Hen­ryk Sienkiewicz.

Sagesse

Je sais que l’on peut trou­ver dans la vie sage bien plus d’a­gré­ment et de déf­i­ni­tion que dans la vie droguée, alcoolisée, assistée, mais cela demande de la sagesse et pour accéder à cette sagesse, un emporte­ment moin­dre devant l’ac­tu­al­ité du monde.

Trois temps

Con­stru­isons une forter­esse, allu­mons des bou­gies, lisons nos livres.

Nombre

Inqui­et, mais aus­si curieux, de voir tous ces gens qui vivent en même temps que moi et qui, dès que je tourne la tête, se multiplient.

Vieillesse

Qu’est-ce que la vieil­lesse? Vous avez l’ex­péri­ence plus la force de faire des expériences.

Pratique

L’Oc­ci­dent a ravi la richesse du monde. A ce point, elle ferait mieux d’af­firmer sa puis­sance et de procéder à une juste redis­tri­b­u­tion, plutôt que de con­tin­uer d’ac­ca­parer en don­nant à croire qu’elle est tolérante.

Echange

A Davos, vingt per­son­ne pour man­i­fester con­tre le Forum dic­ta­to­r­i­al. A Zoug, me dit-on, une petite cen­taine, et cette ban­de­role: “Ils envoient des armes, il arrive des réfugiés”. Au fes­ti­val des caves de Besançon, en 2004, Guil­laume Dujardin a mon­té ma Pièce en 14 actes avec final dans la fos­se com­mune, Mille enfants meilleurs. En scène, deux paysans français, Marie et Dinand. Ils jet­tent une pomme con­tre un rideau. La pomme dis­paraît der­rière le rideau. Un moment. Revi­en­nent qua­tre pommes. Ils en jet­tent qua­tre, il en vient dix. Le cou­ple de paysan jubile: for­tune est faite! Scène suiv­ante, le cou­ple est entouré de réfugiés. Or, ce soir-là, après la pre­mière, dans une pizze­ria, les acteurs me dis­aient: “nous n’avons rien com­pris à ta pièce!”