Bonté des gens simples. Affrontés à de vraies difficultés, ils trouvent leur consolation dans l’attachement au réel. Or, c’est ce réel que le mouvement diabolique des affaires liquéfie et assèche. Faute d’être réfléchie, leur révolte vient trop tard. Ils ne poussent les cris que l’on espérait que lorsque le pain leur est retiré de la bouche. Ce qui augure mal de l’avenir, car ce n’est pas le pain qui va manquer, mais l’appétit.
Premières manoeuvres
Premières manœuvres ne vue de l’annulation des élections présidentielles françaises de 2017. Le premier secrétaire du parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a déclaré suite à l’annulation de l’université d’été de la formation à Nantes sous prétexte de menaces : « Ça préfigure une campagne très compliquée pour tout le monde, le PS n’est pas le seul objectif, c’est la démocratie dans son ensemble qui est visée ».
Humanisme lettré
Intéressant d’apprendre que l’un des motifs qui aurait poussé Peter Sloterdijk a redéfinir l’humanisme face aux percées des biotechniques (dans ses Règles pour le parc humain puis dans La mobilisation infinie) serait le fait que les longues lettres qu’il écrivait à ses amis lettrés restaient sans réponse. Qui n’a ressenti dans notre génération, cet abandon de la dispute épistolaire comme moyen de partager ses interrogations et de soupeser sa pensée?
Historicisme 3
Les analytiques ont raison: il n’y a de vérité que comme équivalence. Vérité mathématique. Tout autre usage est métaphorique. Appliquée à un système philosophique ou, pour le dire en termes contemporain, à un ensemble de thèses philosophiques, la vérité ne désigne que la conformation logique des énoncés et à leur capacité à faire ensemble. C’est également la raison pour laquelle, à s’en tenir à la définition stricte de la vérité, les analytiques ne peuvent rien dire sur le monde: leur rigorisme logique leur ravit l’objet qu’ils se proposent d’étudier. Mieux vaut entendre la philosophie — ce que nous faisons d puis plus d’un siècle dans l’approche humaniste — comme un ensemble de propositions manifestant sous forme rationnelle des enjeux cachés. D’où la part magique que joue l’intuition (dont se privent les analytiques, ce qui les transforme en savants d’un monde savamment modélisé).
Historicisme 2
Ce qui disqualifie la philosophie comme système de la vérité c’est sa condition historique de production (le fait qu’elle ne sait pas encore ce qu’il faudra savoir pour que la vérité soit vérité du tout) d’où la révolution que représente l’historicisme de Hegel (il intègre pour mémoire tous les systèmes antécédents et se donne comme leur synthèse), mais lui-même étant la production d’un esprit historique se relativise à mesure que le temps s’écoule. Les systèmes de vérité de la philosophie, en tant que successifs et non-contradictoires (à condition de ne retenir que les philosophies qui s’intègrent dans l’Histoire de la philosophie) éclairent donc autant vers l’extérieur (par la puissance de la raison) que vers l’intérieur (comme incarnation de la psychologie d’un esprit individuel et social).
Historicisme
La vérité (surtout si le terme n’est pas utilisé) hante la philosophie. Débarrassée du fardeau de la théologie, elle tombe dans le scientisme. S’ensuit l’éclipse et le soupçon. Puis, avec la technique de l’homme, cette nouvelle utopie, s’impose une technique de la vérité. Et la philosophie en tant que discours sur les moyens de la vie subit une nouvelle éclipse.
Ordre des lectures
Il y a vingt-cinq ans, je marchais avec des amis le long du Rhône dans la vallée de Conches. La conversation portait sur l’apprentissage. Nous avions un peu lu, mais ce n’était pas affaire de quantité, mais bien d’ordre: les livres que nous avions lu nous avaient-ils été désignés par les maîtres (qu’on se rassure, d’université) parce qu’ils formaient un savoir raisonné? Avaient-ils été soumis à notre appréciation pour nous permettre d’entrevoir un ordre de la culture, que l’on peut appeler si l’on veut humaniste et qui, en tant que tel, possédait une objectivité historique? A quoi il faut immédiatement opposé — et c’est là que je veux en venir — que si cette objectivité n’était qu’historique elle était discutable. Mais alors, on peut se demander si permettre de la discuter n’était pas précisément la tâche que s’assignait l’Université en nous donnant à lire ces livres. J’ignore quelles étaient nos conclusions ce jour-là au bord du Rhône. Il me semble que je plaidais pour un désordre créateur dans le choix des lectures, ce qui trahissait mon optimisme: je pensais que, quelque soient les livres lus, une intelligence douée et critique pouvait accéder à l’ensemble des idées produites par l’histoire moyennant de reconstruire les raisonnements. Je dirais aujourd’hui, qu’il faut être doué pour réussir cela et pas qu’un peu… mais là n’est pas mon propos: ce qui m’est apparu ces derniers jours est que si l’on cherchait à tracer un cheminement intellectuel en lisant des livres sans bénéficier d’aucun conseil d’ordre, on deviendrait probablement un intellectuel sans équivalent avec ce que sont les intellectuels dans notre société. Ce qui pose la question de l’objectivité historique qui fonde l’ordre et de son poids en tant que modèle de lecture des lectures.
Imagination
Peut-être à cause des expériences d’imagerie hypnopompiques que j’ai fait pendant des années le matin, après les nuit de saouleries (sentiment d’agir dans un espace et un temps que je savais inexistants mais qui m’apparaissaient avec tous les caractères de réalité nécessaires à l’exercice de la liberté), je me suis passionné pour l’imagination, au point de songer à rédiger une thèse sur le rôle de la morale dans les phénomènes d’imagerie mentale. L’un des livres qui m’a le plus impressionné est L’imaginaire de Sartre. Hier, je lisais une histoire de l’imagination et je m’étonnais de constater que, du point de vue philosophique, nous savons si peu de choses sur cette réalité fondamentale de nos vies.