Le bras secoué d’ondes, la main gonflée comme un pneu, par moments l’épaule prise de douleurs et cela en dépit de capsules anti-inflammatoires et de pommades chauffantes. Je n’ai plus le choix, il me faut, après avoir quinze jours de suite retardé, descendre à la ville présenter ce bras à un médecin. Je ne saurais dire à quel point cette présentation que j’imagine débutant par un formulaire, se poursuivant par une attente en salle, puis une exposition des motifs et une soumission à des machines, m’ennuie, m’ennuie et m’ennuie.
Perros
Il y a vingt ans m’avait enthousiasmé l’échange épistolaire entre Georges Perros et Brice Parrain, publié je crois par la NRF, au point de chercher son équivalent — fraîcheur de ton, désinvolture, perspicacité — dans l’oeuvre des deux écrivains; or, hier je relis les Papiers collés de Perros et n’y trouve que des phrases d’un buveur de comptoir au souffle court.
Montherlant
Proche du caractère qu’incarnait, par sa personne et dans son œuvre, Henry de Montherlant, non pas, bien entendu quant à l’ambivalence sexuelle, mais quant à la conjugaison impossible et revendiquée du pessimisme et de la soif de perfection . Précisions, perfection morale “sans valeurs” ni système pratique, qu’il soit adossé à une religion ou à une philosophie. Ce que j’ai coutume d’appeler le volontarisme et qui ressort à une sorte de digestion inconsciente de la théorie de la grâce protestante: savoir que l’on est peu, que l’on est à peine, que le néant précède et suit, que règne l’arbitraire (pour moi plus physique que théologique il va de soi) et tenir héroïquement son rôle d’homme destiné à la mort (comme disait Sartre, lui aussi, à bien des égards proche une fois ôté le militantisme révolutionnaire et les engagements précipités). “Il faut, écrivait Montherlant, n’être de rien, n’être à rien, n’être rien.”
Vladimir
Ces jours, me saisit à nouveau une forte émotion en pensant au courage d’un Vladimir Boukovski. Des textes complets de sa confession de prisonnier publiée à l’époque sous le titre “Une nouvelle maladie mentale en U.R.S.S., l’opposition” me reviennent en mémoire. Voilà l’homme qu’il faut inviter dans les écoles.
Etudier
Professeurs, tenus aux règles de la charge, forcés de transmettre en tant que pièce majeur de l’école-outil la pensée critique sur la foi de textes littéraires imposés par une hiérarchie idéologue — si cette compromission ne me semblait méprisable, je les plaindrais. Me revient en mémoire cette discussion qui eut lieu sur les marches du Collège du Belvédère de Lausanne, l’année de mes quinze ans, comme nous attendions, élèves et professeurs, l’heure de rentrer en cours. Le maître de classe demandait à la ronde ce que chacun ferait l’année suivante la dernière année du cursus obligatoire venant bientôt à son terme. Apprentissage, école professionnelle, chacun fit réponse. Il se tourna vers moi.
-Quitter le plus vite l’école afin d’étudier, lui dis-je.
Mousse
Gala ne marche plus. Même dix mètres. J’exagère. Cinquante, cent, pour peu que j’insiste le double, mais alors cela hypothèque sur deux ou trois jours tout autre déplacement, aussi allons-nous en voiture, d’immeuble en immeuble, d’une rue à l’autre, ce qui revient à introduire sa vie dans le labyrinthe des lois, règles, traces, signes, cet alphabet d’interdits absurdes que le piéton peut, moyennant d’avoir cultiver son art, transgresser, mais que faire, l’alternative n’étant pas de l’ordre des possibles, et puis c’est elle qui conduit, c’est sa voiture, c’est ainsi, de sorte que l’Holiday Inn quitté, nous longeons le pâté d’immeubles pour se garer de l’autre côté de l’avenue et pénétrer dans une brasserie aux salles voûtées et plafonds peints où Gala demande à la serveuse en costume bavarois une bière “wenn es möglich is mit wenigem Schaum”, ce qui revient à demander une fondue sans fromage.