Visite attentive des galeries égyptiennes du musée archéologique. A quelques rues, la file d’attente pour les splendeurs des Offices s’étire sur cinq cent mètres, ici c’est le silence. Étonnants sarcophages de bois peints ouverts sur des momies entières, au milieu de collections rapportées par le disciple italien de Champollion, Ippolito Rosellini. Ce que je peine à comprendre c’est comment des vestiges de trente siècles et plus sont mieux conservés que des poteries étrusques ou romaines. Affaire de matériau et de techniques j’imagine (quel futur pour les vestiges modernes ?) : un érudit balayerait la remarque en un tournemain. Tout de même, ce chariot royal qui semble prêt à servir aux champs? cette urne canopique comme neuve? Bref, je me suis avancé dans ces pièces construites en enfilade où régnait une pénombre jaune. Les vitrines étaient pleines d’amulettes, de bas-reliefs, de papyrus. Plus loin, un panneau expliquait la technique de l’embaumement. Pour exemple pratique, un crocodile sous bandelettes, un specimen jeune, de la taille d’une miche de pain. C’est alors que je remarque de dos une surveillante assise sur une chaise. La même que dans une autre partie du musée. Elle pianote sur son téléphone, je ne vois que sa chevelure, mais je la reconnais, c’est la dame qui était assise dans la première salle, et dans la même posture. Aussitôt je conclus: s’il y a deux gardiennes identiques, ce sont des jumelles. Pour en avoir le cœur net, je reviens sur mes pas. A la place qu’occupait la première gardienne, il y a désormais un homme. Discrètement, alors que j’étais penché sur les momies, un tournus a eut lieu.
Italiens.
Les Italiens aiment parler, ils ne s’en privent pas. Se taire si on est malade, fatigué ou dépressif, c’est possible, toute autre raison pointerait sur votre muflerie. Et d’ailleurs on parle avec tout le monde. Demander votre direction, il y en a pour dix minutes. Tout juste si l’on ne finit pas dans le salon de la personne avec ses enfants sur les genoux. Dans les rapports de commerce de même. Au supermarché, ce lieu de congélation de la spontanéité: on s’y exprime, on rit. Est-ce que j’aime? J’admire. Pour ce qui est de se refaire, je suis un Suisse.
Dîner
Inutile d’insister, les aliments, fruits, légumes sont meilleurs à Florence que dans autres lieux d’habitation, et surtout l’Andalousie. Certes, les échanges par les mers, massifs et constants. Mais il suffit de comparer la terre grasse de la Toscane à la poudre rouge de Malaga: il n’y a pas de miracle. Si, le plaisir de dîner d’un plat pauvre mais excellent qui engage au savoir-vivre.
Ping-pong.
C’est peu dire que je regrette les relations épistolaires. Tout un pan de l’activité intellectuelle, en résonance, est perdu. J’y pensais cette nuit, dans un sursaut. Jusqu’en 2002, mes dossiers informatiques se remplissaient chaque semaine de longues lettres. Des mails bien sûr, mais encore marqués par le phrasé, le développement et la musique de l’écriture d’échange. Assez intimes pour créer un monde en suspend et motiver l’attente. Auparavant, à Madrid et surtout à Mexico, c’était des pages sous enveloppes, lues, relues, et rangées dans les cartons, et qui s’y trouvent toujours. Désormais, ce ne sont plus que des petits paquets de lignes, décochés et bondissant. Qui partent et reviennent. Du ping-pong.