Ces gens-là, assis à une table que nous payons, sans autorisation populaire, dans une formation de parole illégale, osent vanter les plats que leur sert “le plus grand chef” — je reprends les termes de la presse — du pays basque français. Pour moi, j’ai le souvenir de mes voisins de Gimbrède, lui maçon, elle balayeuse, qui me confessaient faire des provisions de surgelés aux périodes de promotion — pour tenir. Cela en 2003.
Re-début
Si j’avais plusieurs vies, je ferais à partir de la psychologie qui est mienne et des ses possibilités, des choses différentes voire opposées. Gérer un centre d’éducation et créer une maffia, prier en solitaire dans une niche troglodyte et régenter une vaste entreprise financière, construire une maison et me faire vagabond.
Jésus
Plus qu’il ne faut, Maurice G. Dantec invoque le Christ. A ses yeux, schéma augural. Qui fut et sera. Mais c’est Jésus qui est révolutionnaire. C’est l’amour qui renverse l’ordre. L’anarchie fondatrice qui inspire le pèlerinage de ce va-nu-pieds. Un type comme un autre qui au lieu de fixer la terre et ses légumes, c’est à dire la production et ses rapports, s’intéresse au ciel et au vide, c’est à dire à “cette chose que je suis” — à la façon des Grec majeurs, avec en sus la folie juive. La crucifixion, c’est l’avènement de l’Eglise, donc de la politique. Le retour de Marchands du Temple.
Sexe-marteau
Le délire sexuel façon marteau pilon est un symptôme de la décadence, c’est à dire de l’incapacité à imaginer l’accès à la transcendance (plus simplement l’extérieur — comme on ouvrirait une fenêtre pour respirer) sinon par la sublimation matérielle du corps, la destruction matérielle de l’être moral, l’acharnement matériel, le sexe mortifère. Que cette folie animale soit d’abord le fait des gouvernants et de leurs soutiens financiers relève de l’évidence: eux seuls ont tout misé sur le pouvoir, cette absolue perversion de l’équilibre humain.
Plis
Mon bref séjour de dix semaines en Toscane me fait dire: ces gens d’Italie n’ont que des qualités. Mais comment font-ils? Pour se mouvoir dans une telle concentration de collines et de vallées. Comment font-ils? Leur territoire me rappelle ces chiens à peau plissée, les Sharpei. Aux temps préhistoriques, un titan aura donné un coup de pied contre les falaises côtières provoquant une brusque surtension de l’espace. Le Ministère des travaux public le sait: nuit et jour, il creuse des tunnels et jette des ponts. Pour ceux qui circulent et sont nés ailleurs — les étrangers placés face à cet étrange phénomène — c’est un enfer!
Dieu
Que Dieu soit nommé est le meilleur des remparts contre l’aberration qui consiste à remplir le ciel d’illusions secondaires, tout aussi fabriquées, moins subtiles. Dieu, c’est l’habitude: on se partage et se confronte, on aime ou fustige, certain prient d’autres protestent. Vacant, la place n’est plus occupée par quelque chose d’assez visible pour que l’on puisse lui donner nom. C’est dire que cela se complique. Le régime d’occupation n’a pas changé. Il y a un occupant. Ses administrateurs, ses créanciers, ses thuriféraires y veillent. Il n’est que de voir le pape (l’imbécile vaticanais en poste), il ne sait plus où donner de la tête: ahuri d’Amérique, pousse coloniale, demi-communiste, il voit bien que l’affaire lui échappe. Alors, minable entre tous, il se met en devoir de concurrencer les pouvoirs temporels de basse extraction, parle politique et chiffons. Non vraiment, mieux vaut conserver en place ce Dieu auquel nous étions habitués, que de prétendre qu’il est mort, rangé au magasin des antiques et subir derechef les pouvoirs incontrôlés de quelques agissants, larrons de la métaphysique complotant derrière des Concepts neufs (comme si cela pouvait être, “neuf” — allons Messieurs!)
Nature
Dans l’arbre rouge du jardin, des oiseaux affolés, rapides, petits. J’ouvre la fenêtre, je me penche. Ils jouent, piquent vers le ciel, se heurtent et s’évitent, retournent dans les branches. Neuf semaines que je suis absent. Ils ne savent pas que je suis là. Ce matin, l’arbre — silencieux — rouge — attentif à ma présence.