Posséder un peu plus ou un peu moins, mais surtout posséder mieux.
Logique
Le clochard, à la pharmacie.
“Donnez-moi quelque chose! Vous me donnez toujours quelque chose. Il y a longtemps que je ne suis pas venu. D’ailleurs, il y a un an que je ne viens pas.“
La pharmacienne passe derrière. A moi:
“Si tout va bien, le gouvernement me verse ma retraite à partir du mois prochain. J’attends. J’espère. Depuis quand est-ce que j’attends?”.
La pharmacienne donne une pièce.
“Merci, je reviendrai bientôt.”
Guénon
Lu pour la deuxième fois Le signe des temps et le règne de la quantité de René Guénon. Peut-être en raison de la fascination que ce titre exerce sur l’esprit. Frustré, comme je le fus déjà. Car le texte souffre d’un paradoxe. Dénonçant l’involution des Temps, l’auteur fonde sa critique sur le savoir des Initiés, en appelant sans cesse à des connaissances secrètes dont il explique ne pouvoir souffler mot dès lors qu’elles sont esotériques et réservées. Tour de passe-passe qui amène à se demander si le renvoi à des Vérités interdites au profane n’est pas le moyen de valoriser une sociologie du présent somme toute banale. Le parcours intellectuel de René Guénon (thèse de métaphysique, agrégation, conversion à l’Islam…) indique le contraire, mais le parcours intellectuel ne dit rien de l’inventivité.
Agrabuey
A quel point je goûte le silence dont la nature enveloppe le village. Jusque dans les sifflements d’oiseaux, le régime de la rivière, les bêlements des troupeaux. C’est un délice d’être admis en ce monde lent où évoluent les animaux. Pour horizon les montagnes, cônes de poudre grise déversée et mille sapins modestes. Dans la rue, lorsqu’on vient à croiser un habitant — une, deux fois le jour — des mots simples, répétés chaque jour avec quelque variation. Ils montrent que le temps passe et que le silence nous héberge.