Voir

Si tout était ques­tion de voy­ance? Que voit-on? L’im­por­tant est ce à quoi cette voy­ance rend aveu­gle: la société enclose dans des lim­ites, liée à soi-même, com­bi­na­toire des matières et accep­tée comme une solu­tion expédi­tive devant le jeu riche et com­pliqué de l’existence.

Homme bon

Je ne vivrai plus dans un endroit où les gens qui me croisent, me par­lent, dis­ent avoir con­fi­ance, n’ont ni nom ni prénom ni sit­u­a­tion. Qui s’a­vance n’ex­iste que s’il s’af­firme — début d’une rela­tion morale. Les villes-machines nient ce principe. Or, d’une archi­tec­ture car­cérale rien ne peut sor­tir de bon. La généra­tion à venir aura à recréer pour la société des marges où héberg­er et refaire l’homme.

Prambanan

En 1991, habi­tant avec Olof­so Yog­jakar­ta dans l’île de Java, nous sommes allés vis­iter les ruines de la ville de Borobudur, plus éloignée du cen­tre-ville et repartîmes pour Surabaya sans avoir vu Pram­banan, l’autre cité antique. Vingt-qua­tre ans plus tard, avec Gala, notre cham­bre d’hô­tel don­nait sur Pram­banan. Il pleu­vait, notre avion décol­lait le lende­main, nous avons renon­cé à la vis­ite alors même que nous étions au guichet, sur le point de pénétr­er dans le champ de ruines. Etrange­ment, depuis une semaine, toutes les nuits je me réveille et prononce: Pram-ba-nan.

Consommation personnelle

Le paysan: “je fais quelques patates.”
-Beau­coup?
“Non plus main­tenant. Dans les mil kilos”.

Masochisme

Désor­mais, les gens “se font bat­tre”, “se font tuer”. Partout, on lit, on entend: “il s’est fait tuer!”. Quand cela se pro­duirait, je trou­verais nor­mal que l’on dise: “il a été bat­tu”, “il a été été tué”.

Peuple commercial

Tout le monde a com­pris que les maîtres-mar­i­on­net­tistes nouent ces jours les fils du spec­ta­cle à venir.

Muselières

L’esthé­tique est ce rap­port sub­til qu’en­tre­tient cha­cun avec l’e­space et le temps, une danse du corps et de l’e­sprit, ce que niaient par le cos­tume et le son les régimes car­céraux de l’est léninien et que nient aujour­d’hui nos pra­tiques générales de cyberemprisonnement.

Littérature

À mes cor­rec­tions de Notr Pays, tel un acharné; com­bi­en de temps cela va-t-il dur­er ? La semaine dernière, après 32 jours de relec­ture, je lis à la dernière page, “Axar­quie, 24 mai 2017” — puisque je note selon l’habi­tude le lieu où je finis un man­u­scrit. Mais celui-là est sans fin. Mau­vais signe. D’abord, parce que je refuse de croire qu’il ne peut être sauvé et m’ef­force. Le roman était et me demeure étranger. Pari relevé, dès lun­di prochain j’écrirai à main lev­ée OM (le texte qui précédera TM, pub­lié en novem­bre), le regard fixe, sans fatigue ni angoisse (du moins le jour) avec pour hori­zon le point d’ac­cueil et le repos, et cepen­dant, je ne sais pas, je ne sais rien, pas la pre­mière ligne de ce que je dirai, mais je vois.

Lecture

Autre livre à relire ces jours, “Le monde d’hi­er” de Ste­fan Zweig, le des­tin trag­ique de l’au­teur vien­nois et de sa femme dans leur exil brésilien. Com­bi­en de fois la cul­ture occi­den­tale peut-elle finir?

Hasard

Au jardin à mes exer­ci­ces de force quand une hiron­delle lâche un dé à jouer dans le jardin.