Dans le projet d’abolition des peuples, le négroïde importé sur nos territoires figure au rang des outils émérites. Coupé de sa culture par la colonisation, contraint après indépendance par des autocrates fantoches, s’il n’a eu accès ni à la notion d’individu ni à celle de démocratie, il adhère comme l’enfant au régime compulsif de la consommation-production. Désormais jeté dans nos rues, haut en couleur et volubile, il apparaît infiniment corvéable, portant sans hésiter les slogans de fabrique que créent à son intention les académiciens blancs d’Amérique. Dès lors, inutile de s’étonner de ce régime de punition de la parole qui s’installe dans tout l’Occident. Critiquer l’obscurantisme congénital d’un mahométan ou l’idiotie profonde d’un négroïde, revient à attaquer frontalement le projet des pouvoirs.
Mois : juin 2020
Agrabuey
Au village fantôme, dans la rue demi-chaude, ce soir pluvieuse. Le chien Cierzo gémit, il me tend la patte quand je sors sur la marche de maison pour boire avec mon voisin lui-même assis sur sa marche. Longtemps seuls dans le jour qui tombe, les sapins dressés comme de courtes et vertes flèches sur les pentes de montagnes, puis dans le noir, seuls toujours, à parler de tout et de rien, argent, rock, esclavage, photographie, partageant du tabac, des idées, une attente, autant d’incertitudes qui se diffusent dans nos corps travaillés d’une saine confiance car nous sommes ici dans notre rue, ensemble, caractères incommensurables que le hasard a enté sur cette campagne, voisins, allumant nos maisons le matin, les éteignant la nuit, contents de vivre dans les coulisses du décor, partageant un monde bâti en pierres.
Âge
Je me prends à rapporter des anecdotes plusieurs fois rapportées, avertissant, car je ne suis pas bête encore, “peut-être vous l’ai-je déjà dit?”; possiblement un preuve de ce que je valorise le passé, m’intéresse moins au présent, crée des mythes faciles, entre dans la vieillesse, bassine.
Aujourd’hui
“Chaque fois que s’en présente l’occasion, je m’efforce de mettre en garde les parents quant au monde cruel dans lequel vivront leurs enfants. Monde de la technologie toute-puissante, de l’efficacité immédiate, et non point monde des idées — ce privilège réservé à quelques-uns qui seront éloignés, écartés des zones actives du Pouvoir, bien que constituant à eux seuls l’ultime bastion d’une résistance face aux déchirements de toute nature. Afin que se produise l’égalité réformatrice, il faudra que le religieux ait retrouvé son sens et sa fonction métaphysiques. En attendant, dureté, égoïsme et pesanteur collective seront, pour longtemps, l’apanage du siècle prochain où l’individu ne subsistera que par un semblant d’aliénation aux exigences du groupe.” Louis Calaferte, Cahiers, 1991.
Filmer le futur
Debord que j’ai un peu lu, un peu relu, un peu compris, aimait le cinéma car il était projectionniste dans un monde obscur, celui de l’après-guerre de France. Du fond de sa cabine, il a vu et revu les mêmes films, sculptant malgré lui un cerveau qui deviendra obsessionnel comme le sont les cerveaux des grands hommes qui d’abord ne se comprennent pas, signe que le monde pourrait bien, dans le futur, s’aligner sur cette incompréhension. Nul ne doute de son intuition, capacité qu’il avait entre tous, qui réveille toujours les morts et donne ces jours, pour notre usage tardif, devant le détournement diabolique de l’épidémie de grippe tueuse, ceci: les puissants mettent en scène dans les studios de cinéma des expériences sociales qu’il appliquent ensuite, en cas de succès, hors les salles