Ces jours je me désintéresse. Aucune habitude, peu d’envies, pas de grâce. L’énergie même est en recul. Ce que je pourrais faire, je ne le fais pas. Ennui qui s’étend à l’entourage, le grise, le contamine. Entendre Gala me demander ce que j’ai fait est pénible. Répondre est pénible. Pas envie. Peut-être suis-je ratrappé par les années de dépense? Trop de fatigue en réserve et qui soudain me tombe dessus, me met à terre? Je reste debout pour écrire et et qund je me couche, je trouve enfin ce que je cherchais — l’intérêt dans le sommeil.
Une tasse de café à la main je me promène dans le jardin. A l’horizon les Alpes ce matin sont invisibles, il y a du soleil sur la pente qui mène au Rhône, la maison est solitaire. Auparavant, assis sous le poirier, concentré sur le petit-déjeuner, je ne voyais pas. Ce qui est vaste profite à l’esprit, s’il ne vous appartient pas. Un vaste jardin est une erreur. Plus les choses que nous possédons sont éloignées du corps, plus elles nous décentrent. La chemise et le pantalon sont des propriétés certaines, un jardin, un terrain, c’est lointain. Mais je n’oublie pas que j’ai acheté ce vaste jardin pour écarter les autes. Pas d’homme qui y vienne, pas de bruits, pas de ville, pas de mécanique. Et toute la vallée participe à ce sentiment de séparation. le Jura aussi, penché sur la maison, vert, noir et puissant. Se trouver seul. Etre seul pour se trouver. Encore faut-il espérer que la rencontre comblera l’attente. Incertain, on se tourne vers le jardin, on y fait une promenade sa tasse de café à la main, on se rapproche de ceux qui y vivent, les plantes, les oiseaux, l’herbe.
Au-dessus de l’Herpouilly, dans un chalet couleur de miel, il y a trois dames, trois bienfaitrices qui discutent un menu de fête, énoncent des plats fabuleux, tandis que je tremble de froid rincé dans la montée par une pluie d’octobre. Je tremble si fort que mes mains qui portent le thé à mes lèvres le font déborder. A la table du patron les femmes notent la troisième entrée: sauté de biche avec sa casoelette de chou braisé.
Repris pour la cinquième année L’été de Btorlgue, texte que je veux dérisoire et même comique . Eh bien il me pèse. J’ai de la peine. C’est un mur. Et quand je dis reprendre, c’est trop: il me suffirait de corriger. Je n’y arrive pas. Est-ce parce que la matière a été tant de fois brassée? Cet après-midi, le front en sueur, j’ai abandonné. Le voir achevé me plairait. Au tiroir s’il le faut mais achevé. C’est peut-être le problème. Il est derrière moi. Cinq ans… Pourtant, on ne peut décider de façon sûre qu’il ne trouverait pas son lecteur. En même temps j’ accorde “qu’on peut en dire en principe qu’un texte écrit avec enthousiasme communiquera au lecteur quelque chose de cet enthousisame.”
Les animateurs de la colonie de vacances à laquelle participent les enfants les envoient frapper aux portes des maisons d’Astaffort, un bourg de quelque 3000 habitants. Consigne leur est donnée de rapporter une liste d’objets et ils les rapportent en effet: raquette, sou, magazine, pot de fleurs, ballon.
Cette bibliothécaire à qui je demande une renseignement qu’elle n’a pas et dès lors qui me bat froid. Quelques jours passent pendant lesquels je redouble de prévenance sans réussir à la défroisser, puis un après-midi elle se trouve à servir une cliente dans mon dos et se montre volubile, pleine de connaissances et de conseils, tout cela à voix haute, pour que j’entende qui elle est. Le lendemain, elle a de nouveau le sourire.