Salle com­mu­nale de Gim­brède louée pour un mariage. Un cortège de voitures déboule. Femmes fagotées, enfants morveux. Con­cours de quads, beu­ver­ie. Hommes à torse nu beuglant, chi­ant, vom­is­sant. La vue de ce groupe de dégénérés pro­duit l’ef­froi. Très vite on pense: je partage avec eux. Pire : on m’oblige à partager, on me conçoit comme leur égal. La fête dure jusqu’au matin, le vil­lage se terre. Les plus malins, les plus lâch­es, se sont sou­vent les mêmes, ont découché et ne revien­dront que le lende­main, lorsque les bêtes se seront tues, les autres enfon­cent du papi­er dans leur oreilles. Plus tard dans la semaine les langues se délient. L’en­vie de meurtre est pal­pa­ble. Cha­cun fait état de son dégoût.
L’é­gal­ité des droits est une aber­ra­tion sans égal­ité des devoirs et la tolérance en la matière un accéléra­teur des vio­lences à venir.

Tel ami qui ne tra­vaille pas, sort peu, ne par­ticipe à rien, se dit social­iste. La plante d’in­térieur, si elle par­lait, approu­verait son jardinier.

Du repas des chas­seurs pris en sa com­pag­nie l’an dernier, à quelques mètres des maisons, sur place extérieure du vil­lage, M. dit cette année, comme nous l’in­vi­tons : “oh non, ce n’est plus de mon âge!“
L’an dernier elle avait qua­tre vingt treize ans .

Le long de ces routes qui tra­versent les paysages détru­its, je me sou­viens de tout et je marche sans répit, il ne faut pas songer à dormir. Dès que je mon­tre des signes de las­si­tude, des hommes s’ap­prochent et me pro­posent des morceaux de par­adis. L’autre soir, trop faible pour les con­tr­er, je me suis assoupi: au réveil, j’avais un jardin et des fontaines autour de moi, et ces hommes souri­ants venaient m’ex­pli­quer la chance que j’avais d’avoir retrou­vé un sens à ma vie.

2050 — je sors mes os de terre, un à un les assem­ble, reprends mon chem­ine­ment. Le pre­mier kilo­mètre fait sen­tir le planch­er des vach­es, je suis de retour. Cette activ­ité de vivant manque toute­fois de coeur, je sens que je ne veux rien, que rien ne me retient. Alors dans ce vil­lage dont j’ou­blie le nom, un soir je vais au cimetière, trou­ve une tombe anci­enne, soulève la dalle et remise mon squelette.

Après la tem­pête de décem­bre, la voi­sine demande au petit A. devant le tilleul dérac­iné:
-Sais-tu com­ment est tombé cet arbre?
- Non Madame, mais en tout cas, ce n’est pas moi.

Toute la vérité sur le théâtre: à force de frap­per aux portes, elle finis­sent par s’ouvrir.

Ce qu’on appelle “action” et dont la syn­thèse est déclin­able sous la forme de “principe” au sens moral de ce terme — “j’ai des principes et c’est pourquoi j’a­gi­rai de telle sorte que…” — n’est qu’une réac­tion face à la sit­u­a­tion, en fait la série des mou­ve­ments néces­saires à la préser­va­tion, dans cette sit­u­a­tion, de notre posi­tion rel­a­tive. C’est après-coup, afin de jus­ti­fi­ca­tion per­son­nelle, qu’on énonce cette action sous la forme d’un principe.

Paris, ville-miroir, la beauté à tous les coins de rue, ville où l’on se mon­tre. Berlin, vaste friche, mar­quée de vides, ville d’ac­tion, cha­cun se promène une pioche sous le bras.

Quelqu’un qui remar­que ce qui a lieu chez son voisin, mon voisin par exem­ple, jeune motard sym­pa­thique, plus que ça, gen­til, rem­pli d’en­fants et habi­tant une ferme. Hier il remar­que que des mon­ceaux de poly­stirène dis­posés con­tre la façade pour enlève­ment plusieurs plaques ont volé à la faveur de l’or­age et jonchent les champs alen­tours, ce que je ne pou­vais ignor­er. Remar­quer ce qui se passe aux alen­tours de sa ferme me viendrait pas à l’idée et le remar­quant je me ferais fort de le taire.