Attentat

Chaque fois qu’un indi­vidu soli­taire revendique un atten­tat poli­tique, la police annonce : “les inspecteurs étu­di­ent les motifs con­fus du prévenu”.

Lecture commune

Dès que l’on échange sur une lec­ture com­mune, les élé­ments de con­nais­sance que nous en avons retiré sem­blent se met­tre en place et, alors qu’ils appa­rais­saient jusqu’i­ci flot­tants, s’in­scrire sous une forme sta­ble dans notre mémoire. Plutôt que le signe d’un proces­sus de con­nais­sance qui aboutit, il y faut y voir la pro­duc­tion col­lab­o­ra­tive, par deux inter­locu­teurs, d’un énon­cé orig­i­nal, fondé sur la com­préhen­sion incer­taine que ceux-ci avaient du con­tenu du texte.

Faux internationalisme

Util­isé dans le domaine poli­tique le con­cept girar­di­en du bouc émis­saire per­met à la gauche de stig­ma­tis­er la rhé­torique des nation­al­istes lorsqu’elle désigne l’im­mi­gra­tion comme une des caus­es de la crise de nos sociétés occi­den­tales. Ce faisant, la gauche nie l’his­toire pro­pre et le fonde­ment tra­di­tion­nel de nos démoc­ra­ties au prof­it d’un inter­na­tion­al­isme fondé sur le repen­tir (coloni­sa­tion, traite, nazisme, etc.). Or, c’est pré­cisé­ment sur l’in­stru­men­tal­i­sa­tion de ce repen­tir que le plus agres­sif des tous les mou­ve­ments de droite, le néolibéral­isme, compte pour ral­li­er la gauche à son entre­prise de destruc­tion des démoc­ra­ties via l’im­mi­gra­tion et la réduc­tion de la per­son­ne à un pro­duc­teur-con­som­ma­teur désorienté.

Dictionnaire

A la salle de bains, je trou­ve l’an­cien dic­tio­n­naire de Grec que j’ai don­né la veille à Gala.
- Il faut d’abord le laver, me dit-elle.

Colle

Ren­tré de Bris­tol en soirée, je com­mence la tournée de colle à 3h30, par une nuit agréable. Jusque vers 4 heures, rues fon­cées que le brouil­lard ani­me, voitures rares d’où s’échappe de la musique. La torche frontale que je porte sur la cas­quette me per­met de tir­er à souhait des objets du vide, pans de clô­tures, poteaux, bor­ds de trot­toirs. Le silence, que je n’avais pas imag­iné aus­si entier (mes dix ans de tournées noc­turnes se pas­saient dans Genève) me gêne: à la fer­me­ture, les cadres d’af­fichage claque­nt avec vio­lence émet­tant un écho dont je crains qu’ils ne réveil­lent les dormeurs par­fois instal­lés, dans les quartiers rési­den­tiels, à moins de trois mètres de mon tra­vail. Dès 5 heures, le traf­ic s’in­ten­si­fie et je m’é­tonne de crois­er les pre­miers pié­tons, lavés et coif­fés, qui se diri­gent, le port droit, le vis­age éteint, vers les trans­ports. Mais ce qui retient mon atten­tion, c’est, dans le quarti­er de Beau­mont, avant six heures, cette femme qui porte dans les bras sa fille endormie, un cartable sur le dos. Prob­a­ble­ment la mère prend-t-elle son tour de tra­vail à l’aube et dépose-t-elle sur son chemin la gamine qui aura à atten­dre une bonne heure avant que la cloche du préau ne sonne la ren­trée des class­es. En son nom, je prend plaisir à vitupér­er con­tre la dureté du sys­tème qui pro­tège cer­tains des souf­frances qu’il inflige à d’autres. Et comme mère et fille s’en vont, je songe aux deux années que j’ai passé à Lhôpi­tal, par­tant de nuit, autour de 5h00, sur une route de demi-mon­tagne, sin­ueuse et iné­gale, pour dépos­er à leur école de Genève les enfants, revenant de nuit pour cuisin­er, faire les devoirs, met­tre au lit et dormir seul dans la mai­son avant de repar­tir, avant le matin, dans l’autre sens. Cepen­dant, à 7h15, comme s’achève ma tournée, dans le noir tou­jours, je regagne l’ap­parte­ment rue Jean-Gam­bach, mon pain dans le sac d’af­fich­es, me douche, coule du café, allume la radio, m’in­stalle, pré­pare des tartines et mange longtemps, avec sat­is­fac­tion. Ce n’est qu’en­suite, en pian­o­tant sur le clavier pour tri­er les mails que je m’aperçois — ce qui aus­sitôt met de la sueur à mes temps — que j’ai oublié un client: je ren­file mon pan­talon d’ou­vri­er, rem­plis les poches avec la spat­ule, les clefs à cadres, le scotch, le couteau, les chif­fons, charge les affich­es oubliées dans le sac à dos et recom­mence la tournée.

Traction verticale

Aux arbres l’hiv­er mit des feuilles si longues que les voisins com­mandèrent une équipe d’ar­boricul­teurs. Mais aus­sitôt les feuilles coupées et empilées, de nou­veaux arbres poussèrent.  Effrayés les voisins man­datèrent une entre­prise de con­struc­tion générale. Celle-ci réal­isa un silo de béton autour de la demeure. Une semaine plus tard, une feuille vorace, à l’aspect métallique, s’in­tro­duisit par la porte et remua par­mi les meubles; les voisins firent mur­er les issues. Désor­mais, ils quit­taient leur demeure par le toit, à bord d’un héli­cop­tère. Dès févri­er, une chaleur étrange envahit les sous-sols. Au print­emps, elle mon­ta dans les étages. Peu après les racines per­cèrent les dalles et les arbres crûrent à tra­vers les étages et le toit. Les voisins firent étudi­er un pro­jet de sta­tion aéri­enne. Faute de car­bu­rant, les ingénieurs pro­posèrent d’in­staller le pro­to­type sur les branch­es faîtières du plus grand des arbres. Aus­sitôt instal­lés dans leur nou­velle demeure, les voisins eurent à se défendre con­tre la poussée des feuilles dont la vol­u­bil­ité au mois de mai était extraordinaire.

Argent

Match élim­i­na­toire pour l’ac­cès à la coupe du monde de foot­ball. La France perd con­tre l’Ukraine à Kiev. Elle doit gag­n­er la sec­onde ren­con­tre, et cela avec trois point d’é­cart, sous peine d’être dis­qual­i­fiée. Le match est dis­puté à Paris. La France gagne avec trois points d’é­cart. Troisième but, un auto­goal. Per­son­ne n’est dupe.

Chantiers

Salle d’en­traîne­ment de la rue du Jura. Adossé à des machines, les mem­bres du club action­nent des poulies, lèvent des poids, poussent des leviers. En face, dans un immeu­ble ouvert à tous vents, les ouvri­ers de chantier action­nent les mêmes machines, soulèvent des sac de ciment, poussent des brou­ettes, guide le fil­in des grues.

Naturel

Une des dif­fi­cultés de la rai­son c’est qu’elle sépare intel­li­gence et instinct. Mes instincts les plus prim­i­tifs, de survie, sont intacts, mais les instincts naturels, qui com­posent un éven­tail utile de recours et per­me­t­tent toutes sortes d’actes, à com­mencer par ceux qui sont com­mandés, me font grave­ment défaut. Au fond, je n’ai aucune facil­ité et regarde avec sur­prise et quelque vex­a­tion l’ha­bileté que dévelop­pent la plu­part des per­son­nes dans mon entourage lorsqu’il s’ag­it de réalis­er une série d’actes sim­ples, qu’ils soient spon­tanés ou ordon­nés. Pour com­pren­dre ce que je me veux, ou ce qui est exigé, je recours à la rai­son, puis cherche les moyens à organ­is­er, les rassem­ble, les organ­ise; alors seule­ment, je passe à l’acte. C’est dire le retard que je prends. Les autres ont depuis longtemps fait et bien fait.

Réglementarisme

Sur le vol easy­Jet Bris­tol-Genève, l’hôtesse annonce dans le haut-par­leur: “en rai­son d’une allergie aux cac­a­houètes dont souf­fre l’une de nos pas­sagères, nous ne ven­drons pas de cac­a­houètes et nous vous pri­ons de ne pas en consommer”.