QCM

Effet des Ques­tions à Choix Mul­ti­ples sur les men­tal­ités. Mieux vaudrait dire, dom­mages. Cela m’a frap­pé hier, à l’oc­ca­sion d’un dia­logue avec un étu­di­ant achevant son cur­sus. Manque d’in­ven­tiv­ité et de fan­taisie, méfi­ance envers la spécu­la­tion. Il expose les pos­si­bil­ités, nomme celle qu’il retient, explique le pourquoi. S’il vous vient l’en­vie de con­tester la for­mu­la­tion de la ques­tion, il croit que vous n’avez pas com­pris, jus­ti­fie son option, con­damne celles qu’il a exclues.

Milieu

Dans ce milieu, voici ce qu’il se dit.
- De retour? Com­ment ça va? Tu as pris des vacances?
- Non.
- Ah, tu tra­vail­lais?
- …dis­ons que j’é­tais ailleurs.

Bombes

Que l’ar­gent soit l’outil priv­ilégié des grands fos­soyeurs, nul doute, mais que cet argent, au terme d’un proces­sus long de pour­risse­ment des rela­tions humaines soit aujour­d’hui, en tout impunité, imprimé par cer­tains pour exploiter le com­mun des hommes et fab­ri­quer une pau­vreté néces­saire au main­tien de leur statut, voilà qui donne envie de jeter des bombes.

Chute

En Suisse, de plus en plus de pas­sagers des trains, chutant des quais, tombent et meurent sur la voie, sig­nal qui devrait nous alert­er sur le risque que com­porte l’ac­croisse­ment volon­tariste de la pop­u­la­tion à des fins économiques.

Soin

S’in­téress­er aux œuvres, les lire, les con­tem­pler, les écouter, c’est main­tenir vivant leurs effets sur la société laque­lle, faute de ce soin, som­br­erait dans le régime pau­vre des matières.

Violence

Effroi des femmes (celles qui ont con­servé leur féminité, dont le nom­bre se réduit) devant la représen­ta­tion de la vio­lence. Savoir secret, enfoui, sur la per­son­nal­ité, elle-même enfouie, du mâle. Il est de fait que la représen­ta­tion de l’af­fron­te­ment corps à corps, non pas con­tin­gent, par exem­ple dans une bagarre de rue, mais néces­saire, dans un con­texte guer­ri­er, représente égale­ment pour nous, les hommes, une pos­si­bil­ité entre toutes néga­tive. Appa­raît alors le jeu sous con­trainte de l’ex­is­tence con­tre la mort qui implique la sus­pen­sion immé­di­ate de la lib­erté. Hélas, l’élé­ment vir­il, dis­ons bête, nous représente en par­al­lèle l’idée de l’emporter et c’est cela qui effraie la femme: ce piège.

Triste théâtre

Apprenant qu’on emmène mon fils voir deux spec­ta­cles de théâtre, je prends aus­sitôt le télé­phone et per­suade sa mère de le retenir à la mai­son, promet­tant de rédi­ger à l’in­ten­tion du pro­fesseur une dis­pense. Car enfin, appren­dre qu’on mène son enfant écouter et voir du Shake­speare et du Rousseau (soit dit en pas­sant, comme s’il s’agis­sait d’un dra­maturge) est com­préhen­si­ble, mais enten­dre que dans le pre­mier cas, la pièce est mise en scène par Omar Por­ras (per­son­nage dont la place est dans un cirque) dans une ver­sion chi­noise sur­titrée, et que pour le sec­ond cas, la présen­ta­tion est le fait de Dominique Ziegler, écrivain au tal­ent pataud, a de quoi fâch­er. La lib­erté atteint ici son degré le plus bas: l’in­er­tie est fac­teur du choix. Sont présents dans le milieu théâ­tral (huile de coude), Omar Por­ras et Dominique Ziegler, c’est donc eux qu’on va sol­liciter pour intro­duire les élèves à la grande lit­téra­ture. Et puis, rien de tel — croit-on — que de faire appel à de grands enfants pour par­ler aux enfants. Triste démarche.

Obèses

Sen­tence néfaste, tru­cu­lente, exagérée, sen­sée et insen­sée de Mil­let dans L’E­tre-boeuf: “(…) l’obèse qui est une fig­u­ra­tion anti-mythologique et, par extrap­o­la­tion, la revanche de l’an­i­mal d’él­e­vage sur le con­som­ma­teur s’en­grais­sant lui-même au cœur de la clô­ture humaine.”

Don

Ce défaut de recon­nais­sance chez les enfants, qui n’est pas de l’in­grat­i­tude, laque­lle sup­pose la recon­nais­sance. Ils savent cette aide, ces bien­faits, cet amour qui leur sont portés et les grandit, mais ne peu­vent les recon­naître, c’est à dire y revenir et les ren­dre con­scients qu’au moment où ils devi­en­nent à leur tour aptes à aider, bien faire, aimer, de sorte que ceux qui ont don­né, le plus sou­vent, ne peu­vent con­stater le béné­fice de leur don.

Réveil des enfants

Ce matin un enfant chargé de sacs tra­verse cour­bé le préau encore plongé dans le noir. En 1979, mes par­ents en vis­ite en Suisse, je dor­mais chez une amie espag­nole, près de Madrid, dans un salon souter­rain encom­bré de tableaux dignes d’être accrochés aux cimais­es du Pra­do. L’é­cole se trou­vait à trente kilo­mètres, près de la Castel­lana, une bus m’y emme­nait. Il pas­sait sur la nationale à heure fixe et je pri­ais donc notre amie de me réveiller à temps. Chaque soir, elle promet­tait de le faire et chaque matin, le jour levé, le bus par­ti, elle s’ex­cu­sait:
- Mais on ne peut pas réveiller des enfants et les envoy­er ain­si dans la nuit!