Ma fille de retour du camp de ski.
- Comment était-ce?
- Formidable.
- La neige?
- Oui, mais pas les camarades de chambre.
- Ah?
- … je ne sais pas. On avait pas grand chose à se dire.
- Ce ne sont pas les mêmes filles que l’an dernier?
- Si… mais…
- Mais?
- Nous n’avons pas tellement joué.
- Tu sais pourquoi?
- Pourquoi?
- Parce que vous êtes des zombies.
- Hi, hi, hi!
- Je ne plaisante pas.
-…
-Et tu sais pourquoi vous êtes des zombies?
- .. parce qu’on passe notre temps sur nos téléphones?
- Exactement.
Zombies
Préau
Excellents enfants. Ils sautent, crient, s’élancent à travers le préau, se bousculent, rient. Pour rien au monde je n’échangerais la situation de cet appartement. Ou alors un paysage tranquille, sans hommes. Ce qui revient au même. Le plaisir de l’innocence. Cette philosophie première et ravie.
Niveau de vie
Le recours incessant au mot “crise” permet aux politiciens de conforter le peuple dans l’idée que leur action vaut remède. La crise est passagère, il n’est que de trouver les solutions pour y mettre fin. Remplaçons maintenant ce mot par l’expression “rééquilibrage économique”. Alors le rôle des politiciens est discrédité. Il n’est aucun moyen de lutter contre les effets d’une compétition entre pays engagés sur le marché international sinon le travail. En d’autres termes, eu égard aux avantages comparatifs de l’Europe, tout porte à croire que dans les prochaines années (et j’excepte ici les expédients que seraient la guerre, la colonisation, un changement de régime…) le niveau de vie sera divisé par quatre. Si l’on s’en tient à l’analyse de la décision politique que fait Habermas dans La technique et la science comme idéologie, la classe politique ayant renoncé, faute de valeurs sur lesquelles la fonder, à toute pratique autonome de la décision, et après s’en être tenu à l’application de solutions technique mises en évidence par le travail des experts, dupe éhontément le peuple en usant d’un mot, le mot “crise”, qui lui permettra, espère-t-elle, de se maintenir au pouvoir (alors que celui-ci, logiquement, devrait revenir aux techniciens — principe d’action évident de la technocratie bruxelloise).
Dérive
easyJet — sorti en librairie ce matin, le livre suscite aussitôt une chronique que me signale l’éditeur. Le journaliste, lié à un site internet consacré à l’aviation, fait du texte une présentation honnête et sans intérêt qu’il agrémente de photographies. Il conclut par un appel aux réactions de lecteurs. Or, je constate qu’en effet ceux-ci ont réagi et se sont emparés des seuls éléments dans la chronique qui permettent de rebondir: la nature polémique de la démarche et l’accent mis sur l’inconfort du transport low-cost, de telle façon que dans le dialogue qui se noue en ligne entre quelques dizaines d’interlocuteurs, il est dit que l’auteur n’a écrit ce livre que pour gagner de l’argent, qu’il n’y probablement jamais voyagé à bord d’un avion easyJet, qu’il polémique inutilement et qu’il est pour le moins arrogant de critiquer un modèle de voyage populaire lorsqu’on se déplace en première classe une flûte de champagne à la main. L’ironie veut que, retour de Salamanque, je me trouve quelques heures plus tard à bord d’un avion de la compagnie Swiss, tassé, bousculé et transporté comme une marchandise. Mais le plus étonnant est encore la vitesse de dérive que les commentaires impriment au texte: parce que le journaliste a qualifié de “polémique” un texte dont ce n’est aucunement la vocation et qui, s’il était, le serait par défaut, des lecteurs qui ne l’ont pas lu s’en emparent pour faire valoir des positions générales et vindicatives.
Le livre brisé
Ce que j’affirmais du rapport entre sincérité et littérature mérite d’être corrigé. Je connais au moins une oeuvre qui tient le pari: Le livre brisé, de Serge Doubrovski. Une acte fou dont l’issue sera fatale. Entreprenant de raconter sa vie au jour le jour l’auteur spécule sur l’avenir de sa vie intime. Le récit est interrompu par le suicide de sa femme. Puis l’auteur achève le livre. J’ai retrouvé ce texte l’autre jour dans un carton en provenance de Lhôpital dont je triais le contenu et je l’ai jeté: personne ne souhaite vivre deux fois une situation réelle. L’art existe lorsque des lectures successives sont possibles.
Andrew Eldritch
First, Last and Always des Sisters of Mercy, album que je n’avais pas entendu depuis l’année de sa sortie, en 1984. Sombre, froid, précurseur du gothique, mais pas désespéré. Le sentiment que c’est encore un jeu, une pose. Dix ans plus tard, l’asphyxie est réelle. Mayhem ne vit pas, il survit. Seth Putnam ne joue pas, il meurt.
Guerre civile
A l’instant dans un musée proche des remparts qui présente des documents sur la guerre civile espagnole. Exposées sous vitre des listes de donations destinées à soutenir l’effort de guerre de chaque camp. Côté Républicains, Pedro Fiel donne 2 pesetas, la Confitería Ramos donne une bonbonnière à boutons, José Pesquera donne une cape d’enfant. Côté Franquistes, le Dr. Gabriel Cebría et Doña Amalia Alvarez donnent 2 alliances, une broche de cravate en argent, une paire de jumelles, un porte portrait, 3 paires de boucles d’oreilles, un collier, 2 chaînes fines, une montre-bracelet et une pièce de monnaie de 2,5 $.