Un anthropologue a photographié des membres d’une tribu de Nouvelle-Guinée qui ne connaissaient pas le miroir et leur a donné les clichés. Lorsque ceux-ci les ont montré a leurs familiers ces derniers ont confirmé qu’ils ressemblaient bien à ce que montraient ces clichés. Le lendemain, ces hommes et femmes sont sortis avec les clichés collés sur leur front.
Epicière
- Il y a vingt-huit ans, me confirme l’épicière, que je suis à ce coin de rue, nous ne vendons plus rien. Heureusement que les clients connaissent mes légumes, les patates tenez, je les fais dans mon jardin, elles n’ont pas ce goût comme dans les supermarchés. Nous sommes allés manger dans l’arrière-boutique de la librairie russe, il y a un restaurant caché là, eh bien ma fille a eu un menu de riz et de poisson pour 2,50 Euros.
Et sans transition:
- Moi, pour ce qui est de mon mari, vous savez, il est tellement jaloux, je le garde que pour ma fille.
Génie de la langue
Chez l’épicière. Elle n’a pas de change sur un billet de 20 Euros. Me laisse seul. Revient bredouille. Ni le voisin, ni la boutique d’habits n’a de change.
- Prenez tout, vous reviendrez payer demain.
- Non, non, je vais vous envoyer les enfants.
Entre alors une vielle dame, une habituée. Elle regarde mon billet de 20 Euros comme si je tenais un lingot d’or dans la main, et paie ses tomates avec du menu fretin.
- Vous comprenez, j’étais à l’église
- Ah, c’et bien ça, il faut sortir.
- Oui, oui.
- Et qu’est-ce que vous êtes venus faire?
- He venido a estar un poco (je suis venu pour être là un peu).
Coifeuse russe
Ma coiffeuse que je prenais pour une Andine est une Russe. Fille sans beauté mais d’une exceptionnelle douceur. Même impassible, elle semble sourire.
- Oh la la, que vous êtes-il arrivé?
- Une chute.
Nous parlons des enfants.
- Je viens ici chaque année à Pâques et s’ils pouvaient faire quelques progrès, cela me ferait plaisir. Quand je pense que je leur donne des leçons depuis qu’ils ont quatre ans!
Je parle de l’Espagnol.
- Moi je ne leur enseigne pas la religion.
Dignité
Au supermarché, ce couple planté devant le frigidaire aux produits laitiers. Lui le cheveu gras, une veste de costume trop grande, les épaules constellée de pellicules, le regard morne, campé dans des mocassins sortis de poubelle; sa femme, vêtue d’une robe élimée qui fut élégante, accrochée au bras de son homme. Ils regardent fixement deux produits: un fromage et une barquette de beurre, soupèsent l’un, soupèsent l’autre. Ils ne peuvent acheter que l’un des deux. Quand on assiste à une telle scène, on sait parfaitement comment ces gens des sphères de la finance méritent d’être traités.
Vendredi saint
Pendant l’heure de la sieste, les garde municipaux se démènent, guident les dépanneuses dans les rues étroites, enlèvent les voitures garées contre les trottoirs sur lesquels les agents ont apposés les autocollants fluorescents avertissant du passage du défilé des confréries. En début de soirée, un grand silence règne sur la ville. Les vieilles dames descendent leurs chaises, les alignent sur la route, là où s’égrènera le défilé et remontent dans les immeubles. Peu avant minuit, l’encens annonce la parution du premier char christique à la hauteur de l’avenue Caballero de Rodas. Nous sommes assis sur la terrasse d’un bar rock, les enfants tiennent ouverts des sachets plastiques dans lesquels les Nazaréens déposent des bonbons.
Vie
Et si la vie nous avait échappé? Idée difficile à exprimer, plutôt un sentiment. Ce n’est pas la première fois qu’il m’assaille. Tout est là. Le paysage, les personnes, leurs conversations, leurs amours, les familles formées et dissoutes, les projets, les faillites, mais tout n’est qu’apparence, il y manque un cœur, il y manque la vie. Notre existence, pour tenter une autre formulation, aurait-elle quitter le domaine de la vie?