Un salaud se tient près de la tombe. Si je bouge ou tente de fuir… Puis je vois que ce n’est pas une tombe mais une simple pierre. Et pourtant, l’homme est là, le salaud, et il menace.
Retour en Espagne.
Monfrère a reçu le détail des étapes pour la traversée des Pyrénées. Kilomètres, nombre de cols, dénivelés. Trois mille mètres positif sur certains tronçons. L’entraînement Krav Maga, course, vélo statique ne suffira pas. Décision est prise de renforcer la préparation. Je trace un parcours de 650 kilomètres sur cinq jours au départ de Madrid. Nous achetons des billets d’avion pour dimanche. Nous roulerons autour de la capitale en passant par Maderuelo, Sasamon, Tordesillas et l’Escorial.
Demi-marathon
Demi-marathon de Courtepin par une chaleur étouffante. Lorsque nous prenons le départ à 10 heures, il fait trente degrés. Je me place derrière le lièvre des 1h40 tout en sachant que je vais le perdre de vue. Sur le premier tiers du parcours, j’accompagne le groupe des 1h45, mais quelques kilomètres avant l’arrivée, je suis distancé par le groupe 1h50, quant à remonter, inutile d’y penser: je ne puis courir plus vite; de plus, contrairement aux années précédentes, je renonce au sprint final. Avant de constater que la frustration est la même pour tous les coureurs: la grille de classement a pris en moyenne 6 minutes par rapport à 2014.
Clefs
Au début de l’année, Aplo perd une des clefs de l’appartement. Une première clef ayant disparue, il en reste donc deux. Or, la semaine, nous sommes trois. Je garde la mienne, Gala et Aplo échangent la leur. Puis Gala, à son habitude, disparaît et les choses s’arrangent. Mais voilà que le mois dernier Aplo va au cinéma et perd la seconde clef . Je m’énerve. Comment est-ce possible? Elle était attachée à une chaîne, il la portait autour du cou! Pendant que jouait le film il l’a posée sur l’accoudoir. Je le renvoie au cinéma. La salle est fermée. Le lendemain, il se précipite. Et revient bredouille. Nous n’avons donc plus qu’une clef. J’appelle la régie. Une dame me rassure: ce que nous avons dit à votre femme lorsqu’elle est venue réclamer des doubles est faux, vous n’aurez pas à remplacer la serrure, nous pouvons faire des copies. D’abord soulagé, je vois ensuite de quoi il en retourne: la régie va me faire payer deux clefs de remplacement puis à terme, mais, précise la dame, au plus tard lors de la remise de l’appartement, il nous faudra tout changer et cela vous coûtera Fr. 450.- N’est-ce pas fantastique? Un gosse père une clef et la régie vous réclame Fr. 450.-? Mais il y a pire. Une autre dame, celle-là pincée, à la limite de l’arrogance, m’explique:
- Si nous commandons des doubles, vous les aurez dans quinze jours, en revanche, pour le changement de serrure, il faut compter un gros mois.
Une semaine passe. Je prends contact avec l’assurance responsabilité civile d’Aplo. Celle-ci annonce qu’elle prendra contact avec la régie. J’appelle la régie. A‑t-elle eu contact avec l’assurance? Non. Quelques jours plus tard, l’assurance appelle: elle n’a pas réussi à joindre la régie. Je m’énerve. La dame de l’assurance précise: nous avons joint la régie, mais elle dit ne pas vous connaître. Au bout du compte, il apparaît que l’assureur a mentionné une autre adresse que mon adresse actuelle. Décidé à en finir, je rappelle la régie.
- Nous sommes dans l’urgence! Un mois, c’est impossible!
De plus, arrivent début juillet six Andalous à qui j’ai prêté l’appartement. Je ne peux tout de même pas leur remettre une seule clef!
La dame de la régie, inflexible:
- C’est comme ça!
- Et d’abord, où est-il écrit que le locataire qui perd une clef doit s’acquitter de la somme que vous exigez!
- Vous avez d’autres questions? demande la dame toujours aussi pincée.
- Non, j’ai trouvé la solution: restez devant le téléphone, je vous rappelle dans trente secondes.
Et je rappelle. Mais la dame a branché le répondeur. J’envoie donc un mail: “je viens de perdre la dernière clef, l’appartement est ouvert et je pars au travail, vous serez tenus responsables de toute vol qui pourrait avoir lieu”.
Là-dessus, je dîne dans un des bons restaurants de la ville avec Monfrère et Aplo. Quand celui-ci part pour l’école, nous allons au stand de tir. Je prépare l’arme quand mon portable sonne. C’est un serrurier. Je le prie d’attendre 15h30, le temps qu’Aplo rentre de l’école. Il lui ouvrira.
- Ah, vous avez tout de même une clef?
- Oui… Je crois.
- Parce qu’autrement, il faut changer tout le plan de fermeture.
- Le quoi? Écoutez, venez à 16heures, pour être sûr.
Aussitôt, je fais un message à Aplo. Puis je le sonne. Il ne répond pas. Je consulte ma montre. Il est sorti de l’école depuis un quart d’heure et toujours rien. Je décommande le serrurier. Monfrère part courir. Je roule en direction de Romont où se tient une conférence sur la culture. Je ne veux pas y aller. Je le dois. En effet, l’un des intervenants est Daniel Rosselat, le maire de Nyon et je veux lui demander d’installer un réseau d’affichage dans ses murs. Trajet en voiture, entre les blés, dans la chaleur. Je me représente ces deux heures de conférence. Cet ennui. De plus, à la fin de la séance des questions, l’orateur sera très sollicité, il me faudra jouer des coudes pour l’atteindre, retenir son attention, lui dire ma phrase. Et Gala qui vient de me quitter. Et cette maudite clef pour laquelle on me demande Fr. 450.- Aplo va m’entendre! J’occupe la dernière place de stationnement libre. La conférence fait le plein. Une hôtesse me remet un autocollant portant mon nom et ma distinction. A coller sur la poitrine. Je me glisse entre les participants, passe devant le buffet, gagne la salle, quand j’aperçois sur la scène un homme: ça doit être lui. Je descends les gradins. C’est bien lui, Daniel Rosselat. Je salue la dame avec qui il s’entretient et lui tourne le dos de façon à ce qu’elle ne puisse plus rien dire. Je pose ma question. Le maire me donne sa carte, je lui donne la mienne. Je ressors, je monte en voiture, je reprends la route. Ravi d’échapper à la conférence. Et de retour dans l’appartement, je vois qu’Aplo n’est toujours pas rentré. Il est six heures quand il apparaît, l’air de rien.
- Donne ton ordinateur! Donne ton téléphone! Confisqués!
Rock
Arrivant hier de l’aéroport Barajas en métro autour de 22 heures, nous descendons à Alonso Martinez et gagnons la Gran Via à pied. Deux punks de soixante ans, cheveux longs et crânes dégarnis, bras et poitrine bariolés de tatouages, les oreilles et le nez percés viennent en sens inverse. Je les désigne à Monfrère.
- Ils ont fini leur journée, ils rentrent.
- Tu les connais?
- Oui.
- Et que font-ils?
- Depuis qu’ils ont arrêté de boire, plus rien.
Tout à l’heure, comme nous cherchons une salle de concert près de la Plaza del sol, nous faisons un détour par la Gran Via. Monfrère me désigne une barrière à la hauteur du passage piéton. Les punks sont là. “Un couple”, dit Monfrère. Costume gris, chemise blanche et mocassins, il s’avance et leur tend la main. Nous parlons de Judas Priest et d’AC/DC qui joue ce soir à guichets fermés au stade Santiago Bernabéu. Après nous avoir indiqué l’adresse de La Boîte, la salle où a lieu notre concert , celui qui porte le collier de chien et dix bagues aux mains nous sermonne:
- Vous verrez, tout va mieux quand on arrête de boire! Nous, avant, on s’entretuait!
Mais la porte de La Boîte est fermée. Pas d’avis d’annulation. Il s’agit d’un concert de Today is the day, le groupe de hardcore texan. Nous allons saluer un ami dans un bar puis achetons une carabine et des jumelles. A 23 heures, la salle est toujours fermée. Nous quittons le quartier lorsqu’un attroupement de jeunes portant des T‑shirt rock attire notre attention. Monfrère se renseigne. Ceux-ci croient qu’il les provoquent et en effet, à en juger par notre habillement, comment se douteraient-ils que nous connaissons les membres du groupe? Ils finissent par désigner un bar: le concert a été déplacé.
- Et comment le sait-on?
- On ne peut pas savoir.
A l’entrée, nous apprenons que Today is the day a annulé. A la place, le groupe de première partie, assurant seul la tournée. Groupe bruyant et médiocre que les Espagnols jugent excellent. Du doom cacophonique. Lorsqu’il joue à domicile dans une maison de quartier ce groupe ne doit pas rameuter plus de dix gosses .
Madrid
Et que fait-on à Madrid? Boire de la bière, commander le menu du jour, visiter des magasins de matériel militaire, des magasins de drapeaux, des magasins de chasse, tenus par des gens que Monfrère appelle par leurs prénoms et à qui il fait cadeau de boîtes de chocolat, rester aussi longtemps que possible sur une terrasse de la rue Marqués de Urquijo à deviser sur les maux de l’Occident, cela, dans un ordre précis comparable à la routine du travailleur, mais une routine choisie, faite uniquement de loisirs, donc en opposition, qui apporte son lot de satisfactions: se réveiller dans une chambre de 32 mètres au cinquième étage de l’hôtel Husa Princesa, prendre un petit-déjeuner composé d’un jus d’orange, d’un café et de pain frotté de tomate et d’huile d’olive dans un bar de la rue Andres Mellado, puis descendre au club de sport Fitness Paradise pour un séance de Pilates suivie d’une séance de vélo statique animée par un professeur, avant de boire l’apéritif, manger, faire la sieste, boire un second apéritif et chercher un restaurant pour le repas du soir.