Barbare



Qu’est-ce qu’un bar­bare ? Un indi­vidu qui en impose par la bêtise et la sim­plic­ité. Il ai ce qu’il est, ne peut ni plus ni moins, et pas autrement. Lorsqu’on amal­game du sim­ple, cela ne fait pas du com­plexe, mais de la force.

Frontière



Passé la fron­tière lao­ti­enne avec un cou­ple d’économistes alle­mands malades. Descen­dus à la gare d’Udon Thani. Sans argent, je glisse ma carte de banque dans une machine, me trompe, me trompe encore, la retire, l’enfile, tape une somme. La machine proteste, digère et s’éteint. Un tuk-tuk nous emmène dans le quarti­er du lac de Nong Khon Kwang qui est aus­si celui de l’hôpital. Nous sommes dimanche. Le marché cou­vert où se restau­re doc­teurs et infir­mières ferme. Attablé avec des chauf­feurs de tuk-tuk qui ava­lent du Whiskie. L’un des hommes demande d’où nous arrivons. Il retire une Léo du frigidaire, nous l’offre.

Bipartisme


Tout état dom­iné par un sys­tème bipar­tite aboutit à la con­fis­ca­tion du pouvoir.

Dialectique négative



A quoi bon voy­ager ? Je ne sais pas. Peut-être faut-il jus­ti­fi­er cette réponse par une rai­son a con­trario. Ce n’est pas ce qu’on trou­ve mais ce que l’on quitte. Ce n’est pas l’ailleurs, mais le refus de l’ici et du main­tenant. Une approche néga­tive comme est néga­tive la dialec­tique d’Adorno lorsque l’histoire, au sor­tir des guer­res, passés les derniers soubre­sauts, ren­con­tre le néant. Comme toute philoso­phie serait en fin de compte néga­tiv­ité, rejet du monde factuel. Le chercheur scrute le vide. Il entrevoit les yeux clos ce qui n’est nulle­ment vis­i­ble et, prob­a­ble­ment, n’existe pas. Il le pense pour que cela advi­enne. Voy­ager, c’est alors apercevoir ce que l’on quitte. Et quoique l’on quitte, dès lors qu’on le quitte, ne serait-ce qu’en fer­mant les yeux, on voy­age. 

Homme



Fon­da­men­tal­iste. Tous comptes faits, le terme me con­vient. Je crois dans l’homme. Son avenir est inscrit dans ses pos­si­bil­ités. Il n’est que de les met­tre en lumière. Mais il y a la société. Com­ment croire dans les hommes ? Dans la société qu’ils organ­isent et con­sen­tent à subir ? En son sein, l’homme est mis à mal. Il se défait, s’étiole, n’est plus que l’ombre de lui-même. Tel est le para­doxe : agir pour la vie, pour l’homme, c’est agir à la fois con­tre la mort et con­tre les hommes. 

Noël



De Noël, j’aime la sym­bol­ique et la fête, l’esprit de famille, l’intimité voulue, entretenue. Je n’écris pas cela pour man­i­fester une sorte de nos­tal­gie entouré que je suis de stu­pas, de mag­a­sins chi­nois et du sapin de guir­lan­des d’un hôtel. Ici, comme ailleurs, la veil­lée témoigne d’une inten­tion de bon­heur qui est au cœur des préoc­cu­pa­tions des hommes. Ain­si, je m’étonne des pro­pos dés­abusés, quand ce n’est hos­tiles, que profèrent con­tre l’esprit de Noël bien des gens de mon entourage, et plus volon­tiers les jeunes que les aînés. Pour ma part, j’ai tou­jours atten­du avec impa­tience le moment des pré­parat­ifs, la déco­ra­tion du sapin, puis le repas, les cadeaux. Enfant bien sûr, mais aujourd’hui encore.

Parking



Vien­tiane — Le soir venu, les moines du tem­ple de Chan­tanaburi louent leurs cours qui se trans­for­ment alors en park­ing. Le pré­posé installe son hamac à l’entrée, banche la musique tech­no et tout en guidant les voitures, joue aux cartes avec ses amis.

Nouvel an



Albi­no, le Sicilien à barbe rousse qui arrive de Bali à vélo m’af­firme qu’après la tra­ver­sée du Mékong à Nong Khai, il tra­versera l’I-san, entr­era en Bir­manie par Mae Sot et remon­tera par la voie ter­restre jusqu’à Man­dalay. L’an dernier, pour avoir cru naïve­ment que l’on cir­cu­lait sans encom­bres dans les cam­pagnes reculées du pays, je me suis retrou­vé à Khi­ang Tung, seul touriste en ville, empêché de pour­suiv­re par la route et poussé dans un avion. Ce 31 décem­bre, pour en avoir le cœur net, je loue un vélo, emprunte les quais de Vien­tiane, longe la Lao-Thai street et frappe à la porte de l’Am­bas­sade de Myan­mar. Où une gen­tille dame me répond : “il est tout à fait pos­si­ble d’en­tr­er dans le pays par le poste-fron­tière de Mae Sot et de se ren­dre à Mawlamyine.”
- Je souhaite me ren­dre à Man­dalay.
La dame déplie une carte. Elle pointe sur la ville de Mawlamyine. Pre­mier con­stat, nous sommes encore loin de Man­dalay.
Je répète ma ques­tion.
- Pour Man­dalay, me répond la dame, cela dépend de la route.
- Je ne com­prends pas.
- Elle est peut-être fer­mée. Per­son­ne ne peut savoir. Pour le savoir, il faut se ren­dre sur place.
- Met­tons qu’elle soit ouverte.
- Dans ce cas, vous pour­rez pren­dre cette route.
Glis­sant son doigt du bas vers le haut de la carte, elle indique la route que je pour­rai emprunter à bord du bus autorisé.
Fort de cette nou­velle, je rejoins Gala, nous fêtons le nou­v­el an et nous met­tons au lit à 22 heures.

Combat

Ecri­t­ure. Bière. Com­bat. Un arti­cle est paru il y a quinze jours dans Le Temps sous la plume d’Is­abel Rüf. Unique écho à la pub­li­ca­tion de ce livre. Et je compte les com­men­taires d’amis. Aucun ne m’est venu à l’or­eille. Voilà une expéri­ence neuve. Ne pas savoir. For­cé­ment, un doute tra­vaille l’e­sprit. Je dis “tra­vaille”, pas “inquiète”. Que l’on me dise:
- Votre truc, c’est…
Les mains croisées sur la poitrine, je dirais:
- Je com­prends.
Et même:
- Je m’excuse.

Lor 2

S’agis­sant de la grotte de Lor, cette expéri­ence , il faut dire que nous aurons fait pour une heure de tra­ver­sée en pirogue, quinze heures de voiture. Et je ne compte pas les embouteil­lages qui nous blo­quent ce soir à l’en­trée de Vien­tiane. Ni le coût du voy­age (l’é­conomie touris­tique du Laos, sur déci­sion du gou­verne­ment j’imag­ine, est un marché très peu libéral). La route, pourquoi pas? Je songeais à l’Eu­rope. Cette diver­sité de paysages épous­tou­flante! Si la log­or­rhée de Ker­ouac est avant tout psy­chologique, religieuse, spécu­la­tive, c’est que les grands ter­ri­toires améri­cains sont monot­o­nes et grands. Ils découra­gent. Ce ne sont pas des paysages fait pour les pein­tres ou les eth­no­logues. Le Sud-est asi­a­tique est à l’op­posé. Exigu, dense, cul­tivé, authen­tique, et donc, comme l’Eu­rope, divers. Mais les routes ne sont pas trib­u­taires de l’his­toire. Elles n’ont pas été romaines, mer­can­tiles, exploratoires ou car­olingi­en­nes. Elles tra­cent au cordeau et agglu­ti­nent une activ­ité typ­ique faite d’ate­liers, d’épiceries, d’ad­min­is­tra­tions, de can­tines et de camps mil­i­taires. Par­courez atten­tive­ment un kilo­mètre de route et vous avez vu tout ce qu’il y a à voir le long des routes bitumées d’Asie.