Individualisme

Quel indi­vid­u­al­isme? Masse, oui! Ces soci­o­logues ont-il jamais lu Debord? Ce qu’ils pren­nent pour de la lib­erté, de l’o­rig­i­nal­ité, ce qu’il pren­nent pour des prérog­a­tives de l’in­di­vidu ne sont que des signes fab­riqués à l’échelle indus­trielle (le spec­ta­cle) et accrochés sur l’in­di­vidu comme des orne­ments sur le sapin de Noël. A la société de l’héritage, ils opposent l’ul­tra-indi­vid­u­al­isme. Mais dans la société de char­p­ente tra­di­tion­nelle, ancrée dans un ter­ri­toire, organ­isée autour du père et pérenne par le nom, l’in­di­vidu, parce qu’il est con­traint et pour autant qu’il en ait force, résiste et se con­stitue orig­i­nale­ment. Cette créa­tion de moyens pro­pres chez les meilleurs débouche à l’oc­ca­sion sur de vraies per­son­nal­ités, des fig­ures émi­nentes, pre­scrip­tri­ces d’idées, de com­porte­ment, de pro­jets. A con­trario, cet hyper­indi­vid­u­a­tion dont se pré­va­lent les soci­o­logues est en trompe l’œil.

Sion 2

Quit­tant la rue du Grand-Pont dans le vieux quarti­er de Sion, je remonte la rue de la Mar­jorie. Ces vingt dernières années, je suis venue des cen­taines de fois dis­tribuer des fly­ers et coller des affich­es dans la ville, mais parce que le temps c’est de l’ar­gent, je courais tel un dératé, n’empruntant qu’un réseau de rues com­mu­ni­quantes, évi­tant tout écart qui m’eut retardé. Ain­si n’ai-je jamais vu ce tun­nel sous la mon­tagne qui s’ou­vre en haut de la rue Mar­jorie. Je me retrou­ve rue des Châteaux, face au musée du Valais. Plce éton­nante, intem­porelle, figée dans le gran­it. Les nuages épais qui nav­iguent dans le ciel don­nent au lieu un aspect dra­ma­tique. Dans mon dos, une mai­son de base car­rée sur­mon­tée au dernier étage d’un bois décoré. Une musique joue der­rière un volet. Où que je porte mon regard, je trou­ve de l’an­cien, du vieux, de la pierre, du ciel, du silence. Cette place n’est pas une lieu de pro­duc­tion mais un lieu de vie, et, par la forme tranchée des pans de roc qui enfer­ment les quelques con­struc­tions, un lieu axi­al, enté sur le ciel. Grand bon­heur de se trou­ver là, à l’é­cart du fleuve du temps.

Changement

Que sig­ni­fie ce refus de chang­er une fois que le change­ment est advenu et non-réversible?  Que les choses qui ont été, jamais ne rede­vi­en­nent ce qu’elles furent, je le sais: aus­si ne s’ag­it-il pas de nos­tal­gie. Et d’ailleurs, même si cela se pou­vait, j’ig­nore quelle époque con­nue j’isol­erai pour la mon­ter aux nues. Non, c’est autre chose, de plus  per­ni­cieux: le refus de se laiss­er entraîn­er dans une direc­tion qui ne val­orise du passé que les élé­ments médiocres. Un refus de par­ticiper à un raison­nement faux débouchant sur un avenir truqué. Car c’est bien d’une erreur de logique dont il est ques­tion. Com­ment un passé aus­si riche et promet­teur peut-il don­ner lieu à un présent terne et machinique, et cela sans sus­citer dans l’homme une mou­ve­ment de révolte? C’est comme si les prémiss­es d’Aris­tote, posées en bon ordre, aboutis­saient en fin de démon­stra­tion à une con­clu­sion plaquée.

Téléphone

Le télé­phone portable per­met de s’isol­er de la foule donc de la sup­port­er. Rien ne s’op­posant plus au fait de faire foule, le foule augmente.

Architecture des fous 2

Par­cours inédit de ces dérangés dont le musée d’Art Brut expose les oeu­vres. Untel, orphe­lin, jar­dinier puis maçon, père de famille puis vagabond, se réfugie dans le mutisme. Pen­dant trente ans, il ne prononce plus un mot. Absent au monde, vis­ité par des émi­nences obscures et tran­scen­dantes, il crée jour après jour sous la dic­tée de forces spirites.

Décourager

Luv me dit que ses pro­fesseurs d’é­cole entre­pren­nent l’an­née durant de la décourager. Plutôt que de la ser­mon­ner lorsqu’elle reçoit une mau­vaise note et de lui indi­quer la bonne manière de tra­vailler, ils font val­oir qu’avec de telles notes jamais elle ne pour­ra accéder aux études sec­ondaires. Con­sciente ou non, cette façon de s’as­sur­er que seul un nom­bre restreint d’élèves attein­dront le bac­calau­réat cor­re­spond à des direc­tives économiques étab­lis­sant le néces­sité de dis­pos­er d’une part d’élèves dotés d’un savoir pra­tique lié à un méti­er, d’autre part d’une masse d’élèves sans qual­i­fi­ca­tions qui seront posi­tion­nés en fonc­tion de la con­jonc­ture. La cul­ture générale n’ayant qu’une util­ité somp­tu­aire qui coûte plus à l’État qu’elle ne rap­porte, le nom­bre d’élus doit être réduit au maximum.

Sion

A Sion pour dis­tribuer des fly­ers. Arrivé par le train, je gagne le vieux quarti­er et la rue du Grand-Pont. L’am­biance est étrange, trop calme. Est-ce que je me trompe? Serait-ce un jour férié? Non pour­tant, nous sommes lun­di. J’ap­puie ma tête con­tre la vit­re d’une bou­tique de mode. La vendeuse est là, en attente. Plus loin, un marc­hand de salles de bains: il est assis à son bureau, il con­sulte son télé­phone. Je jette un œil à la rue. Une dame s’y promène. Nous sommes donc deux. Il y a vingt ans, lorsque j’al­lais tra­vailler un mois à Ver­banne, dans le mag­a­sin de luxe de Mon­a­mi, je me sou­viens avoir ressen­ti la même chose: quelqu’un va–il venir? Mes fly­ers à la main, je cherche les adress­es dont le client a demandé le ser­vice, des galeries d’art. Les trois pre­mières sont fer­mées. Dans la vit­rine de la qua­trième, on lit au-dessus d’un numéro de télé­phone: “appelez-moi, j’ar­rive en 5 minutes”.

Barbie

Comme je fais remar­quer l’op­por­tunisme idéoloique des fab­ri­cants de la poupée Bar­bie lesquels vien­nent d’in­tro­duire des fig­ures de femmes laides, petites, obès­es et grandes, Aplo remar­que avec per­ti­nence:
- La Bar­bie n’é­tait pas belle, elle était parfaite.

Amour

Au lieu d’écrire “l’amour, je n’ai pas de solu­tions de ce domaine qui n’en a pas”, l’au­teur pro­duit trois cent pages d’analyse.

Architecture des fous

Pas­sion­nante expo­si­tion au musée d’Art Brut de Lau­sanne sur les fous et l’ar­chi­tec­ture. De fait, il s ‘agit plutôt de maisons, d’im­meubles et de cabanes dess­inés de face, de haut, de loin, de près, bâti­ments conçus par addi­tion, telles des sculp­tures du fac­teur Cheval, plutôt que par cal­cul, sauf pour cet artiste qui, avec la rigueur du chef d’en­tre­prise sol­lic­ité par un client for­tuné, donne à son tra­vail ce titre fab­uleux: “plan et devis d’ar­chi­tec­ture sidérale agraire”.