Changement

Quand on craint le change­ment, c’est qu’il a déjà eu lieu.

Proximité

Pen­dant mes études à l’U­ni­ver­sité de Genève, j’habitais si près du parc des Bas­tions que j’at­tendais de voir le pro­fesseur pass­er devant ma porte. Avant de rejoin­dre la classe de sémi­naire, j’avais encore le temps de me bross­er les dents. A Fri­bourg il y a peu, j’avais vue sur l’am­phithéâtre de Mis­éri­corde, ce qui me per­me­t­tait de quit­ter mon bureau quelques min­utes avant le début du cours. Ce matin, ma cham­bre d’hô­tel donne sur la piste de l’aéro­port de Lon­dres-Southend. J’at­tends l’avion qui va m’emmener à Caen. Pour la troisième fois, je viens de me laiss­er pren­dre par le radar : ses cap­teurs tour­nent dans l’an­gle de ma fenêtre. A con­trario, quand les enfants fréquen­taient la pri­maire, nous habi­tions à 63 kilo­mètres de l’école…

Miniatures

Dans l’avion pour Lon­dres, comme les hôt­esses passent avec le char­i­ot des pro­duits, nos­tal­gie de cette époque où l’on pou­vait acheter aux enfants un avion minia­ture ou un ours en peluche; l’é­ton­nement que je leur sup­po­sais à con­stater que l’on pou­vait acheter à bord d’un avion un ours ou un avion jus­ti­fi­ait large­ment le prix exor­bi­tant que je déboursais.

Elevage et agriculture

Le stade dernier du cap­i­tal­isme con­sis­tera à mécan­is­er l’homme pour induire de la crois­sance économique. Il cessera d’être ce qu’il est pour devenir grossière­ment ce qu’il n’est pas. La dif­férence entre la machine et l’homme plaidera con­tre l’homme. Son inadap­ta­tion sera alors liq­uidée pour résoudre l’équa­tion. Est venu le moment de retourn­er à l’él­e­vage et à l’a­gri­cul­ture de survie.

Chez soi

Comme l’autre quit­tait en titubant le ter­rain vague, il cria:
- Ferme la porte!

Montherlant

Quand on sait, peut-on être heureux? Est-on heureux quand on ignore? Aucune de ces ques­tions n’a de sens, la sit­u­a­tion qui amène à pos­er ou à ne pas pos­er ces ques­tions étant irrévo­ca­ble. Pour sor­tir de l’im­passe, il faut s’at­tach­er à résoudre ce prob­lème: qu’est-ce qu’être heureux? Avec pour con­séquence vraisem­blable un dur­cisse­ment du dilemme auquel con­duit a réflex­ion: soit, d’une part un savoir accru et un esprit sans cesse occupé de cet accroisse­ment, dans quel cas la ques­tion du bon­heur devient nég­lige­able et pré­vaut la pas­sion intel­lectuelle, soit d’autre part le renon­ce­ment au savoir, l’ig­no­rance volon­taire (qui n’est pas l’ig­no­rance naturelle). Pour moi, je ne tiens pas en grande estime la recherche de l’a­gréable et du con­fort, ces com­posantes uni­verselles du bon­heur, ni de la recon­nais­sance au-delà du néces­saire, ni des hon­neurs ou des acquis matériels, proche peut-être d’une fig­ure morale de la lit­téra­ture, Hen­ri de Mon­ther­lant, dont on a vite résumé le tal­ent à ces suc­cès de vente que sont Les jeunes filles, sans relever ce qu’il y eut d’héroïsme stoïque dans la con­duite sociale.

Terrasse avec vue

Gala se plaint que le com­bat  mod­i­fie ma vision du monde. De fait, il faut invers­er, c’est le sen­ti­ment dés­abusé devant le lax­isme général qui enjoint de se pré­par­er au com­bat. Si la plainte de Gala est fondée, je m’en réjouis. Celle-ci me revient en mémoire à l’in­stant car je me suis instal­lé sur la ter­rasse de mon restau­rant favori, le San­ta Gema. Sept tables sont disponibles, trois sous le cagnard. Il en reste qua­tre. Deux sont occupées. Il en reste deux. Je choi­sis la moins exposée aux pas­sages, une table car­rée de qua­tre chais­es. Je m’as­sois sans réfléchir et con­state qu’en effet le com­bat mod­i­fie ma vision du monde. J’ai pris place sur la seule chaise d’où le regard embrasse l’ensem­ble de la sit­u­a­tion et qui, sans être dos au mur, est pro­tégée par le mur d’en­ceinte de la ter­rasse — toutes les autres s’ac­com­pa­g­naient d’an­gles invisibles.

Mondialisation

Et si, dans la recherche psy­chologique, on com­para­ît l’ex­péri­ence d’ex­plo­ration de l’en­fant pour lequel l’ap­parte­ment est un monde à celle du mon­di­al­isa­teur pour lequel le monde est un appartement?

Moutons

Sont apparues sur mon toit, au bout des plants en pots, les pre­mières tomates. Elles ont la taille de billes. En mars, c’é­taient des graines ensachées. Au XVII ème siè­cle, quand l’or des Espag­nols entre en Angleterre, les paysans sont chas­sés vers les villes et rem­placées par des mou­tons. Dans leur mal­heur, ils décou­vrent que le salaire que leur verse les maîtres des fila­tures per­me­t­tent d’a­cheter les légumes qu’ils pro­dui­saient dans leurs fer­mes. Avec la cul­ture à domi­cile, la boucle est bouclée. Sym­bol­ique­ment… en atten­dant qu’elle devi­enne réelle, au prix de grandes faims.

Rencontres littéraires

Quand les ques­tions sont des répons­es: nous aime­ri­ons vous enten­dre sur tel sujet, dis­ent les organ­isa­teurs des ren­con­tres lit­téraires. Or, il se trou­ve que mon livre n’abor­de pas ou du moins pas de cette manière le sujet demandé.