Democratie 3

Toute per­son­ne hon­nête devrait ban­nir de son lan­gage le mot “démoc­ra­tie”. Chaque fois qu’il est pronon­cé ce mot con­tribue à l’ef­fi­cac­ité des manœu­vres con­duites au nom de la démocratie. 

Démocratie 2

Les films d’au­jour­d’hui présen­tent des lende­mains mil­i­tarisés qui ren­dent accept­a­bles nos aujour­d’hui mil­i­tarisés. Or, il suf­fit de regarder des films d’hi­er, pour s’apercevoir de ce qu’é­tait la vie avant la militarisation. 

Logique floue

Ne nous moquons pas des choses sérieuses, par exem­ple des erreurs de raison­nement et des illu­sions cog­ni­tives. Soit la ques­tion: y a‑t-il dans le raison­nement humain saisi au niveau psy­chologique un équiv­a­lent fonc­tion­nel de cette heuris­tique formelle que l’on nomme « logique naturelle » ? Et l’ex­péri­ence: inter­rogés sur les prob­a­bil­ités com­parées pour qu’une femme ayant fait des études poussées pen­dant les années 1960 se retrou­ve employée de banque ou bien employée de banque, syn­di­cal­iste et fémin­iste, beau­coup de sujets estimeront la sec­onde hypothèse plus probable.

Bière

Cette bière espag­nole est empoi­son­née! Plate, gazeuse, désaltérante, sans goût et mal brassée. Il faudrait boire raisonnable­ment. Elle est conçue pour cela: sur la plage, à midi, au soleil, et le soir, au soleil tou­jours, pour l’apéri­tif, on boit un verre, deux au plus. Hélas, ma pra­tique est ger­manique: j’en­gloutis trois ou qua­tre litres dans la journée. Le résul­tat ne se fait pas atten­dre: mal de tête, cauchemars, insom­nies, cour­ba­tures. Je change de mar­que, j’es­saie une blonde d’im­por­ta­tion: rien n’y fait, même flotte. Ce qui tendrait à con­firmer le diag­nos­tique que je fais dans Ecri­t­ure. Bière. Com­bat. L’E­tat con­trôle, fre­late et aplatit pour éviter que le peu­ple ne verse dans l’ivrogner­ie. La véri­ta­ble ques­tion étant: les critères de manip­u­la­tion des alcools seraient-ils de moins en moins tolérants? Car enfin, cet été en Écosse, quel que soit le pub que je fréquen­tais, j’avais l’im­pres­sion de boire de l’eau. Or, que je me sou­vi­enne, dans le Lon­dres des années 1980, il n’en allait pas ain­si — et je ne con­fonds pas avec les bières arti­sanales. En matière d’al­cool, le seul pays récem­ment vis­ité qui ne ressem­blait pas à un parc à thèmes pour adultes infan­til­isés, était l’Alle­magne. A Munich, j’ai bu de la vraie bière, qui sent, pèse, saoule et endort. Si l’on doit cette réus­site à la loi de pureté alle­mande que l’on s’empresse de l’im­pos­er sur tout le continent!

Abandon

De mon toit, j’aperçois un morceau de ter­rasse. Les stores de la pièce qui don­nent sur la ter­rasse sont bais­sés. Dans les pots, les plantes ont séché. Con­tre la ram­barde, une mai­son d’en­fant en plas­tique. Plus loin, un bal­lon dégon­flé. L’en­droit est con­damné. Vis­i­ble­ment, la voi­sine n’y vient jamais. J’ap­prends que son fils de deux ans, un jour qu’il ren­trait de l’é­cole s’est plaint d’une douleur au cou. Il est mort quelques mois plus tard.

Coupure d’électricité 2

Au bout d’une heure, l’élec­tric­ité revient. Les familles sor­tent sur le bal­cons et applaudissent.

Coupure d’électricité

Hier à vingt-deux heures, coupure d’élec­tric­ité. Cinquante foy­ers plongés dans le noir. Une bougie s’al­lume, un homme sort sur le bal­con. Puis les enfants se met­tent à rire: ils ont quit­té les écrans des yeux et décou­vert qu’il y avait un monde autour d’eux.

Démocratie

Pour qu’il y ait démoc­ra­tie, il faut un rap­port con­tractuel entre les indi­vidus garan­ti par un pou­voir représen­tatif. Ce qui requiert une morale (cha­cun doit com­pren­dre son intérêt à respecter le con­trat), une jus­tice (qui impose cette com­préhen­sion lorsqu’elle n’est pas spon­tanée), des représen­tants élus. La morale est alors la cau­tion de la jus­tice et la représen­ta­tiv­ité des déposi­taires de la jus­tice (au sens large), la garantie de la péren­nité du con­trat. Où l’on voit qu’au­cun des pays européens ne relève plus de la démoc­ra­tie. D’abord, la morale n’est plus uni­verselle, mais com­mu­nau­taire et caté­gorielle. Ensuite, la jus­tice n’est plus une mais mul­ti­ple: inter­prétée de manière dif­férente (voire opposée) selon que que jus­ti­cia­ble est un politi­cien, un ouvri­er ou un immi­gré. Enfin la représen­ta­tiv­ité est formelle; dans le cadre démoc­ra­tique des élec­tions, la lib­erté est entravée; à niveau inter­na­tion­al, les instances gou­ver­nantes ne relèvent plus de l’élec­tion. Dans ces con­di­tions, le main­tien d’une jus­tice (tou­jours au sens large d’organisation juste de la col­lec­tiv­ité) de type démoc­ra­tique implique un recours crois­sant à l’ar­bi­traire, de sorte que l’on agi­ra de plus en plus au nom de la démoc­ra­tie pour servir des intérêts extra-démocratiques.

Naïfs

Per­son­nes naïves qui pren­nent la gen­til­lesse pour de la naïveté et la naïveté pour de la bêtise.

Ecriture d’un essai

Écrire un essai oblige à don­ner une forme didac­tique à ses idées. Pour attein­dre une cer­taine clarté dans l’ex­posé du pro­pos, les argu­ments doivent répon­dre à des critères de logique. Ain­si, les idées qui ont motivé l’écri­t­ure de l’es­sai, et que j’avais pour cer­taines en mémoire depuis vingt ans, entrent dans des agence­ments com­plex­es. Ces agence­ments ren­for­cent à leur tour l’idée en prou­vant qu’elle est défend­able par les moyens de la rai­son et ne se lim­ite pas à une intu­ition. Avec pour effet une auto-intox­i­ca­tion: à mesure que l’ex­posé prend forme, l’au­teur se con­va­inc du bien-fondé de sa posi­tion et en tire les forces néces­saires pour opér­er, con­for­mé­ment à cette con­vic­tion, les réduc­tions qui garan­tiront la plas­tic­ité générale du pro­pos. Or, l’une des cri­tiques que je for­mule dans l’es­sai (à l’é­gard des approches mod­élisatri­ces dans les sci­ences cog­ni­tives), est pré­cisé­ment celle-ci, d’où un para­doxe: je dénonce par une erreur vraisem­blable en com­met­tant la même erreur.