Information

Ne jamais oubli­er d’a­jouter son lot de men­songes à la vérité lorsqu’on informe ceux qui infor­ment le public.

Lendemain

Il ne ces­sait de s’in­ter­roger sur ce qu’il ne ferait pas le lendemain.

Promotion d’un livre 2

En fin de compte, j’ar­rive à Morges avec une heure d’a­vance. Pour les livres à la vente, je ne sais pas. Les organ­isa­teurs de la con­férence n’ont pas répon­du. Mieux, ils n’ont pas com­pris la ques­tions. Leur mes­sage est: “oui, bien sûr”. Avant de rejoin­dre l’hô­tel, je passe à la librairie que dirige Syl­viane Friederich. Treize heures trente, je trou­ve la porte fer­mée. Je me dirige vers l’hô­tel. La récep­tion­niste du Savoy ne trou­ve pas ma réser­va­tion. La façade que j’ai iden­ti­fiée sur la page inter­net est celle d’un autre hôtel, la Nou­velle couronne. J’y pose ma valise. Gala me rejoint. Dix min­utes avant le début de la con­férence, nous par­tons en direc­tion de la salle. Le Gre­nier bernois. Gala demande notre chemin à un relieur instal­lé rue Louis-de-Savoie. Il nous envoie en direc­tion de Prév­erenges. Nous revenons vers le port par le Casi­no. Une fois de plus, je suis sur le point de renon­cer lorsque j’aperçois un homme grand et plat devant un bâti­ment ancien. Inqui­et, il fouille la ruelle du regard. Je passe à devant lui: “vous atten­dez quelqu’un?” Un ascenseur nous amène dans une mansarde. Trente per­son­nes patien­tent sur des chais­es pli­ables. Je par­le une heure. Après les remer­ciements, et quelques échanges sym­pa­thiques, Gala annonce que nous ren­trons à l’hô­tel.
-Un hôtel? Vrai­ment?
-Mais oui, nous arrivons d’Es­pagne.
L’or­gan­isa­teur a cru que je plaisan­tais lorsque je fai­sais allu­sion dans un mail aux bil­lets d’avion. 

Conversation rêvée

Cette nuit, je me tourne vers Gala qui dort. Je lui explique alors, tout en dor­mant moi-même, que notre con­ver­sa­tion est rêvée, que nous rêvons tous deux mais que cela ne nous empêche pas de parler.

Pluies

Deux jours de pluies bat­tantes. Les pre­mières depuis mars. Plus de voitures dans les rues, la pop­u­la­tion a fon­du de moitié. Où est-elle?

Ecoute

Avec un peu d’ex­péri­ence, il est facile de ne pas écouter l’in­ter­locu­teur tout en le lais­sant croire qu’on l’en­tend. Et cela, même dans une langue étrangère. Maîtris­er le rythme de la parole et sup­put­er le sens des paus­es y suf­fit. Dans cet art, Mon­père était passé maître. Il était diplo­mate. L’une des sagess­es du méti­er est de savoir écouter. La per­ver­sion de cette sagesse est de pré­ten­dre le faire. Mon­père n’é­coutait pas. Par des signes de tête, un mot par­fois ou une brève réplique, il témoignait de son atten­tion. Et au cas où l’autre décou­vrait sa duplic­ité, qu’im­porte? La dis­cus­sion finie, cet inter­locu­teur s’é­clipserait pour ne jamais reparaître. Mais à la fin, c’est l’al­lé­gorie de l’ar­roseur arrosé. Sous le coup de l’habi­tude, Mon­père éprou­vait de la dif­fi­culté à écouter l’autre, qu’il lui soit proche ou indifférent.

Croisière

-Et dites-moi mon amie, quelle est le pro­gramme de cette croisière?
-D’une var­iété! Il y aura même un naufrage!

Force

La force des textes, la pos­si­bil­ité de traduire en textes une force tient aus­si à la prox­im­ité de la fin. Une con­science spé­ciale s’in­stalle. Elle compte le temps. Stig Dager­man ou Paul Nizan sont de ces auteurs dont le génie est talon­né par la mort.

Clochards au village

Après huit mois passés au vil­lage, je con­nais chaque clochard. Ramon a la tête bour­souf­flée d’un cra­paud. Il porte des lunettes épaiss­es à mon­ture car­rée. Il mendie penché. Son corps sem­ble fait de deux moitiés. Quand ses talons touchent le mur d’ap­pui, le buste est d’é­querre. Le teint de peau est cramoisi. Il a un air de grand brûlé. C’est une mal­adie. Il pose au sol une cas­quette, remer­cie sans regarder ce qu’on y jette. Il salue le badaud. Sa rési­dence est sous un pili­er de la A7. C’est une sorte de cham­bre en car­ton que le vent fait trem­bler. Il a soix­ante ans et tra­vail­lait comme métal­lur­giste.
Pedro, lui, vient à vélo des quartiers pop­u­laires du Nord. Sa famille croit qu’il a un emploi chez un pêcheur du vil­lage. Il roule ses vingt-cinq kilo­mètres par jour pour allumer un poste de radio devant le super­marché. Con­tre les sous dont les vil­la­geois lui font l’aumône, il dif­fuse de la musique. L’ap­pareil est cassé, il hurle. Pedro a les cheveux gras et longs, il est plus mai­gre qu’un manche à bal­ai. Sa spé­cial­ité est le gar­di­en­nage des chiens de ces dames. Plutôt que de les attach­er au dis­trib­u­teur de cad­dies, elles les lui con­fie. Déter­miné à faire de son mieux, il les caresse avec énergie pour éviter qu’ils n’aboient. Lorsqu’il en a trois entre les jambes, il leur par­le sans dis­con­tin­uer afin de ne pas fail­lir dans sa mis­sion. Ensem­ble, nous cau­sons vélo élec­trique. Il col­lec­tionne des pièces de moteur épars­es con­va­in­cu à terme de les assem­bler pour équiper son vélo. Trou­vé dans une poubelle, celui est frag­ile. Dernière­ment, il m’a mon­tré une cour­roie d’en­traîne­ment. Il en était fier.
La mémère — j’ig­nore son nom — est aphone. Elle tire une valise d’en­fants Win­nie l’Our­son. Une rib­am­belle de sachets crasseux sont accrochés à l’ar­ma­ture. Jamais je ne l’ai vue mendi­er. Il m’ar­rive de la crois­er dans les rayons du super­marché. Son vis­age est bur­iné, ses cheveux de paille. Elle ne pèse pas quar­ante kilos. Elle porte des chaus­sures d’homme qui ressem­blent à des palmes. Hier, je descends au vil­lage sous une pluie bat­tante. Instal­lée dans le ren­fon­ce­ment d’une porte, elle buvait une canette de bière en regar­dant fix­e­ment le park­ing.
Le long de la rue prin­ci­pale, il y a le fou. Assis sur le muret de la boulan­gerie, il passe la mat­inée à pli­er en cinq, dans le sens de la longueur, des feuilles de papi­er cou­vertes d’écri­t­ure qu’il arrache dans un cahi­er d’é­cole; le reste de la mat­inée, il les déplie, les con­sulte, réfléchis, puis, selon, les jette dans la benne ou les classent.
Enfin, il y le groupe des ivrognes. Ils occu­pent un banc proche du parvis de l’église. Vêtus de train­ings, ils passent inaperçus. Il sont jeunes, dans les trente ans. Et usés. Ils se repassent des bouteilles à longueur de journée. Si l’ar­gent man­quent, l’un d’en­tre eux endosse un gilet de sec­ours orange et se poste au cen­tre du park­ing. Il fait alors devant les voitures des gestes vagues et pour prix de son aide au sta­tion­nement, tend la main devant la portière.

Féministes

Après avoir dévir­il­isé les hommes au moyen du fémin­isme faute de savoir être femmes, les voici qui sou­ti­en­nent avec la même fer­veur l’im­por­ta­tion de mâles aux moeurs archaïques et aux com­porte­ments simiesques.