Metallica 3

Au 482ème jour d’en­reg­istrement de l’al­bum Some Kind Of Mon­ster, le psy­ch­an­a­lyste pro­pose une vari­ante pour le titre I destroyed:
-Et si vous appeliez ça, I killed?

Metallica 2

Le chanteur James Het­field, à la veille d’une hos­pi­tal­i­sa­tion de six mois pour alcoolisme, dis­ant à Lars Ulrich, pili­er du groupe: “Je n’ai pas de plaisir à être avec toi dans cette pièce, je n’ai plus de plaisir à jouer avec toi, peut-être que c’est de moi que je suis déçu”.

Metallica

Pas­sion­nant ce film de 2004 sur Metal­li­ca, Some Kind Of Mon­ster. Réu­ni dans un entre­pôt cal­i­fornien après vingt ans de car­rière et nonante mil­lions d’al­bums ven­dus, le groupe engage un psy­ch­an­a­lyste pour régler les con­flits qui opposent ses mem­bres. Dans Huis-clos, Sarte n’of­fre qu’une ver­sion toute idéale de l’en­fer dans lequel dégénère les ami­tiés de sym­biose. Or, il n’y a pas de milieu plus tra­vail­lé par les con­tra­dic­tions intimes, l’é­go­tisme et la folie que celui du rock. A quoi s’a­joute les drogues, l’al­cool, l’ar­gent, la vieil­lesse. Les débats autour du canapé pren­nent des pro­por­tions sur­réal­istes. Le pro­fes­sion­nel de l’e­sprit, bien­tôt dépassé, bal­bu­tie. Atmo­sphère qui devient comique lorsqu’on la met en rela­tion avec l’en­reg­istrement d’un album de heavy-métal, ce que fait ce long-métrage de deux heures. Dans les années 2000, j’avais traduit pour Ker­rang, une biogra­phie alors com­plète des Sué­dois: elle comp­tait quelque vingt pages dans le for­mat du mag­a­zine, mais l’é­conomie impo­sait de tra­vailler sur le cumul de dates et les anec­dotes, plutôt que sur la nature pro­fonde des mem­bres, ce mélange d’an­i­mal­ité, de bêtise et de génie. Il est dif­fi­cile pour quelqu’un qui n’a jamais frayé avec le milieu rock de se représen­ter com­bi­en l’ami­tié qui fait le tal­ent unique d’un groupe est à la mer­ci inces­sante des dis­sen­sions intérieures.

Pari

Le pari est lancé. Avec un enjeu: nous. Les ter­mes du pari sont: le peu­ple, par­tielle­ment ou totale­ment (dans quel cas il sera recréé après dévas­ta­tion), peut-être sac­ri­fié, il y aura tou­jours assez de con­som­ma­tion pour détourn­er une plus-val­ue. Motif de ce cal­cul con­fi­ant: les tech­niques de cap­tiv­ité com­mer­ciale pro­gressent de manière inverse­ment pro­por­tion­nelle aux principes d’or­gan­i­sa­tion de la lib­erté. Reste une ques­tion. Qui lance le pari? A cha­cun sa réponse. Il y en a qui sont meilleures que d’autres.

Poussière

Occupé à mon­ter des meubles en pous­sière de bois. Je me sou­viens. La pre­mière fois que j’ai vu ce type de meubles, c’é­tait chez l’écrivain O.T, à Genève, la veille d’une exa­m­en de philoso­phie. Il m’avait demandé son aide. Nous avons démon­té une pen­derie dans sa cham­bre à couch­er. Je n’en reve­nais pas: c’é­tait donc ain­si. Des vis de métal blanc dans des écrous de pas­tique, le tout livrant sa quan­tité de sci­ure lors du retrait! La scène se déroule dans les années 1990. A l’époque j’avais tou­jours vécu chez mes par­ents, et donc porté des meubles de bro­can­teur et d’an­ti­quaire d’un poids phénomé­nal. Plus tard, quand je me suis instal­lé à Gim­brède, j’ai juré qu’il n’en­tr­erait dans la mai­son ni plas­tiques ni pan­neaux d’ag­gloméré. J’ai tenu. Ces jours, devant la mer, je monte des chais­es, un bureau, une table de salle à manger com­mandés sur inter­net. Cela prend des heures. Rien que pour la table, vingt pages de manuel. Rien de mieux que cet exer­ci­ce pour mesur­er l’hu­mil­i­a­tion à laque­lle nous con­damne la société surindus­trielle. Dégoûté, je promet­tais hier à Gala: “dans la mai­son d’A­grabue, il n’en­tr­era ni plas­tique ni aggloméré!”

Rêves

Ce matin, trois rêves. Après cha­cun, je me réveille, je véri­fie l’heure qui se détache en chiffres rouges con­tre la pla­fond. J’ai dor­mi six min­utes, qua­tre min­utes et cinq min­utes. Dans ces laps de temps, des événe­ment rêvés allant de plusieurs heures à plusieurs jours.

Knut

“L’oc­ca­sion me serait belle, ici, de m’ex­primer sur l’inc­inéra­tion en général. J’ai des livres, oh! j’au­rais pu faire le malin et trou­ver beau­coup de choses sur l’inc­inéra­tion dans mes livres. Pourquoi ne le fais-je pas? Pour la rai­son que je ne peux pas met­tre la main sur mes livres. Je les ai à portée de la main, mais je ne peux pas les attein­dre, ils sont dans leur pro­pre mai­son, de l’autre côté de la colline, et la neige et l’hiv­er ren­dent le chemin imprat­i­ca­ble jusque là. Quelle vie!“
Ce superbe pas­sage des con­fes­sions de Knut Ham­sun liées à son procès après-guerre inti­t­ulé “Sur les sen­tiers où l’herbe repousse”, quel morceau de littérature!

Etat des lieux

Ramon récupère les clefs de son apparte­ment. Barbe claire, chemise lignée, pan­talons à plis et mocassins, il porte le cos­tume du retraité qui a fait car­rière et mérite le respect de la société. Il ouvre son dossier, pose une feuille de papi­er quadrillé sur la table de verre, déca­pu­chonne son sty­lo. Il n’y a pas d’é­tat des lieux, pas de liste des meubles, juste de la vais­selle, des draps, des bibelots en vrac. Gala et moi avons net­toyé comme des Suiss­es (autre­fois, les Suiss­es agis­saient avec métic­u­losité), l’ap­parte­ment est impec­ca­ble. Il en fait le tour, pointe sur les têtes de lit vertes, bleues, dorées, sur une applique, une coupe à fruits, con­state que j’ai rem­placé mes sup­ports de douche métalliques, à peu près sobres, par les siens, des nœuds papil­lons en faux cuiv­re.
- Tu as les modes d’emplois des machines?
Que je me sou­vi­enne, je ne les ai jamais tenu en main. Mir­a­cle: j’ou­vre une armoire, ils y sont. Ramon se promène dans les pièces. Il est épaté. Jamais le loge­ment ne faut aus­si net. Nous avons peaufiné. Même les vingt natures mortes chi­nois­es, dont une à dou­ble, broc d’eau avec cit­rons, sont accrochées au mur. Puis il pointe sur un bougeoir de château en laiton à branch­es mul­ti­ples que j’ai recalé sur le bal­con.
- Et les bou­gies?
Ce sont de grosse bou­gies rouges, à demi-coulées.
- Oui, je les ai vu quelque part.
- Peu importe.
Car en fait, il n’en a cure. Il par­court une liste fic­tive, comme s’il visait réelle­ment l’ensem­ble des pro­priétés liées à l’ap­parte­ment. De fait, il ne sait pas ce qu’il con­tient. Dès mon entrée, il avait mis les choses au clair:
“Là, il y a des bouteilles, du vin et des alcools, tu peux les boires; ça, c’est peut-être utile? Et un fer à repass­er? Ah, regarde, il faut que je te mon­tre, ces assi­ettes sont pra­tiques…”.
Main­tenant, nous mon­tons sur le toit. Les chiens du voisin se jet­tent con­tre la treille de sépa­ra­tion.
- Les chiens, fait Ramon.
En effet, j’ai insisté. Comme il me demandait pourquoi je par­tais, j’ai répon­du: “les chiens, insup­port­a­bles!” D’ailleurs, je n’ai pas men­ti, et si, même après mon départ, pour le principe, on pou­vait les pass­er à la moulinette, je n’y ver­rais pas d’in­con­vénient.
Pour finir, Ramon me demande la clef de la piscine. Je lui tends la clef de la piste de pad­dle. Il me remer­cie.
-Bon, eh bien voilà, je te tiens au courant, moi je vais rester un peu. 

Triptyque

Dernières cor­rec­tions apportées au Trip­tyque de la peur. Plus je relis, plus je trou­ve cela lis­i­ble. Pour un texte dif­fi­cile, veux-je dire. Fly­nn Maria Bergman a dess­iné le titre en car­ac­tères trem­blés et super­posés. Nous sommes plus proches du film d’hor­reur que des cochons-tau­reaux vet­tons, mais le livre y gagne une esthé­tique. Et puis, dans cette col­lec­tion, il sera petit et transportable.

Appartement de mer

Devant les yeux, trois ban­des de couleur: ocre le sable, gris bleu la mer, bleu azur le ciel. De ce qua­trième étage, on ne voit ni les baigneurs ni les promeneurs. Du moins hors-sai­son. Sen­ti­ment d’être posé sur le vide. Si de plus, il y avait dans l’ap­parte­ment de quoi s’asseoir, ce serait parfait.