Que l’imagination trouve son expression la plus audacieuse dans le projet de réplication de l’homme indique qu’elle a atteint sa limite.
Halle aux grains
Bambou
Tombo
Régime royal
Le roi de France reçoit le roi des États-Unis. Le premier ballade son hôte à travers le royaume — donc Paris — afin de prouver qu’il n’a rien perdu de son faste. Pour témoigner de la bonne tenue de la gastronomie royale, il l’emmène manger dans le meilleur restaurant de la capitale. Au terme de la journée, les moyens de presse monarchiques vantent “la parfaite entente des deux souverains”. La même presse annonce le lendemain aux sujets de toutes races et de toutes cultures que le roi de France va conclure des contrats avec son homologue le roi des États-Unis.
Liquidités
Sur la place du Capitole de Toulouse se tient un marché. C’est le fatras habituel, navires en bouteilles, batiks indiennes, colliers et lavande, chinoiseries, boubous du Mali et miels occitans. Au centre, quatre plateaux de livres. Entre les cartons de poches, quelques ouvrages dignes d’intérêt. Saint-Simon, Lou Andréas-Salomé, Panofsky… Pour déchiffrer les titres, il faut tourner autour de la table. Un homme me précède. Il est accompagné de sa fille. Tout juste si le menton dépasse la hauteur de la table. “Papa, je dois faire pipi!”. Absorbé, le père n’entend pas. La fille insiste. Trois fois, elle répète: “Papa…”. Puis elle change de tactique: “Si on n’y va pas, je vais faire aux culottes!”. Alors comprenant que j’ai entendu, elle se gêne et minaude. Du moins a‑t-elle fait réagir son père, qui l’air de se parler à lui-même dit: ” bon, on va aller boire un verre… ah, zut, je n’ai pas de liquide!”
Café suisse
Dans les bambous, avec les moustiques, sous un ciel moite. Le propriétaire de la cabane nous a flanqué l’une des ces inventions suisses qui fabrique du café à partir de capsules. Pour y remédier, je longe l’avenue Saint-Exupéry (ce boyau, pauvre aviateur dénonçant la termitière humaine) et trouve à son extrémité une boulangerie où l’on me vend une délicieuse baguette et un croissant de la veille. L’américanisation étant achevé, la boulangère vend aussi du café à l’emporter. De retour, je m’aperçois qu’il est tiré des mêmes capsules suisses que nous avons dans la cabane.
Garonne
Feux du Pont-neuf sur une Garonne d’encre. La découpe du reflet sur les eaux immobiles est impeccable. Les arches, la chaussée, les réverbères ont leur doubles ciselés. Le long du parapet, les passants admirent. Plus loin sur la berge contraire, c’est une noria que les forains montent pour le 14 juillet. Elle n’a pas encore reçu ses nacelles. Les pièces de la roue, le moyeu, le support et l’armature circulaire se détachent sur l’eau lisse. Une précision de tracé qu’eut aimé peindre un Gustave Caillebote.