Festin

Hier, comme je courais le long de l’Is­ar sous une pluie bat­tante les canards échap­pés du canal se gavaient de limaces.

Article de supermarché

Au super­marché local d’Un­ter­föhrin­gen, le papi­er toi­lettes s’ap­pelle “Hap­py end”.

En quoi Monpère

En quoi Mon­père a‑t-il con­tribué à mon tra­vail lit­téraire? Il me mon­trait un monde fer­mé. Il le dis­ait impos­si­ble à ouvrir. Il ajoutait qu’il fal­lait l’ou­vrir, qu’il n’y avait même que cela qui comptât.

Carnet

La plu­part des car­nets offerts sur l’é­ta­lage étaient endom­magés. Soit la tranche était décousue, soit le rouge de la cou­ver­ture pas­sait. Cepen­dant, en prévi­sion d’un long voy­age, il me fal­lait en acheter trois. Je choi­sis les meilleurs. C’est alors que je recon­nus mon écri­t­ure. Un petit texte, tracé de ma main, au sty­lo, fig­u­rait en pre­mière page du car­net le mieux con­servé. Avec ce titre: Prison.
J’ap­pelle la vendeuse. Elle se saisit du car­net, comme moi con­state:
-Vous l’au­rez per­du lors d’une précé­dente vis­ite !
-C’est impos­si­ble, il y a un instant, j’ig­no­rais tout de cette papeterie!
La vendeuse, per­sua­sive:
-Quelqu’un l’au­ra volé à votre domi­cile pour le plac­er ici…
Je garde le silence et raisonne: d’abord, per­son­ne ne sait l’adresse de mon domi­cile; moi-même, je ne suis pas cer­tain d’en avoir un; enfin, si quelqu’un s’é­tait avisé de me sous­traire un car­net, je n’au­rai pas tardé à m’en apercevoir — ces derniers temps, j’ai peu écrit.
Comme la vendeuse s’en retourne, je manip­ule le car­net incrim­iné. Je m’aperçois alors que le texte n’a pas été tracé au sty­lo, il s’ag­it de la repro­duc­tion imprimée d’un frag­ment du  man­u­scrit original.

Mesure du temps

Son­der­meier­strasse, cette bar­rière devant laque­lle je cours. Il y a trois ans, son pro­prié­taire repeignait. L’été dernier, comme je la longeais une fois de plus, je me sou­ve­nais de l’homme, accroupi, le pinceau à la main, un pot à ses côtés. Cette année, des clo­ques com­men­cent de mar­quer les planch­es hautes. Si je reviens dans le quarti­er l’an­née prochaine et que ma course m’amène ici, nul doute que je ne retrou­ve le pro­prié­taire, le pinceau à la main, occupé à rénover sa barrière.

Phrases 2

Quand pas­sait l’en­fant prodi­ge, les souris aboy­aient der­rière la palissade.

Phrases

Le roi pria les Suiss­es de me faire bon accueil. L’in­vite me ras­sura car je n’avais pas un sou.

Rêve 3

Le long du lac, à pied, à l’aube, en com­pag­nie de mon ami juif de Madrid, Daniel Ben­sadom. Je me jette à l’eau. Avant de m’éloign­er à la brasse du quai, je revêt mes lunettes de de nata­tion. Après plusieurs ten­ta­tives, je vois qu’elles sont trop ser­rées et pren­nent l’eau. Je me propulse sur quelques mètres. Bien que l’eau soit trans­par­ente, les coques et les quilles des bateaux au mouil­lage dans la rade m’ef­fraient. Un livre appa­raît sur ma droite. Son titre est: C pas comme C. Or, il est en espag­nol. Je fais quelques brass­es en direc­tion du large quand j’aperçois qui arrivent vers moi deux class­es d’élèves précédées de leurs maîtres. Les enfants marchent sans peine, droit dans l’eau. Ils se ren­dent à l’école.

Rêve 2

Dans quelques min­utes, je vais don­ner une con­férence sur la Chine devant un audi­toire nom­breux. Bien que je n’aie rien pré­paré, je crois pou­voir m’en tir­er. Je réca­pit­ule: les réformes de Deng Xiao Ping, l’é­conomie de marché et le monopar­tisme, les régions franch­es, la pol­lu­tion, la recon­fig­u­ra­tion urbaine de Pékin, les émeutes, les enjeux de la robo­t­i­sa­tion, le ralen­tisse­ment de la crois­sance… Pour m’apercevoir que l’en­jeu est ailleurs. Le chargé de rela­tions me place face à un gâteau épais for­mé de pièces molles telles que ham­burg­ers de chew­ing-gum, toasts, crêpes ou spi­rales de régliss­es. Chaque pièce est à dou­ble. En les agençant dans le bon ordre, elles for­ment cet édi­fice par­fait qui évoque un gâteau. Je m’at­taque au prob­lème, lorsque l’in­ter­prète chi­nois vole à mon sec­ours: “vous avez de la chance Mon­sieur Friederich, le par­ti a décidé de vous laiss­er la nuit pour réfléchir!”

Rêve 1

Accroché au-dessus du vide, mes mains se crispent sur le bord de fenêtre. Il suf­fi­rait que l’homme qui boit dans le salon, à l’in­térieur de l’im­meu­ble, fasse couliss­er le van­tail pour que je puisse grimper et me sauver, mais il ne me fait pas cas.