Michael Jackson

Michael est assis sur la ban­quette arrière. Je suis à son côté. Le chauf­feur se gare. Je sors de la camion­nette, sécurise les abor­ds, sans me retourn­er frappe con­tre la vit­re. Au sig­nal, l’autre garde du corps quitte la camion­nette avec Michael. L’artiste va devant, l’escorte der­rière, j’ou­vre la voie. Soudain l’at­taque. Deux fans armés d’AR-15. J’a­bats le pre­mier d’une balle de 9mm dans la tête, le sec­ond fuit, je le touche à l’é­paule, puis au cou, il tombe, je recule, tire deux fois pour cou­vrir ma retraite tan­dis que l’escorte cou­vrant Michael de son corps l’embarque dans la camion­nette. Le chauf­feur démarre, m’embarque et quitte le hangar. Exer­ci­ce com­plété dans les règles de l’art une fois sur trois.

Film

D. a fini de mon­ter le film de notre voy­age dans l’est. Il annonce qu’il l’en­voie. Je l’en dis­suade. C’est qu’i­ci, chaque jour, j’écris en fonc­tion d’im­ages men­tales. Si je vision­nais les images tournées, il n’en resterait rien.

Un homme normal

Une fois de plus, un procès m’est inten­té. La plainte est le fait d’un homme nor­mal, et j’in­siste sur le qual­i­fi­catif. Peu importe le fond de l’af­faire, ce qui m’in­téresse, me fascine et me dés­espère, c’est cette psy­cholo­gie prim­i­tive qui con­siste à exiger que les instances rétab­lis­sent par le droit et la sanc­tion une norme que l’on juge bafouée. Je m’ex­plique — cet homme dont je par­le, celui qui intente le procès,  est ce genre de car­ac­tère qui a mis en équa­tion lib­erté et règle­ments. A ses yeux, il n’ex­iste de lib­erté que dans les lim­ites définies par les règle­ments. La lib­erté n’est pas un con­cept à réalis­er mais une mise en con­for­mité. Que ces règles changent dans le temps n’y fait rien (ce fait qui devrait ramen­er au con­cept par la cri­tique demeure let­tre morte). Dès lors, toute indi­vidu qui par ses agisse­ments illus­tre une lib­erté incom­pat­i­ble avec les règles doit être mis en procès. Raison­nement aus­si cer­tain qu’­ef­frayant. Dont je m’ap­prête à faire les frais.

Pêche

Deux ans que je suis devant la mer, jamais je n’ai vu un bateau de pêche. Quant aux rares pêcheurs qui jet­tent leur ligne, ils ren­trent bre­douilles. Pour­tant, pas un restau­rant, une gar­gote, un bar qui ne pro­pose à son menu vingt pois­sons et autant de crustacés.

Femmes

J’en­vie ces hommes qui peu­vent s’in­téress­er à toutes les femmes.

Foyer

Lors de chaque démé­nage­ment ou achat de mai­son, il faut gar­nir le nou­v­el intérieur de son néces­saire. Une fois de plus, je cherche des meubles. Chais­es, tapis, table et, Noël approchant, un canapé. Or, par­mi les petites annonces, je tombe sur une pho­togra­phie qui sem­ble prise dans mon salon. Le canapé est iden­tique — même forme, même couleur, même mod­èle — mais encore la table basse et le lumi­naire. Je me penche: comme ici, le sol est de mar­bre clair, la baie vit­rée donne sur une ter­rasse. A l’ex­térieur, on aperçoit ce mobili­er de faux teck viet­namien que je pos­sède aus­si. Plusieurs fois je scrute l’im­age. A la fin, seul l’escalier dont la posi­tion est dif­férente per­met de dire que cela se passe ailleurs, chez un annon­ceur réel qui se débar­rasse de ce même canapé que j’ai acquis en avril chez La fab­ri­ca de mue­bles. Le choc passé, force est de recon­naître qu’il s’ag­it bien d’une image de cet univers indif­féren­cié dans lequel nous vivons en cher­chant à sauve­g­arder une intéri­or­ité que tout menace.

Valeurs

Que les Musul­mans dis­putent des valeurs entre eux et surtout, chez eux, tel serait le pro­grès. Après tout, nul ne juge bon qu’un sci­en­tifique con­tem­po­rain entre en débat avec un physi­cien de l’époque pré-copernicienne.

Mishima

La pen­sée que le Beau, ni grand ni petit, était affaire de juste rap­port, ne pou­vait effleure l’ado­les­cent que j’é­tais. “Le Pavil­lon d’Or”.

Esbroufe

La pan­talon­nade du cata­lan Puigde­mont devrait servir de mise en garde à ces faibles d’e­sprit nour­ris au con­fort facile qui jugent qu’il n’ex­iste plus de principe de réal­ité. Pour ces derniers, la défense des immi­grés (il ne faut pas dire “accueil”, ils n’ac­cueil­lent per­son­ne) est une pos­ture qui se décline en quelques phras­es bonnes à briller en société dans le milieu étroit qu’ils fréquentent. A leur image, Puigde­mont: marte­lant des slo­gans hyp­no­tiques, pari­ant sur l’es­broufe, il a fini par con­fon­dre fan­tasme et réal­ité. Au moment où sonne le réveil (Madrid dicte et impose), il n’est qu’un pan­tin — à cet égard, je me suis trompé: il sem­ble qu’il fini­ra en prison. Evac­ué de la scène, l’af­faire sera close. S’il en allait de même pour les faibles d’e­sprit qui cau­tion­nent la destruc­tion de notre cul­ture par l’im­mi­gra­tion, je m’en réjouirais. Nul doute qu’ils ne soient les pre­mières vic­times de leur aveu­gle­ment; à ceux qui dès main­tenant s’in­sur­gent de se bat­tre alors con­tre les anal­phabètes d’importation.

Artistes

L’ef­fort con­sen­ti pour attein­dre un résul­tat ne dit pas la valeur de ce résul­tat; erreur com­mune par­mi les artistes.