Tous ces films qui nous racontent l’avenir tel que nous l’imaginions dans le passé.
Orizont
Ces jours, je corrige ORIZONT. Grand plaisir (pour une fois). J’entends, je ne cale ni ne raciocine, pas plus que je ne corrige, m’agace et m’excite. Je travaille en secrétaire consciencieux et indifférent, je retape sur mon clavier le lettrage tel que je le déchiffre en carnets. Une honnête reprise. Un étranger eût-il écrit ces phrases, l’attitude ne serait pas moins neutre. Sentiment que ce livre est simple comme devrait l’être une littérature qui exprime l’essentiel de la vie de son auteur ce qui, gageons, signifie — ici, retour à la littérature, à son phantasme — que l’auteur vit désormais une vie de littérature.
Vecindad
Personne, je ne vois personne. Il y a deux rues. L’un en escaliers, elle monte à l’église, c’est la rue de l’Eglise. L’autre conduit à la rivière, c’est la rue — je traduis — du Champ du village. L’église est abandonnée. Le dernier curé préfère le ski. Il est professeur. Les cloches ne sonnent plus. Vaniel, l’ancien bedeau, dit qu’il réparera un jour… quand le gouvernement enverra la somme. Tout à l’heure, je suis allé chez le voisin. Assis dans son poêle de douze mètres carrés nous avons bu un vin de barrique de trente ans et grignoté du chamois (salé, revêche). Je lui dis, “tu prends combien de vin par année?”.
-Oh, moi, je ne bois presque plus. Dans les trois cent litres.
Résistance
Sont condamnés les actes de résistance. En fait, il y en a peu. Jamais il n’y en eut beaucoup. Le reste est légende. Les hommes sont faits de telle manière qu’ils ne résistent pas. Ils doutent et, raisonnables, s’obligent. Quand manque le pain, ils entrent en colère, mais ce n’est pas résistance, c’est désespoir. En revanche, il ne manque pas d’actions néfastes, de celles qui créent des fébrilités chez les gens de bien. Cela ne cesse jamais. Et se multiplie à la faveur de la fortune. L’histoire est tissée de ces actions néfastes. Elles sont l’envers de la résistance, elles portent contre la vie, elles sont le malheur natif de l’humanité.
Nus
“Qu’on ne me casse pas les nus!”, voilà ce que j’ai envie de dire à l’un des mes éditeurs qui me traite comme un veau bon à traire pour amuser les enfants, mais à ma surprise, je ne trouve l’expression ni dans le Lexique romand-français de Catherine Hadacek ni dans Le patois vaudois de Reymond et Bossard, à douter si ces nus qui, devenus couilles par métaphore, et sont des billes de bois (enfant, j’en possédais), s’écrivent bien “n‑u”.
Pascale
Rêvé cette nuit, activement, avec gestes, émotions, réveils et amertumes suivantes à cette fille, Pascale, qui me fascinait tantôt à Madrid, j’avais douze ans. Sur le gravier du préau, plus agile que je ne l’étais alors, moins stupide et attentiste, je la plaquais et l’embrassais pour l’amener à constat: je l’aimais. Comment, inscrit sous les lobes, retenu dans je-ne-sais quel tissu mémoriel de pareilles séquences, frustrées du désir, peuvent ressurgir, quarante après abandon — parlez d’un miracle de l’esprit!
Prévention
Tel est le degré de perversion idéologique qu’il faut désormais opposer, au nom de la sauvegarde de la liberté, le silence à toute argumentaire fondé sur des prémisses fausses lesquelles sont généralement, et c’est là qu’il convient de s’armer de confiance, cachées sous le sens commun devenu schéma de répétition.