Culture

La Ville de Fri­bourg annonce la nom­i­na­tion d’un respon­s­able de la cul­ture. Pour la presse, il pose devant une pho­togra­phie de New-York dif­fusée à des mil­liers d’ex­em­plaires par Ikea.

Embauche 2

M. à qui je par­le de mon pro­jet com­mer­cial observe: “ça existe sûre­ment déjà!”. Ce “sûre­ment” est le ver­rou de l’inertie.

Tremblements 2

C’est l’in­verse. Le planch­er bouge et les murs gon­do­lent sous l’ef­fet des trem­ble­ments de terre sous-marins. Ondes sis­miques de l’abysse d’Alb­o­ran. Quand je bois, je ne les sens pas.

Embauche

Ayant tri­om­phé de mon devoir pro­fes­sion­nel (devis­er un tra­vail à par­tir de don­nées chiffrées), je vais manger sur le quai et, dans la foulée, prend note d’un pro­jet de société com­mer­ciale que je garde sous le bois­seau depuis l’été dernier. Dans l’après-midi, j’ai ren­dez-vous avec Maria pour la vis­ite d’un garde-meu­ble. Le sachant, je songe: ferait-elle l’af­faire? Après tout, je la con­nais, elle est char­mante, elle tra­vaille dans la vente et dis­pose d’un bureau. De sorte qu’à l’heure du ren­dez-vous, je suis con­va­in­cu de tâter le ter­rain. Le cas échéant, elle pour­rait devenir démarcheuse de la future entre­prise pour l’An­dalousie. Lorsque je la rejoins dans son bureau, elle en con­ver­sa­tion avec un client. Echange ten­du. A la fin, avec la sen­si­bil­ité et la poigne néces­saires, elle l’emporte. Nous sor­tons. Elle me con­duit en voiture dans les hauts de l’ag­gloméra­tion.
-Voilà, le garde-meu­ble se trou­ve le long de cette rue.
Un rue qui monte à l’as­saut de la colline, elle mène à l’au­toroute.
-Je con­nais.
C’est à deux pas de son bureau.
-Pas moi. Tu es déjà venu ici?
-Oui, je suis allé au Lidl.
-A pied? Tu as emprun­té cette rue à pied?
-Ce n’est rien!
-Jamais je ne ferai un tel effort!
Curiosité, effort. Sans elles, inutile de songer à l’embauche.

Fin du sujet

Le seul, l’u­nique sujet con­tem­po­rain: la fin de l’homme intérieur.

Huile 2

En fin de compte, l’huile de ce paysan est-elle bonne? Mon­a­mi m’a expliqué: quel que soit le prix, l’huile d’o­live achetée en super­marché relève de l’e­scro­querie. Le seul critère est celui de la pres­sion, pre­mière et à froid. Eh bien j’ai relu l’é­ti­quette de la bobonne. Jusque là, pas de doute: les olives vien­nent des oliviers de l’a­gricul­teur, ils ont été pressé par la coopéra­tive, il n’y a pas d’in­ter­mé­di­aire. Si l’on ne croit l’é­ti­quette. Mais alors pour quoi cette huile est-elle si peu odor­ante? Puis, je me suis sou­venu que le bou­chon, lors de la pre­mière ouver­ture, n’a pas résisté. Il avait déjà été tourné. J’en suis à me deman­der si je ne vais pas jeter cette huile. Evidem­ment, quand on pense que cette huile pour­rait être trafiquée, on a aus­sitôt mal à la tête et mal au ven­tre. Les idées sont tox­iques. Alors, je me dis, “voyons, c’est impos­si­ble!” Un type avec pareil tête de paysan! Autre chose : don­ner rai­son à la grande dis­tri­b­u­tion me démoralise. Juger que la sur­veil­lance, la norme et le pil­lage des inter­mé­di­aires est une garantie dont on ne saurait se pass­er me démoralise.

Tremblements

Quand je ne bois pas, cette sen­sa­tion de planch­er qui flotte, de parois gondolées.

Penser

Pour être hon­nête, je dirais, une fois par année. Cette année, pas encore. L’an­née passé, oui: j’ai même pen­sé plusieurs fois. Je le sais car l’ef­fort était con­scient. Les élé­ments étaient alignés sur le papi­er, j’avais fait des tableaux. Pour avoir sous les yeux les pièces du raison­nement, j’avais accroché ces tableaux aux murs. Toutes les con­di­tions étant réu­nies, je me pen­chais sur le prob­lème et je pen­sais. Si cela a pro­duit quelque résul­tat, il doit se trou­ver dans l’es­sai que je rédi­geais. La matière que je ten­tais de démêler dans cet essai m’oblig­eait à penser. Mais en temps nor­mal? Aus­si, le rôle de l’écrivain n’est pas de penser. En lit­téra­ture, la bêtise est oblig­a­toire. Une bêtise savante, cela va sans dire. Une bêtise fondée sur l’ou­bli de l’in­tel­li­gence. Dans tous les cas, le con­traire d’une pen­sée dirigée et rationnelle. J’aime imag­in­er Ein­stein se pré­parant à penser. Ou encore Kant.

Pièce 2

Fin des années 2000, lorsque je par­tais pour une tournée d’af­fichage, cou­vrant les villes de la Côte, Lau­sanne et la Riv­iera avant de pour­suiv­re sur le Valais, je mangeais et par­fois dor­mais dans un stu­dio aban­don­né. Bâti sur les toits du Mon­treux-Palace, il ser­vait à loger le per­son­nel. Je l’avais décou­vert en cher­chant un rac­cour­ci pour pass­er de la ville haute à la ville basse. L’ac­cès à l’hô­tel, en attente d’un chantier, étant clô­turé, per­son­ne ne s’aven­tu­rait sur ses toits. La porte du stu­dio était ouverte. Le mois suiv­ant, j’y appo­sais un cade­nas à vélo.

Pièce

Une pièce con­fort­able et claire, facile à attein­dre mais que je suis le seul à pou­voir attein­dre. Cela dure depuis plusieurs années. Je sais où elle se trou­ve. Encore faut-il que me vis­ite le rêve qui la con­tient. Ce fut le cas cette nuit. Antic­i­pant le retour à la veille, je notais les détails. M’ap­parut une élé­ment neuf: la pièce est en soupente. Et sans meubles. Quant au chemin d’ac­cès, je ne doutais pas de le savoir puisque dès le début du rêve je me dirigeais sans peine à tra­vers le quarti­er étroit qui mène à la pièce. Mais cette fois, elle était occupée. Se ren­dre compte qu’elle pou­vait l’être, que cette pièce n’é­tait pas la mienne, me causa un choc. Je pen­sais : com­bi­en? com­bi­en de temps ces gens pensent-ils rester? Au réveil, je con­statai toute­fois que j’avais fait du bon tra­vail: le plan d’ac­cès en tête, la prochaine fois je retrou­verai la pièce sans hésiter.