Uber aura permis aux voyous de banlieue de s’offrir la voiture de leur rêve.
Vol
Mon vélo a disparu. Comment est-ce possible? Il était là, appuyé contre le stand, à bout de mains. J’alerte les voisins. Ils remuent, cherchent. Là, vous dites qu’il était là? Nous l’aurions vu! “Gardez-moi ça!” Au hasard, je tends mon appareil-photo et m’élance. Le quai est bondé. Des vélos. Je me précipite. Ce n’est pas le mien. Et si le voleur était déjà loin? Je cours. Devant un stand de glace, un ami me hèle. Des années que je ne le vois pas. Il me présente ses enfants. Au lieu de les saluer, de me réjouir, je dis: on m’a volé mon vélo. Ah, fait-il. Pour lui, cela n’a aucune importance. Je file. Tout en scrutant, j’essaie de me représenter le vélo, le dérailleur, les jantes, le cadre et je chiffre la perte.
Ceci pour le rêve.
Or, hier, dans l’après-midi, j’ai découvert ceci: on m’a volé mon vélo jaune fait sur mesure. Je dis “découvert” bien que le vol se soit produit à Fribourg il y a deux ans. Le jour du vol, passé le constat et après avoir maudit le voleur, je suis rentré chez moi, je n’y ai plus pensé. Et voilà que deux ans plus tard, sans raison, hier donc, je me représente dans le détail la perte de ce vélo commandé vingt ans auparavant, conçu à ma mesure, peint à ma couleur et auquel j’étais affectivement lié.
Embauche
Ayant triomphé de mon devoir professionnel (deviser un travail à partir de données chiffrées), je vais manger sur le quai et, dans la foulée, prend note d’un projet de société commerciale que je garde sous le boisseau depuis l’été dernier. Dans l’après-midi, j’ai rendez-vous avec Maria pour la visite d’un garde-meuble. Le sachant, je songe: ferait-elle l’affaire? Après tout, je la connais, elle est charmante, elle travaille dans la vente et dispose d’un bureau. De sorte qu’à l’heure du rendez-vous, je suis convaincu de tâter le terrain. Le cas échéant, elle pourrait devenir démarcheuse de la future entreprise pour l’Andalousie. Lorsque je la rejoins dans son bureau, elle en conversation avec un client. Echange tendu. A la fin, avec la sensibilité et la poigne nécessaires, elle l’emporte. Nous sortons. Elle me conduit en voiture dans les hauts de l’agglomération.
-Voilà, le garde-meuble se trouve le long de cette rue.
Un rue qui monte à l’assaut de la colline, elle mène à l’autoroute.
-Je connais.
C’est à deux pas de son bureau.
-Pas moi. Tu es déjà venu ici?
-Oui, je suis allé au Lidl.
-A pied? Tu as emprunté cette rue à pied?
-Ce n’est rien!
-Jamais je ne ferai un tel effort!
Curiosité, effort. Sans elles, inutile de songer à l’embauche.
Huile 2
En fin de compte, l’huile de ce paysan est-elle bonne? Monami m’a expliqué: quel que soit le prix, l’huile d’olive achetée en supermarché relève de l’escroquerie. Le seul critère est celui de la pression, première et à froid. Eh bien j’ai relu l’étiquette de la bobonne. Jusque là, pas de doute: les olives viennent des oliviers de l’agriculteur, ils ont été pressé par la coopérative, il n’y a pas d’intermédiaire. Si l’on ne croit l’étiquette. Mais alors pour quoi cette huile est-elle si peu odorante? Puis, je me suis souvenu que le bouchon, lors de la première ouverture, n’a pas résisté. Il avait déjà été tourné. J’en suis à me demander si je ne vais pas jeter cette huile. Evidemment, quand on pense que cette huile pourrait être trafiquée, on a aussitôt mal à la tête et mal au ventre. Les idées sont toxiques. Alors, je me dis, “voyons, c’est impossible!” Un type avec pareil tête de paysan! Autre chose : donner raison à la grande distribution me démoralise. Juger que la surveillance, la norme et le pillage des intermédiaires est une garantie dont on ne saurait se passer me démoralise.
Penser
Pour être honnête, je dirais, une fois par année. Cette année, pas encore. L’année passé, oui: j’ai même pensé plusieurs fois. Je le sais car l’effort était conscient. Les éléments étaient alignés sur le papier, j’avais fait des tableaux. Pour avoir sous les yeux les pièces du raisonnement, j’avais accroché ces tableaux aux murs. Toutes les conditions étant réunies, je me penchais sur le problème et je pensais. Si cela a produit quelque résultat, il doit se trouver dans l’essai que je rédigeais. La matière que je tentais de démêler dans cet essai m’obligeait à penser. Mais en temps normal? Aussi, le rôle de l’écrivain n’est pas de penser. En littérature, la bêtise est obligatoire. Une bêtise savante, cela va sans dire. Une bêtise fondée sur l’oubli de l’intelligence. Dans tous les cas, le contraire d’une pensée dirigée et rationnelle. J’aime imaginer Einstein se préparant à penser. Ou encore Kant.