“Vois-tu me dit cette femme, moi, j’aimerais voyager, mais je ne peux pas imaginer quitter l’Andalousie.“
Et les yeux dans le vague, après un silence:
-Non, vraiment, je ne vois pas comment je ferais.
Andalousie
Rêve
-Où est votre employée? La fille que j’ai rencontré ici, hier soir.
-Morte.
Et les propriétaires du commerce, indifférents, vaquaient à leur occupation tandis que je me remémorais le visage gracieux de cette vendeuse de dix-huit ans.
-Mais, hier soir…
-Elle est morte ce matin. De la charbonade.
Vol
Mon vélo a disparu. Comment est-ce possible? Il était là, appuyé contre le stand, à bout de mains. J’alerte les voisins. Ils remuent, cherchent. Là, vous dites qu’il était là? Nous l’aurions vu! “Gardez-moi ça!” Au hasard, je tends mon appareil-photo et m’élance. Le quai est bondé. Des vélos. Je me précipite. Ce n’est pas le mien. Et si le voleur était déjà loin? Je cours. Devant un stand de glace, un ami me hèle. Des années que je ne le vois pas. Il me présente ses enfants. Au lieu de les saluer, de me réjouir, je dis: on m’a volé mon vélo. Ah, fait-il. Pour lui, cela n’a aucune importance. Je file. Tout en scrutant, j’essaie de me représenter le vélo, le dérailleur, les jantes, le cadre et je chiffre la perte.
Ceci pour le rêve.
Or, hier, dans l’après-midi, j’ai découvert ceci: on m’a volé mon vélo jaune fait sur mesure. Je dis “découvert” bien que le vol se soit produit à Fribourg il y a deux ans. Le jour du vol, passé le constat et après avoir maudit le voleur, je suis rentré chez moi, je n’y ai plus pensé. Et voilà que deux ans plus tard, sans raison, hier donc, je me représente dans le détail la perte de ce vélo commandé vingt ans auparavant, conçu à ma mesure, peint à ma couleur et auquel j’étais affectivement lié.
Embauche
Ayant triomphé de mon devoir professionnel (deviser un travail à partir de données chiffrées), je vais manger sur le quai et, dans la foulée, prend note d’un projet de société commerciale que je garde sous le boisseau depuis l’été dernier. Dans l’après-midi, j’ai rendez-vous avec Maria pour la visite d’un garde-meuble. Le sachant, je songe: ferait-elle l’affaire? Après tout, je la connais, elle est charmante, elle travaille dans la vente et dispose d’un bureau. De sorte qu’à l’heure du rendez-vous, je suis convaincu de tâter le terrain. Le cas échéant, elle pourrait devenir démarcheuse de la future entreprise pour l’Andalousie. Lorsque je la rejoins dans son bureau, elle en conversation avec un client. Echange tendu. A la fin, avec la sensibilité et la poigne nécessaires, elle l’emporte. Nous sortons. Elle me conduit en voiture dans les hauts de l’agglomération.
-Voilà, le garde-meuble se trouve le long de cette rue.
Un rue qui monte à l’assaut de la colline, elle mène à l’autoroute.
-Je connais.
C’est à deux pas de son bureau.
-Pas moi. Tu es déjà venu ici?
-Oui, je suis allé au Lidl.
-A pied? Tu as emprunté cette rue à pied?
-Ce n’est rien!
-Jamais je ne ferai un tel effort!
Curiosité, effort. Sans elles, inutile de songer à l’embauche.