Jubilation d’être au milieu d’un paysage qui défile. Des déserts, du rocher rouge, le ciel, lancés à très grande vitesse, le compteur du wagon affiche 360 km/h.
Pluie jaune
Dans le train rapide, la passagère qui se lève pour me faire passer. Je m’assois. Avant qu’elle ne se plonge dans la lecture (pour lui parler plutôt que pour parler du livre):
- La pluie jaune!
- Vous connaissez?
- Je crois. L’histoire d’un village abandonné? De son dernier habitant? Mais je n’ai pas lu.
- Ah!
- Il y a vingt ans, il en a beaucoup été question… autour de moi… ça se passe dans la région n’est-ce pas?
Ces points de suspension car je cherche ma pensée et parle selon les images, pour celles qui me reviennent.
- Dans le val de Tena. Un texte poétique. Je le lis pour la quatrième fois. Tenez, lisez la première page!
Je lis. Quelques phrases, je tombe sur le nom Sobrepuerto.
- Tiens! Je me suis garé sous ce panneau hier, j’allais faire de la peau de phoque. Mais je ne suis pas allé jusqu’au village.
- Moi non plus, j’aimerais, un jour.
Elle reprend le livre, se tait, je ne la dérange plus. M’apparaît alors ceci: il y a vingt ans, emmené par un professeur de Genève, avec d’autres étudiants, nous sommes allés dans ce village, nous avons marché dans les rues en ruines, nous avons traversé l’église effondrée, au pied d’un balcon le professeur a appelé et un vieillard est sorti, le dernier habitant du lieu, le personnage du roman La pluie jaune (La lluvia amarilla).
Lizana
Corrida
Lieu
Phoques
Mon voisin guide m’a suggéré d’acheter des skis de randonnée. Chose faite en juin pour profiter de la liquidation, en l’occurrence le renouvellement du stock de location. Inutile de dire, je ne puis juger du prix, j’ai regardé à la couleur et à la forme n’ayant pas chaussé de peaux de phoques depuis une sortie sur le glacier du Trient lors de l’école militaire. Ce matin nous prenons le départ près d’Astun. Quatre personnes, un chien, contre la pente. “Ne lève pas tant, patine!”. Je m’exécute. “Regarde! Pour tourner! Tu vois?”. Alex montre comment ramener le ski inférieur à l’horizontale, la carrer dans la neige, changer l’appui, rapporter l’autre ski. Je souffle — ça va. La pente raidit. Comme d’habitude: “que fais-tu là Alexandre? Tu pars pour New-York vendredi, ensuite tu vas boxer au Laos, entre deux tu fais du vélo, et ce truc, c’est fatigant, technique, improbable, nom de dieu !” Car, il faut avouer, chaque sport neuf coupe le souffle selon des patrons différents. Ici, j’explore la manière. Cependant, nous montons. Autour de 1600 mètres, la visibilité tombe. Des rafales de neige piquent le visage (je porte des lunettes).
-Bien! Vous m’entendez…? Nous traversons un couloir d’avalanche. Distance, vingt mètres! Chacun a son Arva (un détecteur de victimes, je viens de trouver la traduction)?
-Tu n’as pas dit de la prendre!
-Quoi?
-J’ai pas!
-Bon, ça ira! Allez, je vais devant.
Alec s’enfonce.
Le skieur qui suit me tape l’épaule : “à ton tour!“
Je marche, je glisse, je pense: “une corrida! On ne sait pas où est le danger, mais ça va.”. Quelques minutes plus tard, tout le groupe est là, réuni, deux cent mètres encore, nous grimpons jusqu’à l’ ”ibón”, “le nom que l’on donne aux lacs dans les Pyrénées” (explique Alec). Alors, effacement des reliefs, le vent fouette, tout disparaît sauf le chien. Retrait de peaux de poque et descente dans une semoule sans haut ni bas, avec un problème: la femme qui accompagne notre équipée a perdu ses repères. Concrètement, elle ne sait plus la base ni le sommet.
-Mm, fait Alec, ça arrive, c’est l’oreille interne!
Consommables
Que de balivernes ne nous évertuons-nous pas à défendre sous prétexte de morale alors qu’il ne s’agit le plus souvent que d’un discours prêt à l’emploi, jetable et par définition fabriqué selon le besoin! Métier de politicien que d’officier avec ces expédients. Or, la population est aujourd’hui politicienne. Toute. Preuve que quelqu’un pense. Et bien.
France (avant nous)
Manifestations en France. Des blancs. Premier instantané de la division qu’exploite et fera aboutir la puissance d’argent pour créer dans le laboratoire social les violences nécessaires au renforcement de son arbitraire. Les ponctions légitimes déjà détournées — partout en Europe, en Suisse aussi — qui ne sauraient tarder à devenir impôt somptuaire confisqué au profit de la technocratie avec, en situation de récession de l’économie, génération arithmétique de pauvreté et de misère, puis de maladie, de mort.